CHAPITRE XI
Le peuple indou Hotte confusément, au lever de l’histoire, à moitié plongé dans la nature. La nature l’enveloppe et le voile de tous côtés. Bile pénètre en lui par tous les pores, et occupe toute la place vacante de la pensée. Elle pense, elle crée avec lui en participation. L’Indou l’appelle et l’associe à ses travaux. Elle est pour lui une seconde àme extérieure qui coule dans ses conceptions. Sa religion est la nature formulée en théologie. Son architecture est encore la nature transformée en pagode.
Pour donner à sa nombreuse divinité une hospitalité démesurée comme elle, il ouvrit le flanc de la montagne et quelquefois même, comme à Ellora, le flanc de toute une chaîne de montagnes.
Il creusa, de sommet en sommet , une nef dans le granit, et il évasa ensuite chaque sommet en pyramide. Cette nef souterraine était soutenue tantôt par trois, tantôt par six piliers massifs, taillés en forme de tortues et d’éléphants. La colonnade monstrueuse portait pour plafond le poids accumulé des rochers. Sur les chapiteaux et les
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architraves, le bramanisme avait semé les innombrables symboles de sa mythologie. Il avait sculpté des lotus, des palmiers, des singes, des serpents, des lions, des crocodiles. On eût dit qu’il avait entraîné sur ses pas, au sortir du paradis, toutes les races de la création, pour les replacer immobiles et pétrifiées dans un nouvel Eden.
Par-dessus cette première crvpte, il creusait une seconde caverne, et, de pagode en pagode ainsi étagées l’une sur l’autre, il escaladait toute la hauteur de la pyramide. Non-seulement il évidait le centre de la montagne, mais encore il en sculptait le contour : et l’immense ascension des dieux, aussi nombreux que les mots de la langue, débordant des péristyles, remontait infatigablement la spirale infinie du même bas-rélief jusqu’au premier rayon du soleil.
Aujourd’hui encore, lorsque le voyageur regarde, de la vallée, cette longue avenue d’obélisques noyés dans le brouillard, cette frise ondoyante de montagnes chargée de caryatides et les montagnes brodées à jour sur toute leur élévation extérieurement et intérieurement, il sent son esprit fléchir sous le poids terrible de ce problème. Il demande avec elfroi, en comptant de la pensée ces multitudes muettes de figures tirées du flanc même de la nature, durant combien d'années les mains des générations ont dû sécher sur le granit.
Des sources vives recueillies dans le roc dormaient en sombres étangs au milieu du parvis. Des troupeaux de taureaux et de génisses, lâchés dans la nef, erraient nuit et jour à travers les carrefours de piliers. Us remplissaient l’ombre du sanctuaire de leurs mugissements, et après avoir hu le soir l’eau lustrale de leurs abreuvoirs.
ils célébraient au fond de grottes le drame sacré de la générât ion .
Sur le liane de ces vulves profondes vouées au culte du lingam, In nature jetait la végétation luxuriante de la forêt. Elle semait le bambou et le figuier religieux, qui dans son apostolat fécond à travers l’espace, crée sans cesse de chaque branche tirée de son écorce un nouveau figuier. Elle répandait sous ces dais de verdure l’odeur ardente de l’ixore et du sindrimal. La rivière tombait en cataracte de la corniche de la montagne, et ébranlait du bruit de sa chute les dieux immobiles, assis dans le granit. Les ibis et les tourterelles, attirés par la fraîcheur de l’eau et de l’ombre, venaient sous l’ogive flottante des rameaux moduler leur cantique et cacher leur couvée. Pendant que la pagode mugissante, couronnée de palmes et de fleurs, frissonnait dans le nuage et secouait au vent ses parfums, les brainanes, cachés dans les galeries souterraines du rocher, conduisaient au bruit des cymbales, devant des idoles couvertes de lampes et ruisselantes d’huile, les rondes amoureuses et voluptueuses des prêtresses, et après les avoir invitées à glorifier le dieu générateur, par l’hymne brûlant et la pose lascive, ils soufflaient les lampes et prostituaient les danseuses aux fidèles.
