CHAPITRE XIII
L’Egypte solitaire, recueillie, invitée et inclinée h l’étude par toutes les voix et toutes les complaisances de la nature, méditait silencieusement à l’écart, comme dans un long monologue. Elle créait la science, la couvrait de mystère, l’enveloppait de granit, la couvait lentement jusqu’au jour où l’œuvre de son génie, éclose du sanctuaire, devait briser la muraille, prendre son essor et aller chercher une autre humanité, de l’autre côté de la Méditerranée.
La Perse, au contraire, assise sur un sol actif coupé de plaines et de montagnes; entourée de tribus nomades, nomade elle -même, inquiète et frémissante de l’esprit de conquête, semblait chargée par Dieu, en ce jour de dispersion universelle, de rassembler à coups d’épée, les. races éparses et de les enrégimenter en nations. Toujours à cheval sur la limite de deux continents, elle était de toute évidence, dans la préméditation de l’histoire, une estafette providentielle commandée d’avance pour porter d’une frontière à l’autre les messages d’idées.
Le culte, empreint de l’agitation du sol, la provoquait sans cesse à l’action. Elle croyait aussi à un dieu bon et à un dieu mauvais , elle nommait le premier Ormutz et le second Aliriman. Ils luttaient continuellement ensemble, donnant ainsi à l’homme l’exemple du combat. Mais pendant qu’ils luttaient, l’homme vivait et traduisait sa croissance de vie par l’incessante victoire d’Ormutz sur Ahriraan. Aussi un jour devait venir où le bien dompterait le mal et le renverrait au néant. Ce jour-là, le monde, brisé d’un coup de tonnerre, brûlera comme le feu de l’autel. L’àme de chaque homme, ressuscitée du tombeau, passera à travers la flamme et reprendra sa première candeur.
L’histoire de la Perse, incidentée comme sa géographie, flotte d’une race à l’autre dans une perpétuelle oscillation. Aujourd’hui c’est la terre d’Iran, demain c’est la Médie, un autre jour c’est l’Assyrie. I^a Perse vient la dernière. On dirait une nation informe, toujours bouillonnante et travaillée d’une secrète chimie. Elle a conquis l’Asie de l’Indus au Liban, et de tous les détritus de peuples qu’elle a successivement engloutis sur son passage, elle n’a pu former véritablement un royaume. Son royaume est un camp et son roi un général d’armée , toujours errant de capitale en capitale , selon l’heure de l’année, comme de garnison en garnison. La prescience du progrès le voulait ainsi. Le monde Persan, intermédiaire entre l’Inde et l’Europe, devait être le continuel va et vient d’une contrée à l’autre contrée.
Trois nations, l’Inde, l’Egypte et la Perse, sont "nées au soleil. La civilisation a pénétré plus avant dans l’espace et porté ainsi un nouveau témoignage du progrès.
Mais qu’importait un pas de plus sur la terre, si en marchant h la conquête d’une autre latitude, elle perdait sans retour le bénéfice de la richesse d’idées et d'inventions accumulées, dans sa première patrie? Le progrès ne consiste pas seulement A déplacer et à coloniser, il consiste encore h échanger et à multiplier par la force de tous la force de chacun.
Plus le travail prête et emprunte au travail , plus il émet et appelle de produits, et plus aussi l’homme grandit de peuple h peuple et monte en puissance. De même qu’il y a la tradition du temps, il y a la tradition de l’espace. La première rattache les générations aux générations, et la seconde relie les contrées aux contrées. La civilisation est également frappée de stérilité, isolée dans la durée ou bien isolée dans l’étendue. Elle n’a jamais pu naître d’elle-mème dans une ile retranchée de la terre ferme par un infranchissable distance.
Elle devait donc, sous peine de mentir h sa destinée, établir une correspondance suivie d’industries et de découvertes entre l’ Inde et ses colonies d’idées. Mais comment? Un espace incommensurable la sépare de l’Egypte. Le navire n’est pas encore inventé. Elle doit traverser, pour arriver au Nil, l’épaisseur d’un continent, et, pour le traverser, elle a devant elle le désert .
