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CHAPITRE XXIX

Tel art, telle science. L’homme est un; il progresse également partout. Il crée d'abord la mathématique, science du nombre, science de toutes les autres sciences.

Directement sorti de l’esprit, le nombre est infaillible comme l’esprit. Il est l’esprit lui-même agissant sur l’idée de quantité. Il ne connaît ni doute, ni incertitude. Fatal par nature, il arrive fatalement à sa démonstration. Il est du premier moment ce qu’il sera toujours. Il porte donc en lui le caractère de toute origine, de toute infériorité, l'immutabilité et la nécessité.

De la mathématique la civilisation passe à la géométrie, ou la science de l’étendue.

La géométrie, comme l’arithmétique, est une abstraction, c'est-à-dire l’action de l’intelligence travaillant, d’après ses propres lois, sur ses propres données. Elle marche donc aussi à la vérité, irrésistiblement, par la contrainte de sa nature. Mais la géométrie est un progrès sur la mathématique, car à l’idée du nombre elle ajoute l’idée d’espace. Elle est plus complexe, conséquemment plus vivante dans le sens philosophique de l’expression.

Armé du nombre et du compas, ces deux sens en

quelque sorte , ces deux organes intellectuels de la science, l’homme saisit l’immensité , il la ramène à la portée de son regard, il la contemple, il l’observe, il l’étudie, il la mesure ; il pèse, il compte les astres suspendus dans l’éther; il précise, il détermine leurs évolutions et leurs circonvolutions. 11 découvre, il promulgue les lois des saisons et des années. Il fonde enfin l’astronomie, scientifiquement supérieure à la géométrie, parce qu’il la notion de l’espace elle unit la notion du temps, c’est-à-dire de l’espace peuplé.

Après avoir ainsi successivement créé son instrument et son calendrier, la science reporte son regard sur la terre et aborde la nature. Elle étudie, elle compare les êtres, comme s’ils étaient bruts et inertes dans l’univers. Elle le* classe, elle les inscrit, espèce par espèce, famille par famille, dans son catalogue. Elle débute par de simples opérations d’analyse et de nomenclature, par l’ostéologie, par l’anatomie. Elle décrit des formes, elle compte des molécules. Et cependant l’histoire naturelle est un progrès sur l’astronomie, car elle ajoute l’idée de vie à l’idée de mouvement. Elle est plus vivante, pour répéter toujours la même formule.

Après avoir analysé les corps, la science étudie les forces de la nature. Elle inédite, elle pénètre les lois de la pesanteur, de la chaleur, de l’impénétrabilité, de la porosité ; elle manie les fluides, elle soumet à ses formules l’atmosphère, le son, l’électricité, la lumière. Elle écrit la physique, c’est-à-dire la science de tous les agents de la vie, répandus dans l’espace. La physique est encore supérieure à l’histoire naturelle, de toute la supériorité * de la force sur la matière, de l’activité sur la passivité.'

Elle est plu» multiple, plus vivante, puisqu’elle convoque devant elle les mystérieuses puissances «le vie qui portent la fécondité dans les lianes de la nature.

La physique achemine l'esprit à la chimie. La chimie est la science de la coinhi liaison et de la pondération des nnilécules, sous l'action et par la istnspi ration des lluides. Elle est en quehpie sorte une astronomie renversée «pii recherche l'insensible gravitation des iniiniment petits. Elle pèse les corps à son creuset, comme s’ils étaient simplement formés de diverses poussières unies entre elles par une invisible puissance. Elle compte, elle classe les éléments, ces principes de la matière. Elle examine la nature comme une grande mécanique, dont elle démonté et dénombre chaque rouage. Elle est cependant un progrès sur la physique. Elle jténètre déjà dans la genèse. Elle explique la métamorphose de la matière. Elle touche à la porte de la vie ; elle en respire la divine haleine.

La chimie introduit la science à la physiologie.

La physiologie est l’interprétation de la vie dans les êtres vivants. Elle approfondit, elle explique le jeu, le mécanisme des mouvements, des fonctions. Elle observe, elle constate le rapport, l’équilibre de la matière animée, organique, avec la force infuse, l’âme cachée qui traverse et vivilie à chaque instant chaque nouveau comparse de la création. Elle surprend la Genèse dans l’intimité «le son travail. Elle en dévoilé le secret. Elle recrée a potlertori, pa« l’observation, ce «jue Dieu a déjà créé par la pens«je. Elle fonde l’organogenie, l’organoplaslie. Elle est, en un mot, la science de la vie, la plus vivante, par conséquent, de toutes les sciences.

