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CHAPITRE XVIII

Ainsi la civilisation romaine engloutissait la vie du monde entier. Cette vie accumulée en elle faisait explosion dans l’espace et dans la durée. Rome, exaltée de sa grandeur, iinit par croire elle-même à son immensité, à son éternité. Elle se proclama immortelle et universelle par la voix de ses poètes. Elle se crut la figure céleste de l’humanité; elle se décerna l’apothéose. Elle prit dans le ciel le nom de la déesse Roma, et la terre adora une nouvelle divinité couronnée de créneaux.

Mais au milieu de sa gloire , le peuple romain pressentit, comme Alexandre qui s’était fait aussi le dieu de son rêve, que sa journée était finie et qu’il allait mourir. Il avait accompli sa mission. Il avait conquis les peuples et les avait enveloppés dans une ceinture de victoires. Il les avait successivement élevés les uns après les autres à l’unité : unité de langue, unité d’administration, unité de communication, unité de législation, de sculpture, d’architecture. Il avait rangé les races insociables sous sa discipline. Il avait tenu école ouverte dans ses camps à la barbarie. Il avait préparé les esprits encore sauvages

jusqu’au tond des forêts à l'annonriation d’une idee.

Mais, il avait réalisé l'unité purement extérieure, géographique, administrative, militaire do l’humanité. Celte idée d’unité , cette ascension la plus haute où l’esprit puisse monter lui donna le vertige. Il ne se contenta pas de diviniser cette idée, sous la ligure de Rome dans une incarnation de marbre et «l’airain, il offrit à la divinité nouvelle un culte sanglant. Il lit couler le sang de tous les continents à la fois dans de monstrueux holocaustes.

Il jeta pêle-mêle dans les gouffres des cirques resplendissants d’or et de pourpre, vrais temples romains à ciel ouvert, les lions, les tigres, les hippopotames, les rhinocéros, les crocodiles, les éléphants, les Huns, les Ethiopiehs, les Scythes, les Parthes, les Celtes, les Germains, comme dans des cuves sans fond, des cuves bouillonnantes où la chair de toutes les races vivantes, arrachée par lambeaux, foulée, pétrie et dévorée, passait par les perpétuelles évolutions d’une perpét uelle transsubstantiation. Il renouvelait dans le sang versé à torrents, son pacte mystérieux avec l’humanité. Il entassait dans ses combats de gladiateurs des hécatombes de victimes. 11 laissait ruisseler la veine ouverte de l’humanité comme l’eau de la fontaine. Et , cependant, de cette infatigable alchimie de peuples et d'animaux fondus et broyés ensemble, il ne pouvait extraire la véritable unité. Malgré la vertu mvtérieuse du sacrifice, malgré la fumée de la graisse qui montait par tourbillons vers la «léesse Roma, le peuple-roi sentait sourdement palpiter au fond de son cœur uue funèbre angoisse.

Il avait beau écrire sur la pierre son ubiquité, son

universalité, expédier, ramener ses armées par des routes semées d’arcs de triomphe, il entendait retentir çà et là les sourdes explosions d’un prochain cataclysme. Il sentait continuellement le monde remuer pour échapper à son étreinte. Il roula mélancoliquement dans son esprit ce paradoxe d’histoire qui préparait la dissolution par l’unité. Il entrevit pour la première fois la faiblesse de sa victoire , et il demeura épouvanté de cette j révélation.

Il n’avait pu encore entrer assez avant par l’étude du passé, dans la volonté de la Providence, pour savoir que toute civilisation n’est que la prophétie d’une autre civilisation, toute période la préparation d’une autre période, et que, cette période une fois épuisée, la civilisation doit mourir, à Rome comme à Babylone, sur une litière fanée ou sanglante de débauche et d’orgie.