Et ici admirez la merveilleuse harmonie universelle du progrès. Si l’Asie occidentale avait été couverte de végétation comme une partie de l’Amérique, l’Inde , cloîtrée par cette inextricable muraille de forêts, n’eùt jamais pu déborder sur l’Europe. Elle eût trouvé à chaque pas un obstacle, un ennemi caché. Elle eût dû, de toute nécessité, déblayer le jungle et le marais , frayer à la hache un
passage à son idée. Les siècles de son peuple eussent tous inutilement fondu les uns après les autres à ce travail.
Mais le désert était un chemin tracé d’avance, qui débouchait, sans interruption de continuité, de sa frontière à la Méditerranée. Elle trouva sur ce sol déblayé d'avance une race nomade encore attardée à l’état pasteur. Cette race éparse sur le sable comme l’oasis, figure terrestre de la tribu, n’avait pas dans la constitution de sa géographie, l’assistance nécessaire pour évoluer à une forme supérieure de civilisation. Et cependant elle ne devait pas simplement rester en arrière de l’humanité, comme la curiosité vivante du passé. Elle avait son utilité aussi, sa place marquée dans la stratégie universelle de l’histoire. Elle devait servir de correspondance entre l’Asie et l’Europe. L’Inde la prit à son service et la première caravane partit.
La caravane porta le sel de la terre d’orient en occident et d’occident en orient. Cependant si elle eût été réduite à l’homme seul, l’homme, trop faible, serait tombé, brisé dès le premier pas, sous le poids du voyage. Le soleil couchant ignorerait encore la richesse du soleil levant. Mais la tribu errante trouva sur son chemin un nouveau compagnon de fatigue , un nouveau volontaire de l’humanité, courageux et déterminé par caractère à porter le fardeau.
Il était h peu près le seul habitant du désert, le désert incarné sous la forme vivante du quadrupède. Son corps allongé et difforme, rugueux et calleux, surmonté, lui aussi, de son mamelon, avait la ligne onduleuse et tourmentée de la vague de sable continuellement labourée
par le simoun. Sa robe, uniformément prise, pelée par place et couverte de durillons, réfléchissait la couleur de cette terre de stérilité, poudroyante au rayon, écorchée au vent et semée çà et là d’un bloc de rocher comme d’un débris d’ossement.
La nature avait légèrement modifié en lui le mécanisme habituel de la vie, et disposé un organe particulier, pour lui permettre sa longue traite, sur cette route aride qui offrait parcimonieusement, à longue distance, une fontaine au voyageur. Il portait sous son long cou dressé au-dessus de la poussière, une source intérieure où il pouvait étancher sa soif, goutte à goutte , en continuant de marcher.
Il était sobre, d’une sobriété héroïque poussée jusqu’au miracle, jusqu’au défi à la nature. U broutait peu à la fois, et toujours de préférence l’herbe épineuse et amère du désert. Lorsque le jonc et l’absinthe venaient à lui manquer, il prolongeait sa marche à jeun, avec le même courage. Seulement, sa bouffissure de chair tombait peu à peu comme fondue au soleil. L’oxigène, absorbé par la respiration, est un feu qui brûle l’aliment dans le corps, comme le feu de l’autel brûle l’holocauste. Lorsque la flamme, rallumée d’un souffle, ne trouve plus l’aliment à dévorer, elle dévore l’huile même de l'organisme. Mais détournée dans le chameau, par une prévoyance de constitution, sur l’excroissance de sa difformité, elle respectait la fibre délicate de l’existence. Il pouvait ainsi jeûner sans mourir.
Il semblait avoir conscience de la force cachée que Dieu avait mise en lui pour soumettre à l’homme le vide infini des plaines de l’Asie. Lorsque le jour du départ était
fixé, il pliait le genou pour tendre l’épaule au bagage.
Le chamelier attachait sur le bât l’outre pleine d’eau, le sac plein d’orge, la toile de la tente et le ballot de marchandise. Il donnait le signal, et le chameau partait intrépidement pour un voyage souvent prolongé d’une année à l’autre année.