Parvenu à ce dernier terme, l’esprit de connaissance

abandonne la matière, la nature, pour aller visiter dans son mystérieux sanctuaire l’essence même de la vie , la pensée. Il écoute et il transcrit la voix sourde, la voix intérieure de la psychologie.

La psychologie est la science des facultés de l’âme et de ses relations avec l’univers. Elle précise, elle délimite les diverses fonctions, les diverses catégories du moi humain, du moi spirituel, que nous appelons tantôt imagination, tantôt raison, tantôt mémoire, tantôt volonté, tantôt perception, tantôt conscience. Elle sépare la chair de la substance, la sensation de l’idée. Elle montre, elle prouve que le monde extérieur ne peut vouloir et penser en nous; qu’il peut tout au plus éveiller la réflexion et la volonté. De l’idée de substance absolue et indivisible dans le moi humain, le philosophe remonte, par une irrésistible série de déductions, à l’absolu infini, à Dieu enfin. La science , éblouie de cette dernière lumière, ferme le regard et disparaît évanouie dans la vapeur de l’ontologie.

Ainsi, vous le voyez encore, par une admirable correspondance , par une admirable symétrie , la science marche par le même chemin et accomplit le même progrès que la propriété, que la société, que la religion, que la poésie. Elle va toujours, racontant de plus en plus la vie, ramassant de plus en plus la vie en elle, par contrecoup, montant de plus en plus du simple au complexe, de la matière à l’esprit; de plus en plus spiritualiste, en un mot, et de plus en plus universelle dans l’espace et dans la durée.

L’industrie, ou la science appliquée, suit pas à pas son immortelle compagne.

L’industrie est une augmentation de fnree dans l’humanité. L'homme commence par ajouter à sa libre la fibre plus dure du métal. Il forge la hache, la scie, la lance, la bêche, la charrue, la truelle. Trempé de fer en quelque sorte et doublé de puissance contre la nature, il abat l'arbre, il équarrit la poutre; il sculpte la quenouille, la navette; il dompte, il discipline le boeuf, le cheval; il laboure le sol ; il bâtit la maison ; il construit le navire; il creuse la citerne; il modèle l’amphore. Avec l’assistance et la collaboration de cos instruments, de ces seconds organes, il captive et il retient autour de lui dans sa dépendance les corps insaisissables, les fluides, l’eau, le feu, la lumière. Il enferme la source sous la pierre de sa maison ; il suspend h son chevet la lampe, étoile de la pensée; il rallume h son foyer le rayon éteint du soleil . •

Il possède dans le fer et dans l’outil travaillé par le fer, le corps brut de la mécanique, si je puis parler ainsi; il n’en possède pas encore le moteur. Pour animer ce eorps, il doit lui communiquer sa propre force, ou la force musculaire de l’animal qu’il a enrôlé par son génie dans sa domesticité. Il a le moulin , et il doit le tourner ou le faire tourner. Il a le navire, et il doit l’ébranler lui-même péniblement, lourdement, k coups de rame, à travers l’immensité. Il crée peu d’œuvres avec beaucoup de travaux. Tout au plus peut-il alléger l’effort en allégeant l’obstacle, en perfectionnant la dynamique, en substituant la roue au traîneau, en inventant le levier d’Archimède. Mais, malgré ces progrès, il est toujours le seul moteur. 11 vivifie l’instrument de sa fatigue. Or, la force de l’homme, comme celle de l’animal, est né-

cessairement comptée, pesée par la nature. Pour produire une action centuple, la civilisation devait donc trouver en elle ou susciter autour d’elle une force centuple aussi. Elle conquit la mystérieuse puissance de mouvement éparse sur la planète, et elle en fit l’àme de l’industrie. Elle inventa la dynamique, supérieure à la simple mécanique de toute la différence du moteur à l’outil.

