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CHAPITRE XXI

lia femme, pendant ce temps-là , croissait en dignité, à l’ombre de l’Évangile. Le Christ avait d’abord habité le sein d'une vierge pour effacer la flétrissure de l’Eden. Avant sa venue, la circoncision était l’unique initiation de la Judée à l’alliance du Seigneur. Cette initiation toute virile laissait la femme, par une sorte d’excommunication tacite, en dehors de l’alliance. Mais en baptisant également l’homme et la femme , et en les admettant également à sa rédemption, le Christ écrivit sur leur front, dans l’égalité même du signe religieux, l’égalité de leur âme devant le salut.

Il avait fait plus encore , il avait divinisé la première vertu de la femme, la commisération. Il allait chercher au fond du cœur la larme intérieure pour la sécher. Il avait consolé la sœur de Lazare, salué la Cananéenne, relevé l’adultère, accepté l’offrande de la pécheresse.

Il avait dit, en un jour de mansuétude : Bénie soit la créature qui a aimé et qui a pleuré. La victime gémissante des siècles reconnut à cette parole son sauveur et

le suivit partout, répandant sur la trace du pied divin la palme et le parfum.

Après la consommation du Calvaire, elle veilla, ensevelie dans son deuil, devant la pierre du tombeau. Plus tard, à l’heure de la grande épreuve, elle accourut au rendez-vous funèbre du Cirque romain. Elle partagea avec l’homme la gloire du martyre et monta dans le ciel, à côté de Jésus, resplendissante de sanctification, le front couvert de l’auréole.

La loi chrétienne, toujours compatissante à la femme, proclama l’indissolubilité du mariage. Elle brisa ainsi l’iniquité de la répudiation, qui n’était que la polygamie successive, à diverses échéances. La femme avait désormais sa place assurée, garantie, dans la famille. Elle pouvait vieillir auprès du berceau de ses enfants, sans craindre le congé brutal de son mari. Sa destinée, jusqu’alors mobile, incertaine, soumise au caprice du moment, à moins que cela encore, à une curiosité de volupté, participait à la fixité, à l’immutabilité du foyer.

La femme épousa dès lors le temps dans son amant. Elle attira sur son mariage la bénédiction de la durée. Elle porta, comme une robe de rénovation, cette formule du progrès. Son mari, habitué à voir en elle une compagne inséparable jusqu’au cercueil, lui escompta en sympathie cette idée de perpétuité.

Il l’aima, il la respecta, il l’entoura d’assiduité et de prévenance. Il l’asssocia étroitement à son espérance, à son intimité. U apprit à son insu la loi sainte de la réciprocité et de l’indulgence. Il ne pouvait blesser sa femme sans être blessé le premier dans ce perpétuel tête-à-tête avec sa victime. Il avait donc à reconqué-

rir chaque jour l’affection de sa fiancée. Il lui imposait à son tour la condition de la chasteté. La vertu grandissait dans l’un et dans l’autre par la vertu. Ils s’aimaient dans ce temps barbare par la nécessité de s’aimer. Et lorsque la mort avait rompu leur union , ils dormaient encore sous le pli du même suaire, sculptés côte à côte, dans le marbre du même tombeau.

La loi civile, inspirée par la religion, transcrivit dans son code la pensée de l’Évangile. Elle restitua à la femme la plénitude de sa personnalité. Elle lui remit la tutèle de son enfant. Elle lui accorda l’administration de son domaine. Elle décréta enfin , en sa faveur, l’institution du douaire.

La dot avait été la première enchère de la liberté de la femme dans le ménage. Le douaire compléta son émancipation en assurant sou veuvage contre la misère. Il lui payait d’avance le pain de sa vieillesse et prolongeait en quelque sorte le mariage après la mort du mari. Le mari continuait d’assister , du bord de l’autre vie, la chaste confidente de son chevet. Il revivait encore tout entier dans le don de sa prévoyance. Sa mort était moins une rupture qu’une absence d’une journée. Il partait le premier pour aller préparer à sa femme un autre foyer d’affection dans la splendeur du céleste parvis.