Le soleil d’Arabie répandaitsur le sable le brasier visible de ses rayons. Le mirage étalait au loin, sur la couche flamboyante de l’air, sa cruelle léerie. Le chameau taciturne traversait, le cœur haut, dans une mélancolique résignation, l’immense incendie flottant de l’atmosphère; il marchait infatigablement de sa marche cadencée et balancée comme par le flot du terrain.
Si par hasard il venait à fléchir sous le poids du jour et à ralentir le pas, le chamelier entonnait quelque refrain guttural, âpre comme la grève du sentier, et ce rhythme plaintif, inspiré par le steppe, ramenait l’énergie épuisée dans le muscle du chameau.
Il reprenait sa route avec une nouvelle vigueur, au chant de sympathie, et le soir, après l’étape, il paissait auprès du campement l’herbe dure et courte du désert, buvait et renouvelait sa provision d’eau dans le lit à moitié desséché du torrent, puis, repliant ses jambes sous son ventre, il dormait sous le fardeau.
Inépuisable de magnanimité pour l’homme dans sa servitude, il était le trésor vivant de la caravane. Il lui donnait sa bourre pour la vêtir, sa chair pour la nourrir, la poussière de son fumier séchée au midi, pour cuire le repas], et lorsque l’eau des outres était tarie , il lui donnait sa propre vie pour lui livrer l’outre vivante enfermée sous son poitrail. Il lui offrait, enfin, en sacri-
lice, pendant la longue épreuve du désert, jusqu’à son dernier atome.
Souvent le sacritice était perdu. Au milieu de la traversée, une trombe de sable montait tout à coup du tond de l’horizon. Le soleil informe et sanglant tloüait à tra- . vers une brume sèche, comme une plaie béante à travers un linceul. Le vent de mort commençait à souffler, et le sentier à tourner comme une meule sous le pied du chameau .
La tempête muette tourbillonnait un instant autour de la caravane. Une nuit subite descendait sur le désert. Le voyageur, enveloppé d’une poussière brûlante tombait la face en terre, pour dérober sa lèvre à la fournaise.
Le chameau résigné attendait son heure, couché A coté de son maître, humble jusqu’à la mort, la tète allongée sur le sol, dans l’attitude première de la servitude. Le simoun amoncelait son avalanche aérienne sur l’homme et l’animal. Tous deux mouraient; et le tourbillon fuyait vers un autre horizon, en laissant derrière lui sur la plaine de profonds remous.
A quelque temps de là, un vent contraire déblayait les corps qu’un orage avait ensevelis. Une autre caravane voyait blanchir sur le chemin une traînée confuse de squelettes. En entendant sonner sous son pied l’os des morts, le voyageur pressait le pas en silence et passait. Mais le serviteur du désert n’en avait pas moins accompli jusqu’à la consommation sa haute destinée de dévoûment. Il était mort pour l’homme et il reposait avec lui dans le même tombeau.
La caravane , forme enfantine du commerce , avait le caractère ambigu de toute origine. Guerrière et mar-
chande à la fois, elle trafiquait la lance au côté. Elle commerçait comme l’agriculteur labourait, en masse, par tribu. Lorsqu’elle trouvait sur sa route une oasis arrosée de sources ou une rive de fleuve bordée de prairies, elle dressait à la hâte un grossier portique ouvert à tous les vents, sur cette lie de vie et de fertilité. Elle construisait le caravansérail, elle y campait plusieurs semaines de suite, pour reposer sa fatigue, renouveler sa provision, et après ce moment de relâche, en pleine verdure, elle poursuivait son chemin.
Le caravansérail était la cité de passage, intermittente et commune, que chaque caravane en partant abandonnait à une autre caravane. Le voyageur n’y possédait que la place de son corps et l’ombre de son sommeil. Mais un jour, une tribu, retenue par la séduction de la nature et la commodité d’existence, oublia de partir et transforma le caravansérail en cité. Babylone sortit du fond de l’espace, première étoile du désert. La ville de l’Euphrate était en réalité la tribu nomade arrêtée dans sa course et immobilisée au sol par une muraille. Elle avait la forme méthodique et disposée, sur quatre faces, du campement. Chaque maison était éparse au hasard, comme la tente dans le camp, afin de laisser à chaque pasteur assez déplacé autour de lui pour paître son chameau. C’était, en un mot, l’ancien monde pastoral, jusqu’alors errant, campé sous la pierre et vivant comme dans le passé , pêle-mêle avec son troupeau.