Mais la vie religieuse, ou, ce qui était alors la même chose, la vie intellectuelle, ne pouvait toucher aucune créature sans la relever aussitôt d’une déchéance. L’intelligence est la première eau du baptême mystérieux qui prépare toute rédemption: La bayadère mariée au dieu, dès l’enfance, et réfugiée dans la pagode, échappe à l’ignorance de la domesticité. Elle monte par le loisir h la
pensée. Elle apprend la musique, la poésie. Elle réhabilite l’Ame de la femme, dans l'orgie du corps, sur le fumier des guirlandes éparses au milieu du sanctuaire.
Mais pendant qu’elle tentait la pensée comme une révolte contre nature, qui ne pouvait être expiée que par la débauche, l’autre femme suivait, le front bas, dans la nuit île son intelligence, l'ordre rigoureux de la destinée. Excommuniée à jamais de la vie de l’intelligence, elle n’avait pas même le droit de savoir. I.a moindre connaissance eût été pour elle une flétrissure, une prostitution, en quelque sorte, de son esprit. Elle était née uniquement, disait la loi de Manou, pour servir son mari et balayer la pierre du foyer.
Lorsqu'un Indou avait une jeune tille à marier, il suspendait une branche d’arbre à la porte de sa maison. Le passant entrait et débattait avec le père l’acquisition d’une femme qu’il ne voyait jamais avant le contrat. La fiancée, cachée au regard, ignorait le marché jusqu’au jour du mariage. Souvent cette vente à forfait de sa personne sans son consentement, précédait de plusieurs années l'époque de sa nubilité.
Ainsi mariée d’avance, la femme était la propriété réservée d’un mari, qui venait au jour lixé pour la noce la réclamer à prix d’argent. Lorsque après le mariage le débiteur n’avait pas intégralement acquitté le prix de sa femme, le père pouvait reprendre jusque dans le lit nuptial le gage vivant de sa créance.
Mais lorsque le mariage était consommé, et qu’après avoir fait trois fois le tour de la flamme, la jeune fille avait passé sous lu puissance du mari , elle allait s’asseoir dans une perpétuelle humiliation à son nouveau foyer.
L'homme de sa couche ne l’appelait que sa servante. Il ne l’admettait pas à prendre place à sa table, dans sa compagnie; elle mangeait à l’écart, après lui, les miettes du repas.
Manou ne lui accordait pas une raison, une sagesse; il ne voyait, il ne semblait pas voir en elle la mystérieuse Psyché intérieure endormie dans sa beauté. Elle avait un corps, voilà tout, et la grâce de ce corps était sa seule vertu. Prends une femme harmonieuse dans sa forme, disait le code sacré, qui ait la souplesse du cygne et le regard du lotus.
La femme n’était donc qu’une machine à régénération, sans volonté, sans dignité. Le mari pouvait l’associer dans son aftéction à d’autres complices de sa volupté, la répudier, la renvoyer, la châtier, l’exiler temporairement de la maison, la condamner, sur un soupçon, à l’épreuve de l’huile bouillante, la livrer aux chiens, en cas d’adultère, et en cas de stérilité aux plus proches parents. Lorsque après quelques années de mariage elle n’avait pu avoir encore d’enfant, le frère du mari, mari substitué d’une heure, allait près d’elle, la nuit, en silence, le corps arrosé de beurre fondu, comme pour le sacrifice, payer ce que l’Inde appelait la dette de l’ancêtre.
Ombre vivante de l’homme, elle devait le suivre partout jusque de l’autre côté du lombeau, sur le chemin des expiations. Lorsque son mari venait à mourir, elle lui ^dressait de naïfs adieux qui trahissaient la brutalité de sa destinée.