La femme, appelée à la communion de la propriété, indépendante par la propriété, abritée du besoin, vivant par elle-même, acquit ce jour-là une spontanéité , une volonté, une puissance, une destinée, non pas seulement une destinée circonscrite à la vie du ménage , à l’œuvre de la main , à la quenouille ou à l’aiguille, mais encore une destinée morale qui avait, au-delà de l’humble

horizon du foyer, son aspiration, sa gloire, sa récompense et son apothéose.

Elle contempla du regard de la prière la sainte du paradis, cette soeur en Dieu dont elle portait le nom sur la terre des vivants. Elle réva, elle ambitionna la même sanctification. Elle appela dans un pieux tressaillement et développa en elle l’âme du Christ, la douceur, la pureté, la bonté, l'humilité, la compassion, l’immolation, la poésie. Elle revêtit aux yeux de l’homme, sous cette parure mystique de grâce intérieure, une nouvelle beauté. Chacune de ces fleurs de sainteté, épanouias sur son sein, répandait autour d’elle une atmosphère de vénération.

Au milieu de cette douce émanation de vertu , l’homme sentit un idéal de plus entrer dans sa pensée. Il connut l’enthousiasme, le lyrisme de l’amour, car, jusque-là, il en avait seulement entrevu l’ombre, la volupté. Il glorifia pour la première fois la constance de la passion. Il inaugura sur la terre le culte de la femme dans la chevalerie. L’infini descendit dans son cœur sous l’image de la fiancée. Il dévoua éternellement sa vie à cette vision. La femme devint sa glorieuse tentation à l’héroïsme. Elle rayonna continuellement sur sa pensée. Chaque homme eut désormais son inspiration secrète, sa Béatrix. Le moine lui-même, consumé par le feu de la pénitence, mourait au monde en extase devant la madone.

La femme grandit à son tour par l’homme qu’elle avait grandi. Sans cesse exaltée par sa vertu, elle monta sans cesse en exaltation. Elle puisa en Dieu une faculté inconnue à sa nature. Elle dépassa, par le gigan-

tesque accroissement du sentiment en elle, la mesui'e de l’humanité, ün envoyé de Dieu, un ange intérieur habita son àme et lui communiqua la puissance du miracle. Nulle part cette puissance surhumaine n’a éclaté en symptôme plus visible que dans la bergère enthousiaste et ignorante de Lorraine.

La France était envahie et menacée de servitude. La patrie sacrée de l’idée allait disparaître, emportant avec elle la civilisation. La royauté, la noblesse, l’Église, la hiérarchie tout entière désespérait du salut et mentait à son dévoir. Alors, dans cette défaillance universelle du pays, le monde vit un fait inouï, inexplicable, inexpliqué, qui déconcerte encore à l’heure qu’il est le regard de l’histoire.

Un laboureur de la vallée de la Meuse rencontra un soir une jeune fille sur son chemin.

— Il y a, lui dit celle-ci, entre Compei et Vaucouleurs une bergère qui avant un an aura chassé l’étranger du royaume.

Le paysan la regarda et suivit son chemin. L’apparition qui lui avait parlé était une paysanne douce et forte, les cheveux noirs et les traits brunis par le soleil. Elle avait reçu, au berceau, le nom de Jeanne en souvenir du bien-aimé de Jésus. Elle garda les troupeaux pendant son enfance. Après sa première communion, elle apprit à filer. Mais elle n’avait aucun attrait ni pour le fuseau, ni pour le ménage. Elle aimait mieux rêver et promener, le long de l’aubépine en fleurs, sa vague rêverie. Une fontaine coulait au pied du coteau , à l’ombre d'un hêtre planté par les Druides. Jeanne allait s’asseoir à la tombée du jour sur la margelle de cette

fontaine, pour écouter le bruit du vent dans l’arbre et de la cloche dans le lointain. Elle préparait ainsi, au fond de son âme, une pieuse réception à une idée.