Palmyre, Ecbatane, Petra, Géra, Damas, sortirent, après Babylone, de la profondeur du désert. Chacune brilla de sa place sur le sol vide pour éclairer dans la nuit des temps la marche de la civilisation. Chacune
offrit une station peuplée au double courant d’hommes, qui coulait de la Méditerranée à l’Inde et de l’Inde à la Méditerranée. Le caravansérail, élevé à l’état de royaume, devint l’entrepôt des deux continents, où les autres tribus, restées encore nomades , allaient continuellement porter et chercher la richesse.
Pendant des siècles et des siècles, Babylone engloutit incessamment dans son sein et revomit par ses portes géantes le commerce entier du monde connu . Elle acheta, elle vendit, elle épargna au transport qui partait de l’Inde ou du Nil, la moitié du chemin. La faveur de la nature qui l’avait tirée du néant continuait de développer la vie en elle, et, dans l’orgueil de sa reconnaissance, elle arracha du sol l’oasis et la suspendit dans le ciel sur le piédestal infini de la terrasse de Sémiramis.
Elle faisait plus encore. Pour consacrer religieusement cette rencontre de tous les peuples accourus de tous les vents de l’horizon à son hospitalité, elle leur donnait la chair de sa chair en communion. A certain jour de l’année, toute femme née du sang babylonien, allait s’asseoir en robe de fête sous le myrthe sacré de la déesse Milyta; et là elle attendait son heure en silence, le sein nu et le voile levé. L’étranger passait et laissait tomber sur elle, de son manteau, une pièce de monnaie. Elle reconnaissait à ce signal un nouvel époux, elle se levait et le suivait les yeux baissés. La reine de l’Euphrate pétrissait ainsi la race avec la race comme la grappe de raisin dans la cuve du vendangeur. L’humanité encore sensuelle semblait célébrer d’avance, dans cette pàque de débauche, sa première pensée d’unité.
Babylone grandit en gloire tant que l’abondance de la
terre passa sur le bord de l’Euphrate. Mais quand le commerce prit un autre chemin, la reine d’Orient tomba. Née de la caravane, ello mourut avec la caravane.
Le sable aride, continuellement sillonné par le pied du chameau, semblait exhaler de lui-même la richesse. La race du Liban crut un instant que la terre du soleil levant, perdue dans l’inconnu, épanchait naturellement l’or de son sein , comme l’autre soleil épanche son rayon. Elle déclara, dans sa candeur, que le désert était un vaste trésor accumulé là-bas, au-delà de l’aurore, dans le dernier lointain. Elle appela ce paradis d’opulence le royaume d’Ophyr.
Le désert était, en effet, un trésor; car le sol nu, dévoré du soleil, qui n’avait jamais porté que des peuplades et des nuées de sauterelles, errantes à l’image les unes des autres, par cette mystérieuse concordance que Dieu a partout établie entre la nature et l’humanité , était maintenant, grâce au commerce, le centre même de l’abondance. Or, qu’est-ce que le commerce? C’est le produit mobilisé, supérieur au produit inerte de toute la distance qui sépare le mouvement de l’immobilité. Le commerce est l’avénement de l’industrie à l’espace, un progrès de plus dans l’histoire.
Mais l’expédition à dos de chameau était longue et semée de dangers. Elle transportait uniquement la denrée la plus précieuse sous le poids le plus léger : la cinnamone, la poussière d’encens, l’onix, la perle, l’étoffe impalpable tissée d’un souffle, l’huile de senteur, l’épice, l’ambre, la cannelle, la fourrure, l’or, le rubis, le diamant, l’escarboucle , la science, l’idée, l’industrie, la découverte, l’âme des choses enfin, qui suit toujours le
produit d’un peuple, comme le parfum suit la fleur dans la main qui l’a cueillie.