Pourquoi m’as-tu abandonnée, disait-elle en déchiranl sa poitrine? Avais-je oublié une seule minute, dis-
le-moi, û maître irrité jusqu’à la mort, les vertus «lu foyer? Avais-je négligé «le purifier l’aire d’argile, où chaque soir tu venais poser la sandale? Avais-je porté devant toi mon fardeau en dévorant à voix liasse un murmure? Avais-je attristé ton oreille d’une mauvaise parole? Avais-je trempé l’herbe amère dans ta boisson? As-tu jamais trouvé le gravier dans le riz que je te servais sur la feuille de banane? Qu’avais-je doue fait, û maître, pour mériter la colère de ton déjwrt ? Je baisais tes pieds lorsque tu le commandais à ta servante, tes blessures lorsque tu souffrais.
Pendant qu’elle exhalait ainsi sa douleur, ses parents allaient creuser une fosse dans la vallée. Ils entassaient au fond de cette fosse le bois de santal, et ils mettaient ensuite le feu au bûcher.
Lorsque la veuve avait achevé son hymne de lamentations, elle quittait pour jamais, paréo de ses bijoux, le toit de ses enfants, elle faisait trois fois, les cheveux épars, le tour du cratère béant où montait la flamme du bûcher. La famille, rangée autour d’elle, chantait en chœur un chant de félicitation. Au troisième tour, la victime plongeait dans ce gouffre de feu pour aller rejoindre l’irrévocable seigneur de son existence.
La femme qui refusait son corps au bûcher après la mort de son mari, était aussitôt revomie de la société des vivants. Nul ne pouvait effleurer du pied le pas de la veuve sur le chemin, sans être souillé, et nul ne pouvait l’épouser sans être rejeté de sa caste dans la caste du soudra. Ce mariage était un véritable adultère, car le premier mari était toujours, malgré son irrévocable absence, l’unique mari.
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Par «ne remarquable interversion d’idées, ce n’était pas l’esprit incliné vers la postérité, mais vers le passé, que l’homme vivait. Ce n’était pas pour ses enfants, c’était pour ses ancêtres. Chaque famille était une dynastie où les vivants ne travaillaient que pour enrichir les morts de leurs épargnes, et ne glorifiaient leur nom, que pour en reporter la gloire derrière le temps à leurs prédécesseurs d’existence.
Les hommes nés de Brahma ne prenaient place au soleil que pour racheter par leurs mérites leurs pères de plusieurs siècles, qui poursuivaient la réhabilitation devant Dieu, de métempsychose en métempsychose. Les fils et les petits-fils pouvaient seul arracher les Ames antérieures de leurs races A ces pérégrinations successives d’un enfer à un autre enfer. La naissance d’un fils était donc, pour tout père de famille, et non-seulement pour tout père de famille, mais encore pour toute sa généalogie suspendue sur sa tête, une indispensable condition de salut.
Cette étroite solidarité, A travers les Ages des anciennes avec les nouvelles générations, portait le plus proche parent A prendre la place du mari auprès de la femme frappée de stérilité, pour donner un rédempteur A la famille.
La même pensée qui avait déféré l’autorité au patriarche, comme le réprésentant le plus élevé, par sa vieillesse, de l’idée de continuité, avait provoqué dans l’ïnde cette théorie d’existence rétrospective, d’existence en participation avec le passé. C’était le patriarche, en quelque sorte, qui persistait A commander indéfiniment A sa descendance du fond de son tombeau.
ïl gardait dans la mort la propriété tacite du patri-
moine. La génération sortie de sa ehair n’en avait que la jouissance. Aucun descendant ne pouvait aliéner cette main-morte sacrée que l’ancêtre avait pour toujours léguée h l’idée abstraite de famille. l,a vente d’un héritage eut été une expropriation rétroactive de la dynastie, l’impiété de l’impiété. Le législateur indou avait voulu ainsi attacher l’homme par des liens éternels à la propriété et le déshabituer de la vie vagabonde de la tribu. Il lui avait appris à faire entrer la grande idée de temps dans sa destinée, et comme la première notion que l’intelligence humaine a pu former du temps a été la notion du passé par la mémoire, c’est vers le passé que le dogme tournait continuellement le regard des croyants. Et pour que cette idée ne fût jamais interrompue, efTacée par la succession et la mobilité des âges, il exigea que le premier né de la famille portât toujours le nom de l’aïeul.