Aussi, de temps à autre, Rome soulevait au milieu de ses ivresses et de ses luxures de sang, sa tète chargée de la couronne à moitié effeuillée du festin, pour jeter un regard de tristesse à l’horizon. La tristesse est la sibylle des nations. Lorsqu’une élégie involontaire tressaille au fond de sa conscience, lorsque l’humanité porte la main à son flanc avec un cri de douleur, le nouveau-né d’un monde va paraître. La biche s’attriste et s’écarte à pas lents sur la bruyère, elle a senti bondir une dernière fois ses entrailles, elle va enfanter dans la solitude.

Un instinct précurseur d’un renouvellement du monde courut sur tous les vents, d’un flot à l’autre de la Méditerranée. Athènes éleva un temple au dieu inconnu. Les peuples dans l’attente se retournèrent vers l’Orient, comme s’ils espéraient voir descendre une nouvelle révé-

lation sur un rayon de l’aurore. Un jour une voix sortit de la mer, qui criait : Le dieu Pan est mort. Le paganiéne entendit cette voix et frémit d’un vague pressentiment.

Le monde romain, en effet, n’avait connu que l’ unité de territoire; il n’avait pas atteint l’unité de l’esprit. Il avait battu l’aire de la civilisation ; il n’y avait pas apporté la moisson de l’idée. Or, l’idée seule relie solidement entre eux les peuples épars. Le monde romain était donc désormais frappé d’impuissance. Il sentait en lui-mème un vide immense qu’une croyance nouvelle devait remplir. Les flots le disaient, les oracles le disaient, et les multitudes muettes, le front levé au ciel, interrogeaient attentivement l’espace, dans l’épouvantement elle tressaillement, pour voir les premières le nouvel hète qui allait venir dans un coup de tonnerre et marcher sur la terre accompagné de prodiges.

Au milieu des continuelles tournées en armes que Rome faisait pour maintenir sa police parmi les nations, elle s’était arrêtée un jour à faire le siège d’une ville, dans un défilé de montagnes, au confluent de trois continents. Au moment où l’armée romaine traçait, au pied des murailles, la première ligne de circonvallation, une main inconnue ouvrit une porte de la ville b la tombée de la nuit, furtivement, dans l’ombre. Et de cette ombre cachée aux regards des sentinelles, un groupe d’hommes désarmés sortit en secouant ses pieds au seuil de la cité qui allait croûler sur ses talons, et marcha d’un pas ferme vers l’Occident, pour conquérir dans Rome même les vainqueurs. Ces hommes étaient les apôtres; cette ville était Jérusalem.

Assise, comme nous le disions, au carrefour des trois

mondes, Jérusalem, depuis la chute de Babylone, tenait l’entrepôt des marchandises de l’Orient. Elle était l’opulente station de la caravane toujours en marche vers trois horizons, qui portait, rapportait, distribuait à l’est et à l’ouest de l’empire romain, l’or, l’argent, l’onyx, le fin lin, la pourpre, la soie, l’écarlate, le sandal, l’ébène, l’ivoire, l’encens, la fleur de farine, la brebis, le cheval, le chariot et l’esclave. Expansive dans son commerce, elle tenait continuellement dans sa main pour vendre ou pour acheter les deux mains réunies de l’Asie et de l’Egypte. Elle expédiait chez toutes les tribus lointaines ou voisines des colonies de marchands. La loi de Moïse proscrivait, de juif à juif, l’intérêt tiré du prêt d’argent et forçait la population commerçante de la Judée à émigrer, pour lever sur les autres nations, l’intérêt de ses trésors. Israël devenait ainsi, par la volonté du texte de Moïse, le banquier cosmopolite de l’Orient.

Mais s’il émigrait volontiers chez les peuples étrangers pour leur donner le crédit à usure et. faire le courtage de leur commerce, cette expansion toute passagère, cette sympathie toute mercantile recouvrait un profond sentiment de personnalité et d’antipathie pour les autres civilisations. La race juive était, elle voulait être du moins unecivilisation impénétrable, inviolable aux idées comme aux influences du dehors. Lorsqu’elle avait levé tribut sur les cités par la spoliation amiable de l’usure, elle rentrait chargée de butin, dans son inextricable réseau de rochers. Là, derrière une triple barricade d’acropoles, échelonnées les unes derrière les autres, elle bravait toute tentative de conquête. La Judée était tout entière une forteresse perpétuelle, qui abattue ici se relevait à

une marche pins loin, devant le pas des armées. Il fallut toute la puissance romaine pour eni|»orter d’assaut ce massif crénelé de montagnes.