Bientôt sa longue rêverie intérieure prit une forme au dehors. Un jour elle entendit une voix et aperçut à sa droite une clarté. Elle reconnut sainte Catherine et la serra éperdument dans ses bras avec un cri d'amour. Une délicieuse odeur s’exhala de cette étreinte, et la sainte du paradis remonta dans sa félicité. Depuis ce jour, la céleste vision ne quitta plus l’esprit de la douce et mélancolique sibylle. Le vent ne souffla plus dans l’arbre de la fontaine. La cloche ne tinta plus à l’église du village. Le vent, la cloche, tout cela était la voix de sainte Catherine.

La voix lui dit, à quelque temps de là, de délivrer la France, et elle partit, sur la foi de son cœur, pour accomplir la prophétie. Dieu seul a pu savoir à travers combien de périls et à travers combien d’épreuves. Enfin un jour elle passa devant tous, emportée au galop, dans son armure blanche, sur un cheval noir qui faisait jaillir sous son pied l’éclair du pavé ; terrible et miséricordieuse à la fois, une épée dans une main, une bannière dans l’autre, renversant d’un geste les murailles et balayant les armées. Lorsqu’elle avait fait sa journée, elle rentrait, après la victoire, humble et calme entre toutes, dans sa candeur et dans sa sérénité. I,e peuple tombait à genoux sur son passage et baisait respectueusement la frange de son armure.

La France était sauvée. La mission de Jeanne d’Arc était finie. Elle voulait retourner à son village. Mais il n’y avait plus sur la terre une vallée digne de la porter.

La vie humaine, désormais, pour son àme exaltée audessus de l’humanité, était une déchéance. Dieu lui envoya la plus haute consécration de la gloire ici-bas, la mort de la tragédie. Il voulut que la larme pathétique de l’humanité roulât éternellement sur cette sainte mémoire. Jeanne d’Arc, abandonnée de tous, monta sur l’échafaud dans une robe d’ignominie. Le ciel reçut l’hostie sacrée, et maintenant peut être du haut d’une de ces étoiles que nous voyons flotter là-bas à l’horizon elle regarde encore cette terre de France avec un sourire d’amour.

Elle mourut de la mort d’Hypathie, tuée comme elle par un moine, prophétie incomplète, comme elle , de la double émancipation future de la femme, dans son cœur et dans son intelligence.

Hypathie avait été la muse austère de la science de l’antiquité, de la raison, de la métaphysique, de l’astronomie, de la musique, la Vénus Uranie de Platon, pâle comme l’étoile, froide comme la nuit du firmament. Elle représentait la première entrevue dé la femme avec la notion abstraite de l’infini.

Jeanne d’Arc, au contraire, était l’explosion de l’âme chrétienne, aimante, dévouée, condensée et bouillonnante dans la chair d’une jeune fille, pour la soulever jusqu’à Dieu, dans un magnifique élan d’héroïsme. Elle personnifiait la flamme ardente de l’amour infini, allumée dans le cœur de l’ignorance.

Ni l’une ni l’autre ne rendent suffisamment témoignage de la nouvelle gloire qui attend la femme sur le chemin du progrès. Un jour viendra, sans doute, qui réunira dans une autre Éve pleinement réhabilitée

Hypathie et Jeanne d’Arc, la science et l’inspiration.

Le christianisme avait immolé, dans la vierge de Lorraine, sa propre pensée. L’ouvrier s’était retourné contre son œuvre pour la briser.

La parole du Christ avait été véritablement, selon la promesse de l’Evangile, une |»arole de vie, de régénération. Elle avait régénéré, ou plutôt elle avait engendré l’honime intérieur, le moi humain. Jusqu’au jour du Golgotha, lame, encore pauvre de sentiments et d'idées, n’avait pu atteindre à la personnalité, c’est-à-dire à cette unité intime, composée et Tortillée de toutes les facultés, de toutes les connaissances. L’homme vivait, il agissait au dehors attiré et conduit par une force extérieure h sa propre volonté, à sa propre détermination. En politique, il appartenait à la cité, en religion à la fatalité. Ces deux puissances, essentiellement corrélatives, dirigeaient sa conduite et constituaient sa morale.