La propriété du patrimoine était indivise entre tous les membres de la famille; la propriété «lu sol était aussi indivise entre tous les membres de la nation. IJ), le propriétaire lictif était l’aïeul; ici c’était le souverain. Le souverain affermait la terre à chaque commune. La commune indoue était une véritable corporation rustique, associée pour la culture d’après le principe do la division du travail et composée de chefs, de surveillants, de vérificateurs, de distributeurs d’irrigations, de maîtres d’école, de prêtres, d’astrologues, de médecins, de barbiers, de potiers, de charpentiers et de forgerons. Au jour de la moisson, la gerbe était partagée également et indistinctement à tous les sociétaires à des titres si divers de la communauté.
Je reviens souvent sur le caractère collectif, imper-
sonne) des premières civilisations, car pour ces époques antédiluviennes, en quelque sorte, de l’histoire, il est le millésime à moitié rongé par la rouille du temps, qui marque la date certaine du progrès. En effet, caste, polygamie, propriété indivise et cultivée en commun, repas public, foyer domestique transformé en fief, tout cela relève de la même nécessité, trahit la même pensée.
La vie est trop pauvre dans chacun pour agir par sa propre spontanéité. Elle ne peut constituer la personnalité do l’individu sur une argile encore trop faible pour la porter. La communauté, en réunissant l’individu en faisceau, arrive à réaliser dans le sens philosophique du mot une personne. Seule libre entre tous, la multitude a seule aussi pour tous une volonté. Elle assigne fatalement à chacun sa destinée. Le progrès consiste à briser cette fatalité, au petit pied, qui règle toute existence, en faisant descendre la personnalité de la masse dans l’individu.
Nous verrons plus tard que, d’évolutions en évolutions, le droit de la communauté, toujours réduit, par le développement assidu du moi humain, sera transformé en droit de majorité. La majorité est une fatalité aussi, elle disparaîtra à son tour devant la liberté.
Et pourtant la caste ou la communauté, substituée à la personne, a eu sa part d’utilité et doit avoir devant Dieu une part de remerciment . La caste a été la naissance de l’homme à l’intelligence. Elle a créé une seconde fois l’humanité. Elle a fait crédit à la pensée du loisir de la méditation. Elle a mis pour la première fois la pensée au sommet de la société. Descendez dans votre âme aussi profondément que vous pourrez, vous ne trouverez pas
une idée que 1 h vaste u’y ait la première posée. Religion, métaphysique, mathématique, astronomie, industrie, elle a produit successivement toutes les premières moissons de l’esprit. Laisse/, la philosophie somnambule qui lit le passé, les yeux fermés, insulter cette ajoute du génie humain, vous, mon ami, vous saurez la resj>eeter à sa place dans l’histoire.
La famille, inspirée du même principe que la caste, a eu pour l’humanité la même bienfaisance. Si, à cette époque de pauvreté à peu près unanime, l’homme eût été réduit à sa propre durée, suspendu dans le temps, il eût ignoré la richesse. Le travail d’une vie eût été aussitôt détruit que formé. Le lils prodigue eût dévoré l’héritage de sa race en une année; la production, continuellement dissipée, eût flotté au vent du hasard. Mais la sagesse indoue avait prévu ce danger.
En déclarant que chaque patrimoine était un lief indivis de la famille dont l'aïeul restait incommutahlement, à travers les siècles, l’unique propriétaire, elle empêcha la dispersion du capital naissant. Et en ajoutant que l’enrichissement de l’aïeul était un paradis en arrière que chaque descendant devait gagner par sa vertu, elle sollicita tout nouveau fils à venir déposer l’offrande de son épargne comme la rançon de ses péchés sur le tombeau de ce premier prophète de son foyer.
La plus légère économie était une indulgence facile qu’il avait gagnée. Le trésor commun, formé ainsi des contributions successivement et lentement accumulées des générations monta d’années en années, de naissance en naissance.