Le peuple juif avait eu aussi sa destinée dans la mystérieuse intrigue de l’histoire. Après avoir franchi successivement toutes les étapes de l’humanité, comme s’il était le représentant du progrès sur un espace abrégé ; après avoir traversé l’état frugivore de l’Eden , l’état chasseur, l’état patriarcal, l’état agricole, après avoir d’abord adoré Moloch le dieu terrible, pratiqué les sacrifices humains, il était arrivé, sous la direction de Moïse, à l’état civil, et au culte du Dieu unique, absolu, universel, célibataire du monde, penché du haut du firmament sur la terre, et l’embrassant tout entière de son embrassement.

Sans doute, Jéhovah vainqueur portait encore sur sa face le stigmate du dieu vaincu, de Moloch. Il était le dieu terrible, le dieu jaloux, lo dieu des armées et des catastrophes. Mais il était le Dieu un, et ce Dieu un était dans l’âme de l’homme un immense avènement. La Perse, dans un mouvement de progrès sur l’Inde, avait pu subordonner Ahriman, le dieu mauvais, au dieu bon Ormutr., et l’Egypte Typhon â Osiris. Elles avaient pu faire l’une et l’autre du dieu mauvais un dieu de passage seulement, un principe de négation destiné à disparaître au jugement dernier. Les deux théologies, cependant avaient laissé subsister le dualisme, l’anfagonisine de l’idée de divinité avec toutes ses conséquences et ses applications dans la société.

La Judée, placée entre la Perse et l’Egypte, dans l’entrecolonnement en quelque sorte de ces deux reli-

gions, dégagea de leurs dogmes la vérité que les deux aïeules orientales de la civilisation avaient confusément entrevue , qu’elles n’avaient pas formulée. Elle créa l’unité de Dieu, et lorsqu’elle eut écrit sur le bronze cette précieuse idée qui devait engendrer l’unité du genre humain, elle déposa cette idée au fond d’une arche, dans le sanctuaire, comme la promesse, comme la rédemption des siècles futurs, sur la montagne de Sion, dans le vent du ciel, hors des atteintes, hors des insultes de la conquête. Moïse fît à sa race une âme énergique, par la savante éducation de ses lois, et la conduisit dans son rocher, pour cacher là, comme dans une aire, la plus haute notion de la Divinité. Le peuple juif resta fidèle à son mandat. Au milieu du polythéisme, débordant partout à ses côtés, il garda sa conception du Dieu un, entièrement un, omnipotent et répandu dans l’innnensité de l’univers.

Cette conception dormit paisiblement sous la triple lame d’argent du tabernacle, jusqu’à ce que Rome, en faisant du monde un seul peuple, eût préparé l’hospitalité à un seul Dieu dans l’univers. Mais la notion d’un Dieu abstrait, d’un Dieu esprit, qui remplit de sa présence invisible, l’ablme de l’espace, entre le ciel et le désert, pouvait convenir aux émigrants des plaines nues et vides de l’Arabie. Elle ne pouvait suffire aux imaginations riches et peuplées d’images des populations de la Grèce et de l’Italie, habituées à saisir la Divinité sous des formes définies, sensibles au regard.

Si la formule, purement métaphysique, du Jéhovah hébreu, n’avait pas revêtu l’apparence extérieure d’une légende, d’une personnification, elle serait restée éter-

nellement scellée dans le sanctuaire de Jérusalem. Pour rayonner sur le inonde, elle dut prendre un corps, traverser l’inévitable épreuve de l’anthropomorphisme.