Mais lorsqu’il eut amassé en lui une plus grande somme de notions et de vertus dans une plus forte unité, par conséquent une plus forte personnalité, le christianisme saisit immédiatement ce nouveau progrès et le transporta dans l’Eglise.

Il promulgua le premier, il inaugura le culte de la vie spirituelle, de la conscience. 11 annonça hautement à tout homme cette bonne nouvelle.

Je te justifie devant Dieu, je te rends la liberté. Tu justifieras à ton tour, par tes (ouvres, cette munificence. Tu seras le perpétuel travailleur de ton propre mérite. Va maintenant, pense, agis sous ta propre responsabilité. Tu es majeur, tu es racheté. Tu as la charge de ta vie, ici et à jamais. Je te suivrai pas à pas sur ton chemin. Je

serai ton témoin, ton assistant. J’aiderai ta faiblesse, je te tendrai la main sur le bord du péril. Mais ne crois pas me tromper. Il n’y a pas uhe de tes actions, pas une de tes réflexions qui ne sera pesée, comptée, enregistrée et retrouvée au grand jour de ma revendication.

En disant cette parole, l’Evangile ouvrait à l’àme humaine la porte de l'infini. L’antiquité accordait seulement une destinée supérieure, immortelle au héros ou au génie. Le héros seul pouvait dépasser la vie passagère et bornée de la terre, laisser un écho, une image sur la lèvre et dans la mémoire de l’humanité. Le reste naissait, mangeait, buvait et passait comme la paille emportée au vent de l’oubli.

Le christianisme brisa cette loi d’inégalité et de restriction. Il mesura indistinctement à chaque homme une part d’immortalité. Dieu était entré par la communion dans la chair du dernier chrétien. Cette chair, ainsi sanctifiée, vibrait d’une nouvelle espérance. Le plus humble d’esprit sentait, au sortir du sanctuaire, l’immensité de sa destinée. Il emportait en lui, comme dans un tabernacle, le Dieu vivant. Une gloire impérissable était attachée à chacune de ses pensées, à chacune de ses actions. Il pouvait être plus qu’un héros, plus qu’un génie; il pouvait être un saint, un élu. Il vivait en face de l’éternité, l’éternité était présente à la moindre délibération de la conscience, à la moindre victoire de la bonne sur la mauvaise volonté. L’éternité descendait tout entière en lui, jour par jour, en sanctification.

Le christianisme apprit aussi à l’homme à surveiller, à conduire sa passion, sa volonté. Il lui donna sur luimême droit de justice, droit de rémunération. Il le fit

implicitement son propre juge, son propre instituteur. II remit à chacun de nous l’œuvre de sa grandeur et de sa vie à venir. Il éternisa enlin notre Ame de toute la part d’éternité qu’il mêla désormais à notre existence. 11 rendit l’homme plus étemel, si je puis m’exprimer ainsi. Il témoigna encore une fois du progrès.

La cathédrale célébrait admirablement, par la ligne et par la couleur, cette double tendance du christianisme, de recueillement à la fois et d’aspiration, d’Ame repliée sur la conscience ou élancée en prière. L’architecture grecque était extérieure et uniforme comme la vie de la cité. Elle formulait sa pensée par une ligne simple, monotone, qui revenait invariablement de fronton en fronton, de frise en frise, comme la cadence obligée et infatigable du regard. L’architecture chrétienne, au contraire, intérieure, multiple, variait et brisait sans cesse la ligne pour traduire, par la diversité de ses inflexions, la diversité de ses sentiments. Elle avait d’abord imité la basilique romaine, comme le cloître avait imité la villa. Mais peu à peu, elle avait abandonné la copie pour suivre sa propre inspiration.

Elle avait conservé dans l'abside la rotonde du prétoire, et annexé, à la principale nef, une seconde nef croisée. L’Eglise avait ainsi la forme de la croix du Calvaire, le chevet tourné au levant et le portail au couchant. Le double étage de colonnes romanes, reliées entre elles par des arceaux et surmontées d’une charpente, avait successivement disparu dans une plus puissante et [dus dramatique métamorphose.