La dynamique est la production de mouvement réglée par notre intelligence et appropriée à notre besoin. Elle commence par emprunter le mouvement du courant. Elle charge le poids de l’eau de mouvoir la roue du moulin ou le balancier du foulon. Mais le courant est à la fois le moteur le plus matériel, le plus rigoureusement astreint à la condition de l’espace. Il est ici ou là, au hasard, par un caprice de géographie. Il anime seulement la machine assise au bord de la rivière et condamnée à la fixité.

Alors l'homme cherche un autre 'moteur, toujours présent, toujours voisin dans la nature. Il appelle à son secours le souffle de l’atmosphère. Il recueille la force du vent pour franchir la distanco. Il traverse la vague, porté comme par un miracle. Ce nouveau collaborateur associé à sa destinée est un progrès sur le courant. Il participe davantage à l’espace.

Mais le vent est un agent variable qui passe, qui revient. Il ne peut mouvoir d’une manière continue, assidue, le navire. Le savant cherche donc une force plus exacte, plus obéissante à son génie, qu’il évoque, qu’il maîtrise toujours à volonté. Il trouve cette force dans l’expansibilité indéfinie du gaz dilaté par la chaleur.

Et un jour, un jour do notre siècle, le* plus grand de l’histoire, un rêveur enferme In vapeur dans un chaudière, et l’homme possède désormais l’àine du mouvement.

Il a en tout temps, en tout lieu, une nouvelle ouvrière de sa destinée, une seconde Immunité matérielle et muette, infatigable, incommensurable, qui représente In force accumulée de vingt nations, qui broie le fer, qui tisse le lit, qui pétrit le cuivre, qui scie le bois, qui va, qui vient, qui jette le vaisseau d’une rive à l’autre de l'Atlantique, avec la rapidité de l’hirondelle, et lance la multitude errante h travers chaque frontière, en secouant au vent son panache de fumée.

La vapeur est un progrès sur le vent, parce qu’elle est plus complexe, plus dramatique; parce qu’elle produit plus de mouvements et des mouvements plus variés.

La mécanique va donc sans l'esse comme la science, comme la civilisation tout entière, marchant du simple au multiple, de la matière au fluide , de l’outil au moteur, du courant au vent, du vent à la vapeur, de plus en plus universalisée, de plus en plus spiritualisée dans sa perpétuelle, dans sou infatigable évolution. Demain peut-être elle passera île la vapeur à l’électricité.

L’humanité rejette sur la machine la plus lourde partie de son travail. Elle crée, comme Dieu, à distance, chaque jour, d’une simple parole. Elle dit au fer organisé et animé de son souffle : Va, fais mon œuvre ; prends ma fatigue; je serai désormais ton témoin; je te contemplerai les bras croisés, et je monterai d’heure en heure à ma véritable destinée, qui est la pensée.

Ainsi , nous voyons partout le progrès marqué au même signe, l’accroissement de vie, éclater à chaque pas, h chaque œuvre de l’humanité; la propriété est plus vivante, la religion plus vivante, l’esthétique plus vivante, la science plus vivante, la dynamique plus vivante, l’homme lui-même, l’homme physique est sans cesse aussi plus vivant.

Chaque sens, continuellement développé par plus d’actes, par plus de rapports avec; la nature extérieure, acquiert plus de sensibilité et perçoit un plus grand nombre de sensations. Autrefois, le pouls, balancier de la vie, mesurait seulement soixante pulsations, il en mesure maintenant quatre-vingts par minute.

Le regard du sauvage connaît et admire seulement la couleur simple et violente d’intonation. Le regard du civilisé distingue et préfère la nuance variée et la savante harmonie de couleurs.

L’oreille du sauvage aime et note seulement le son fort et âpre frappé comme un coup sur le timbre du cerveau. L’oreille du civilisé saisit et retient la cadence la plus fugitive et la plus imperceptible caresse de la mélodie.

La main dure et sèche du sauvage accomplit péniblement, lourdement* son travail comme à tâtons, sans élégance. La main souple et plastique du civilisé pétrit, module avec grâce et avec rapidité la matière.

L’épiderme résistant et sourd du sauvage rebute, repousse à chaque instant les molles impressions, les molles ondulations de l'atmosphère ; l’épiderme électrique et vibrant du civilisé tressaille et répond à chaque secousse, à chaque volupté de la nature.