Or, le jour où cette incarnation divine s’accomplit dans la nuit du mystère, voici ce pui se passa :

Une étoile miraculeuse se leva à l’extrême Orient, qui réveilla les Mages du sommeil pesant de leurs vieux dogmes, et les conduisit, à la lueur de son fanal, par delà les plaines et par delà les montagnes à la porte d’un étable de Bethléem. A la même heure une voix criait dans l’air à des pâtres couchés autour de la cendre éteiute de leur bivouac, et les envoyait saluer une mystérieuse nativité à la porte de la même étable, de sorte que, par une mystérieuse concordance, les rois et les jiâtres, les premières révélations et les premières civilisations, se donnaient rendez-vous des deux extrémités du monde, autour d’un berceau, comme pour abdiquer aux pieds du nouveau-né le régime de la caste et de la barbarie.

Ce nouveau-né était le Messie, annoncé par les prédictions, fils de la Vierge bénie dans ses entrailles. Il venait à la vie dans une crèche, entre le bœuf et l’âne, pour résumer une dernière fois le monde agriculteur et le monde pasteur. Il échappait par la fuite en Egypte, au massacre des enfants, prémédité et ordonné pour étouffer dans son sang la nouvelle révolution. Il devait ainsi confondre dans sa légende les deux noms sacrés de la Perse et de l’Egypte.

Envoyé de Dieu, Dieu lui-même, comme il avait peu de temps à passer sur la terre, il anticipait sur les années pour accomplir sa mission. Dès son adolescence, il allait provoquer dans le Temple la science des docteurs. Il

scandalisa les paissants de l’esprit par l’étrangeté de sa parole. Jusqu’alors la théologie avait figuré Dieu sous les images de la richesse et de la splendeur. Elle avait prodigué l’or et la pourpre pour le vêtir. Elle avait appelé les maîtres de la parole pour célébrer ses louanges. Elle avait semé les hymnes sur sos pas et brûlé dans son temple les parfums.

Mais voici un dieu humble et doux sous ses cheveux blonds, vêtu du manteau et chaussé de la sandale du voyageur, qui appelait à lui les derniers entre les derniers, les pauvres et les proscrits. Le premier mot qu’il laisse tomber de sa lèvre est ce mot qui devait briser un monde : Heureux ceux qui souffrent, car ils seront consolés. Il est en effet le dieu de la souffrance, le dieu de la misère, et partout où il y a une âme opprimée, une âme foulée, il y a une voix intérieure qui répond à son appel. Il compte une conversion écrite d’avance dans chaque infortune. Il est l'affligé sympathique qui console toutes les afflictions.

Il relève la pécheresse, il pardonne à l’adultère. Il choisit ses témoins, ses apôtres, parmi les ouvriers de la main, parmi les pêcheurs. Il amnistie la Chananéenne, il glorifie le Samaritain ; il guérit les aveugles, il redresse les boiteux, il ressuscite des morts, il multiplie le pain et le vin, pour communier dans une plus grande abondance de vie avec la multitude ; il convoque enfin, dans son sublime testament, tous les déshérités de la terre à son héritage ; il vit avec les petits et les abandonnés, de leur vie, j’allais dire de leur assistance. Il n’a d’autre richesse que sa parole, et il tend la main pour demander la nourriture du corps à ceux qu’il a nourris d’immortalité.

Il impose son indigence volontaire et héroïque à ses disciples. Il leur interdit jusqu’à la tentation de la propriété. Vous ne posséderez , leur dit-il, ni bâton, ni manteau, ni viatique, ni sandale. Lorsque vous aurez, faim et soif, vous frapperez à la première porte du chemin, et vous direz en entrant : Que la bénédiction du Seigneur soit sur l’hote de la maison. Si l’Ilote vous accueille, sa maison sera bénie, s’il vous repousse au contraire, je vous le dis au nom du Dieu vivant, son toit sera maudit, et il ne sera pas tombé sur Gomorrhe plus de flots de bitume.