Mais la caste et la famille indoues, formes préparatoires
d’un progrès de l’humanité, destinées à disparaître avec ce progrès, devaient nécessairement à la longue, par l’immobilité de leur institution, immobiliser à leur tour la vie de la civilisation. [I arriva en eH'et, après un certain nombre de siècles, que la fonction de 1 intelligence étant à tout jamais circonscrite à une seule caste, cette caste, paresseuse à l’invention, aima mieux transmettre de la main à la main l'idée déjà créée que de créer une nouvelle science.
Le bramane n’avait plus qu’à redire une chose déjà dite et pour toujours. La pensée n’était plus qu’une habitude de mots, une réminiscence. Lorsque la véritable activité complexe ôt diverse qu’exige la nature diverse et complexe aussi de l’homme est impitoyablement niée à la masse presque tout entière d'une nation, lorsque chaque destinée est pétrifiée à certaines occupations fatales, héréditairement transmises, la classe toujours condamnée au travail de corps dégénère de plus en plus, et la classe toujours exilée dans le travail de l’esprit rétrograde de plus en plus vers la routine de l’idée. La vie humaine, une et harmonieuse par essence, est scindée en deux parties. Cette scission prolongée aboutit au tombeau. L’homme meurt faute d’atmosphère.
Mais la mort a sa logique aussi, sa loi de progrès. L’homme a tué en lui la force motrice de l’être, l'espérance. Dieu n’a pas marqué de halte pour lui sur le chemin du sacritice. Le peuple, mort à l’avenir, doit désormais mourir tout entier. La dévotion ne fut plus dans l’Inde que la théorie raffinée du suicide. Le dévot retournait contre sa chair la mutilation de son esprit. Il allait chercher au fond des forêts une agonie savamment
graduée de douleur eu douleur. Il roulait sa tète dans la poussière, ivre de mort, sous les roues sanglantes du char de Jaggernat. Il jetait son corps vonune un haillon aux pieds de l’idole.
L’Indou, fatigué de respirer, au fond de la caste, un air sans souffle, mourait à la moindre injustice. Il livrait sans regret sa vie au premier despote. Ce despote pouvait tenter en paix sa patience. L’Indou ne courait pa> aux armes pour venger son injure. Il couvrait sa tète de la cendre de son foyer; il secouait ses pieds sur le seuil de sa maison ; il emmenait avec lui en silence sa famille; il marchait, par des sentiers déserts, vers le palais d’iniquité; il arrivait en foule, de tous les vents, à ce rendezvous de mystères. Cette conspiration spontanée de cent mille conjurés tombait ensuite à genoux, la face jienehéo sur la poitrine, et entonnait la formule du Djurma.
Le Djurma était l’anathème vengeur que l'opprimé appelait du haut du ciel sur lu tète du puissant. Tant que l’oppresseur n’avait pas fait droit à cette pétition muette, dans la poussière, le suppliant répétait jusqu’à la mort sa formule. Il mourait lentement, homme par homme, au pied du mur, qu'un pas de plus, il eût renversé du poids de sa multitude. Le survivant ne tournait pas même la tète pour regarder le cadavre «le son voisin. Il continuait mentalement, d’une lèvre à moitié éteinte, sa prière. Ce chœur intérieur de désolation montait à l’oreille de Dieu, incessamment diminué «l'une lamentation. Aucun cri ne venait troubler le recueillement «le cet immense suicide. La brise «pii souillait sur cet holocauste de cent mille hommes, n’emportait pas même en passant un léger murmure.
L’Inde, sans cesse conquise et foulée de siècle en siècle par un nouveau despotisme, mourut ainsi, résignée d’avance à mourir.
L’âme vivante du progrès, qui est l’âme même de la création, réfugiée tout entière dans l’humanité, émigra vers d’autres latitudes. Elle appela d’autres races de l’autre côté de l’imaüs. Elle leur cria : Levez-vous et marchez. Ces races se levèrent et marchèrent en effet. Une journée de plus du drame divin était finie. Le monde allait encore changer.