La sympathie enfin, ou l’action et la réaction de chacun sur tous, de tous sur chacun, est la suprême expression, la suprême victoire de la civilisation toujours perfectible, toujours progressive dans la libre «le l'homme aussi bien que dans la société.

Sans cesse et de plus en plus, la vibration de l'un vibre dans le sens de l’autre, et retourne à son point de départ autant de fois multiple en puissance qu’il y a eu de contrecoups, comme une voix répercutée à l’infini qui retentit de rocher en rocher.

De là vient que l'éloquence est toujours plus puissante, plus exaltée au milieu de la multitude que dans l'intimité, <|ue le talent est plus fré«|uent, plus actif dans une «capitale que dans la solitude.

Le système nerveux, cet agent mystérieux de la vie, infatigablement accru, infatigablement [orfectionné par 1*1 us de sensations, pjg- plus de relations avec l’univers, communi({ue à la vie elle-même plus «l’énergie et plus de durée.

Partout où une commune a tenu exactement en Europe une table de mortalité, l'histoire constate que «le génération en génération , depuis le moyen âge, l’ homme accumule continuellement sur sa tète un plus grand nombre d’années.

Plus il vit «le la vie «le l'intelligence, plus il développe harmonieusement chacune «le ses facultés, l'amour, l'art, la science, l’enthousiasme, plus il atteint, porté par la sensation, la longévité.

Le lettré vit plus longtemps que le manœuvre, l’homme marié que le célibataire, l’homme en famille que le cénobite, l’homme actif que le prisonnier replié

sur sa pensée. Chaque faculté éteinte est une minute retranchée à l’existence.

Ainsi, l'homme amasse incessamment en lui une plus vigoureuse vitalité et la rayonne incessamment au dehors. Il amplitie , il dilate son être dans l’espace et dans la durée.

Son corps est véritablement le début, le rudiment d’un autre corps plus vaste et plus splendide qu’il crée chaque jour, créateur sur lui-même, par son art, par son génie.

Il jette d’abord un manteau sur sa nudité ; au point de vue du progrès, la nudité est la laideur. La forme humaine veut être parée , resplendissante de tous les prismes, de tous les rayons de la soie et de la pierrerie. La couleur est la magnifique explosion de la vie; là où elle manque, là aussi manque la beauté.

Après avoir réalisé, sur son corps, sa première enveloppe immédiate dans le vêtement, l’homme réalise sa seconde enveloppe flottante dans la maison.

La maison renferme d’abord la lampe et le feu qui suppléent à l’absence de la lumière et du soleil, qui équilibrent, qui nivellent autour de l’homme sur sa libre, le jour et la nuit, l’atmosphère et la température.

La maison contient ensuite la famille, c’est-à-dire la chair de la chair, la joie du regard, la volupté de la pensée-, l’espérance de l’avenir.

La maison abrite encore la bibliothèque, c’est-à-dire la mémoire du passé, la parole de l’humanité éternellement retentissante à l’oreille du lecteur, la conversation indéfiniment poursuivie à travers chaque génération du temps mort avec le temps vivant, la continuité, la solidarité de la civilisation.

Elle recouvre enlin l'art tout entier, la peinture, la sculpture, la gravure, la musique. Sa pierre, muette et inerte en apparence, travaillée de notre pensée, pétrie de notre substance, sonne de toutes les voix et vibre de toutes les émotions de (humanités

Après avoir crée sa seconde sphère de vio dans la maison, l’homme, toujours dévoré du Iwsoin de l’espace, crée une troisième sphère dans la campagne. Il plante le jiarc, le jardin, le verger, le parterre. Il convoque, il distribue à sa porte, sous son pas, les Heurs, les parfums, les fruits, les ombres, les murmures de toutes les latitudes, de toutes les contrées.

Et toujours emporté de plus en plus par cette puissance mystérieuse d’expansion qui provoque la vie à onduler sous une forme ou sous un autre dans l’étendue, il réalise une quatrième sphère d’activité dans le voyage. Le voyage est le dernier habitacle de l’homme élargi à la mesure de la planète. Par le voyage, il prend possession de toutes les poésies éparses dans la nature , de contrée en contrée. Il les incorpore, il les identiiie par la sensation, par le souvenir, à sa jiensée, à son existence. Aussi , plus une nation est civilisée , active , plus elle compte à son avant-garde d’émancipés du travail, d’élus do la richesse, plus elle émet, plus elle envoie à sa frontière de pèlerinages de l’art et de la science.