Il déracinait ainsi les porteurs de sa parole dans le monde, de tous les liens de la chair pour les jeter sur l’empire romain, libres et affamés de propagande. Il leur donnait un monde à dévorer, comme à des lions a jeun, des lions paciliques de l’amour. Il ne laissait sur les débris du vieil homme, tué en eux, que l'immense passion de la charité.

Et lorsqu’un jeune enthousiaste, riche des biens de la terre, en même temps qu’épris de sa parole, venait demander place au banquet de ses disciples , vends tes biens, lui disait Jésus. Le jeune homme s’éloignait attristé et Jésus ne le rappelait pas à son intimité. Mais, se tournant vers les apôtres, il leur disait: En vérité, le riche n’entrera pas dans mon royaume.

Car le Christ promettait son nouveau royaume aux compagnons de sa pensée. Au-dessus de la patrie des douleurs, il montrait du doigt une autre patrie.

Et pour signaler le premier le passage de cette vallée de larmes à une vie meilleure , il devait repousser la terre du pied, il devait mourir. Il accepta jusqu’à l’im-

molation de sa vie la consommation de sa parole. Et cependant , il eut sa veillée d’angoisse au pied de l’olivier. Il écarta de la main l’ange de l’agonie. Une larme tomba de ses yeux divins. Cette larme a divinisé la souffrance, en faisant que Dieu a pu souffrir.

Elle tomba comme une rosée céleste sur le cœur desséché de l’humanité. Un souffle rafraîchissant passa dans l’atmosphère, et l’esclave , courbé sur son travail, sentit tomber le poids de sa chaîne.

Le Christ monta sur la croix , et pencha dans la mort sa tête couronnée d’épines. Il sommeilla ainsi à la terre une minute du haut du Calvaire. Il descendit ensuite dans le sépulcre et remonta dans son apothéose.

Mais le jour de cette tragédie divine, pendant qu’une sueur de sang coulait du front de Jésus, un soupir sortit des profondeurs de l’espace, qui secoua la montagne de Sion et déchira le voile du sanctuaire.

Quelques années après, le bélier romain était aux portes de la Judée, et il ne restait plus pierre sur pierre de la ville de préférence, de la ville de dilection, qui s’était nommée Jérusalem. L’antique prophétie était accomplie; l’aigle avait brisé l’œuf de la doctrine.

Les chrétiens , au sortir de Jérusalem , se donnèrent le baiser de paix et prirent la route du couchant. Dirigés par ce secret instinct qui conduit les migrations d’idées, comme les migrations des colombes , par des routes certaines à travers l’étendue, ils allèrent, en suivant les flots rêveurs de la Méditerranée, d’abord vers la Grèce, ensuite vers l’Italie. Us achevèrent à Rome l’éducation de l’apostolat par la persécution, et quand ils furent prêts et trempés pour tous les combats, ils franchirent la

chaîne des Alpes et entrèrent dans la Gaule. Il s’arrêtèrent là, au bord de cet océan, prophète murmurant, qui devait conduire plus tard le christianisme plus loin, au-delà des horizons, derrière le vide immense, dans le sillon de feu que traçait le soleil couchant. Ils déblayèrent sur cette terre prédestinée à son tour la place d’une autre civilisation.

Or, au moment où l’idée de l'extrême Orient apportée par les Mages dans la crèche de Bethléem , et Iransligurée par le Christ sur le Thabor , abordait dans la Gaule encore sauvage et nue par la route du Midi , la race de l’extrême Orient qui avait pris, pendant ses longues pérégrinations, le nom de Germanie, venait par la route du Nord, à travers d’inextricables forêts, revendiquer sa part sacrée du sol gaulois.

De sorte que l’idée et la race parties du même berceau, sœurs du même lait dans la nuit des temps, acheminées chacune par son chemin, linissaient par se rencontrer de nouveau au-delà des siècles et des siècles, et à se reconnaître dans leur mystérieuse parenté. Elles faisaient jonction à travers les temps, à travers les espaces, après avoir recruté toutes les tribus, tous les dogmes sur leur passage, pour réaliser, à frais communs, une plus puissante civilisation dans une plus puissante unité.

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