La grande nef, flanquée de deux autres nefs latérales, basses et baignées d’ombres, montait dans toute la hau-

• lit

leur de la cathédrale. Le pilier, formé de colonnes harmonieusement groupées, jaillissait d’un jet hardi jusqu’à la balustrade de la galerie intérieure qui circulait autour de la grande nof. A cette élévation, il faisait un nœud dans le chapiteau, et après ce moment de césure, il rejaillisait en colonnettes pour aller mourir en nervure dans un ciel d’ogives.

La voûte aérienne, semée de clés sculptées qui retombaient en couronnes, et d’étoiles d’argent qui brillaient surunfoud de lapis, flottait magiquement, comme portée par un miracle, sur les verrières des fenêtres.

Le vitraux historiés et peints de couleurs intenses, versaient, dans la nef des rayons colorés de tous les prismes de la légende. Lorsque le croyant regardait le soir au soleil couchant, de l’entrée du sanctuaire, la grande rosace de la façade flamboyante et ruisselante d’inépuisables clartés, il croyait voir la porte de cristal entr’ ouverte et enflammée du paradis. Au-dessus de ce trône d’éblouissement, où le Christ, assis dans sa gloire, jugeait les morts de la vallée de Josaphat, les orgues vomissaient dans l’air le tonnerre terrible des menaces de l’Eglise.

La cathédrale était une immense épopée architecturale, hardie jusqu’au vertige, féconde jusqu’à la profusion, où toutes les formes entrelacées, évanouies, les unes dans les autres, balancées et rhythmées par le nombre de trois, le chiffre de la trinité, allaient, venaient, ondulaient, couraient du trèfle à l’ogive, de l’ogive au cintre, du cintre à l’ellipse. L’âme vierge du christianisme avait coulé sous la pierre eu sève ardente, l’avait moulée, pétrie, étendue, épanchée de tous côtés en

feuilles, en ramures, en palmettes, en nervures. La matière transparente, transfigurée, spiritualisée et perpétuellement ascensionnelle, semblait avoir perdu, sous le ciseau, sa masse et sa pesanteur.

La maison de Dieu, toujours palpitante et sonore, pleine de vagues ténèbres et de mystérieux murmures, convoquait à sa vaste hospitalité et réunissait autour de son sanctuaire, toutes les voix de l’art, toutes les voix de glorification, la musique, la peinture, l’orfèvrerie, la sculpture. Elle étalait innombrablement sur tous ses murs la pieuse chronique de l’Evangile, tantôt racontée en bas-reliefs, tantôt racontée en tableaux. Elle répandait sur ses portes, sur ses contreforts, dans ses galeries, dans ses voussures, autour de ses chapelles, les fantômes muets de deux mille figures, anges, saints, christs, docteurs, évêques, pèlerins, martyrs. Enfin, au-dessus de cet entassement de prodiges, le clocher, dernier prodige , fuyait au ciel en pyramide aiguë, percée à jour, brodée, impalpable, impondérable comme une vaj>eur.

La cloche planait de là sur la cité. Lorsqu’elle venait à sonner pour inviter les fidèles à la prière, l’immense vibration, répercutée à l’infini, descendait, de pierre en pierre, jusqu’à la crypte profonde où les morts dormaient sous la racine des piliers. Elle semblait vouloir les réveiller au fond de leur tombeau et les appeler à la résurrection.

La nuit était tombée, et la famille, rangée autour de l’âtre, devisait du travail de la journée. Une voix éplorée, sortait du clocher d’un jias égal, et courait dans le vent réveiller successivement, de rue en rue, les autres voix endormies dans le timbre du cadran. L’heure

sonnait furtive et timide d'abord , et du haut de chaque Eglise l’heure lui répondait à travers les ténèbres. La ville était éteinte. La rafale gémissait au dehors. Ia veillée entendait passer le temps et tombait à genoux. Elle faisait sa prière et allait dormir sous la protection de l’ange gardien. L’heure continuait a tomber sur son sommeil de la llèche de la cathédrale. Le temps avait choisi pour parier la demeure de l’éternité.

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