Ainsi , l’homme grandissait de siècle en siècle par une sorte de croissance intime, majestueuse, qui est la création continuée sur lui-même à partir du septième jour de la Genèse ; portant tous les êtres préliminaires à sa venue sur la planète inscrits et résumés dans son corps, comme dans un glorieux répertoire; vivant de la vie de

toutes les générations antérieures recueillies et ressuscitées en lui, œuvre par œuvre, alluvion par alluvion; pensant de leur pensée, savant de leur science, riche de leur dévoûment, inspiré de leur enthousiasme, appelant et ralliant sans cesse autour de lui toutes les plantes, toutes les races, toutes les saisons, toutes les latitudes ; servant et entassant à sa table, dans la pàque universelle de sa nourriture, les essences et les saveurs répandues à la surface entière de la mappemonde, comme s’il voulait verser, mêler à sa propre substance jusqu’à la moindre parcelle de vie , jusqu’à la moindre étincelle d’électricité ; détournant la force infinie de la nature pour l'engouffrer dans sa destinée; accaparant la force du bœuf, la force du fer, la force du courant, la force du vent, la force du gaz, la force de la vapeur ; et de toutes ces forces réunies et disciplinées à sa circonférence pétrissant une nouvelle musculature à son usage; déplaçant, refoulant invariablement, irrésistiblement, la limite de son action, de sa puissance; déployant, dilatant sa vie dans l’espace ; supprimant l’étendue par la vitesse ; ramenant à lui chaque extrémité de la planète ; consubstantiel au passé par la tradition, par l’imprimerie; à l’avenir par la prophétie ou la déduction de l’histoire, présent partout, contemporain partout, il est l’immense Briarée qui embrasse déjà le monde entier, le temps entier du bras et du regard.

Progrès, accroissement de vie, voilà donc la loi de l’histoire écrite à chaque pas , dans chaque œuvre de l’humanité. La manière elle-même de mesurer le temps est une nouvelle indication du progrès. Elle est, de plus en plus vivante comme la civilisation.

Chez les premiers peuples, vastes troupeaux h uma ins

où la vie est confuse , ensevelie dans un vague communisme, l’obélisque, ce doigt du soleil, trace l’heure, d’une ombre sur la poussière. L’heure est muette, insensible, collective, en plein air, apparue et disparue avec le soleil.

Une seconde civilisation vient restituer à l’homme une partie de sa liberté, de sa spontanéité, de sa personnalité , de son activité. Alors le sablier succède à l’obélisque. La mesure du temps est un mouvement, un rhythme, le premier symptôme de vie dans la création. L’heure n’est pas seulement collective, mais encore individuelle; elle n’habite pas seulement la place publique, mais encore la maison. Elle veille sur les convives attablés dans la salle du festin. Elle est su*ur de la lampe. Elle assiste au drame intime de la veillée.

Le mouvement est le premier symptôme de vie, comme le son en est le second signal. Lorsque le christianisme infuse à la terre une plus grande somme de vie, et qu’il place la vie dans le ciel, l’heure monte aussi dans le ciel ; elle a une voix, et la même voix que la prière. Elle gémit, comme la religion du Christ crucilié. Elle flotte au sein des airs , dispersée en lentes strophes sur les sombres cités. Un jour viendra, il est déjà venu, où elle jaillira en gerbe électrique au fronton des palais et portera une aigrette de lumière.

Vous le voyez : tout marche, tout conspire à une même lin, harmonieusement, simultanément, comme par une sorte de gravitation, centre et circonférence, moteur et mobile, soleil et satellite. La faculté crée l’action; l’action à son tour développe la faculté. La pensée produit l’industrie; l’industrie retourne vers l’homme en aug-

mentation de pensée. L'homme monte toujours du fini à l’infini, du temps à l’éternel, toujours de plus en plus divinisé , toujours de plus en plus divin , toujours de plus en plus esprit, toujours appelé de plus en plus à penser.

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