Le commerce du monde, réduit à ce système d’échange purement somptuaire entre deux civilisations, eût bientôt péri de stérilité, sans une nouvelle conquête.
Alors l’humanité, inquiète sur sa destinée, regarda autour d’elle, et interrogea l’espace ; elle vit que du côté de l’Indus deux couloirs naturels légèrement inclinés à l’ouest pénétraient profondément dans les terras, l’un jusqu’au Delta du Nil, l’autre jusqu’à la houehe de l’Euphrate.
Que pouvait signifier ici cette mer intérieure qui , après avoir reçu le flot de l’Indus, allait chercher le courant du grand fleuve de la Perse? Que pouvait dire là cette autre mer intérieure encore, lorsque après avoir battu de sa vague deux continents, elle poussait vers le Nil, sur le vent du désert, l’écho de son gémissement?
Ce golfe d’Arabie si étrange , si merveilleux de dessin et de parcours, murmurait-il sourdement dans la profondeur de ses eaux un oracle ? L’homme religieux devait être tenté de le croire en regardant le signe particulier que la Providence avait mis sur ce bras de mer, comme un destin.
Le vent n’y soufflait pas, ici et là, d’un jour à l’autre par caprice ; il y régnait d’une manière constante, uniforme, avec la régularité d’une saison. D’avril en octobre, il soufflait de l’Egypte; d’octobre en mars, il soufflait de l’Indus, comme s’il avait à conduire et à ramener quelque panégyrie inconnue daas la même année.
Je voudrais pouvoir ici en passant donner une pre-
mière page de la géographie inédite du progrès ; montrer , la mappemonde à la main , qu’à chaque étape, la civilisation avait sa place irrévocablement marquée sur la planète ; qu’elle pouvait être là et uniquement là, par le concours forcé des choses et pas ailleurs.
Elle paraîtra d’abord dans l’Inde, où le climat devait la vêtir de sa chaleur , la nourrir de sa manne , lui épargner la moitié de la fatigue , et lui permettre de convertir cette économie de travail en science et en instrument de conquête sur la nature, forgé par la science, et cet instrument forgé, elle émigrera ensuite avec plus de confiance dans sa propre force vers une autre contrée ; elle envahira le désert qui pouvait seul la mettre en communication avec la Méditerranée, et après cette invasion elle abordera cette série de mers internes qu’une main bienveillante avait creusées jusque sous son pied, comme une tentation à une autre destinée.
Ouvrez la carte , regardez cette grande péninsule épisodique et dramatique, renfermée entre la Méditerranée, la mer Noire, la mer Caspienne, le golfe Persique et le golfe Arabique, et dites-moi si une pareille contrée, placée dans des circonstances si incontestablement méditées et combinées entre elles, avec des formes si géométriques, si achitecturales en quelque sorte, n’est pas une contrée préparée, au jour de la création, pour une œuvre à part dans l’histoire ? Ce coin de l’espace est le nœud du monde ; il est, en substance, le monde entier.
Je pourrais sans doute prouver plus complètement, je le sens du moins , à la preuve intérieure , impatiente dans mon esprit, cette complicité flagrante de la nature et de l’humanité. Mais l’immensité du trajet d’idées
que nous avons à parcourir précipite ma parole ; l’heure presse ; passons. Je me contente de dire qu'à force de regarder la mer d’Orient, chasser et ramener son flot, et la mousson souiller d’orient en occident, et d’occident en orient, comme le flux et le reflux de l’atmosphère, l’homme finit par soupçonner l’intention de la Providence.
Il frappa son front, et il en jaillit une nouvelle pensée. Et, un matin, le pasteur, assis sur la montagne, vit paraître au jour levant, comme la toile de la tente qui glissait sur la mer étincelante et emportait en fuyant le premier rayon du soleil.
Et la ville de Tvr, la nouvelle reine des nations, sortit de l’écume du rivage couronnée de sou génie.