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L’IMPÉRATRICE DES ROSES

(madame madeleine lemaike)

C’est chose malaisée que de parler, que d’écrire, sur le propos de ses amis. Les qualités qui les rendent, pour nous, tels, ne sont pas toujours compatibles avec les périodes, ne se prêtent pas forcément à la rhétorique. Notre justice nous force parfois à reconnaître plus de matière à développements, dans le talent , ou la personne, de gens que nous n’aimons pas, et qui nous le rendent. Une autre forme d’épreuve, pour le commentateur, sur ce chapitre spécieux de l’éloge des amis, c’est l’obligation de vanter un mérite réel, dont l’exercice transcendant n’arrive pas à vivifier une matière ingrate. — C’est donc tout bénéfice, et double fête, quand les deux termes s’associent, dans un sujet privilégié : la pratique d’un art de choix, sur un terrain d’élection, avec une rare maîtrise. Plus alors, de ces compromis qui font se chantourner un discours d’académi-

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cien, réduit, par les circonstances ironiques, à porter aux nues un confrère qu’il voudrait envoyer au diable.

Ma bonne fortune m’offre aujourd’hui, à propos d’une radieuse Exposition qui va se fermer, mais non se faner, l’occasion bienvenue, et tout exceptionnelle, d’associer dans un dithyrambe féminin, d’unir dans un cantique floral, le nom d’une artiste justement célèbre, aux noms connus et inconnus de toutes les roses du monde. Celles-ci, représentant l’immense et remontant massif, incessamment portraituré, infiniment, indéfiniment varié par des pinceaux trempés de rosée. Celle-là, non sans exceller à d’autres tableaux, peuplés de visages riants, dont les plus gracieux sont un peu fleurs, plus spécialisée, par sa volonté, et par une forme indéfectible de succès, une incommensurable renommée, nous apparaissant comme une Yigée-Lebrun des parterres et des bouquets, et, triomphalement, de la Rose.

La Rose, mot magique, Sésame ouvre-toi du Printemps, des voluptés et des prières. Qu’on le lise sur la première page du Gulistan, le parterre des Roses de Saadi, le poète persan, comme sur le seuil du bouquin bourgeois de l’honnête Redouté, professeur au Muséum ; mot-sacliet plein de couleur et d’odeur, d’enchantements et de philtres. On dirait que, par un sortilège singulier, ce vocable ait reçu en don le pouvoir de nuancer d’aurore la phrase qu’il embellit, et de la pénétrer d’odeur.

Les historiens de la Rose sont nombreux ; leurs

l’impératrice des roses

ouvrages, amples ou restreints, laissent s’invétérer sur les rayons de la bibliothèque, comme des bouffées de bouquets anciens, dont le ruban pourrait porter inscrit ce vers d’Anacréon, consacré à la Reine des fleurs :

Vieille, elle garde encor l’odeur de sa jeunesse.

La documentation de ces compendiums du rosier est pleine de savoir et de saveur. Entre l’antiquité qui la revendique, pour la naissance de sa Cypris, et le christianisme qui la lait éclore sur les pieds de la Vierge de Lourdes, la Rose y apparaît disputée par les mystères amoureux et les amours mystiques. Païenne, elle se colore des flammes d’Éros ; chrétienne, elle s’assortit aux blancheurs de la tunique virginale. Mais ce n’est pas seulement exsangue, que la veut notre religion, qui l’empourpre encore aux mystères douloureux du Calvaire. Et, tour à tour profane on pieuse, près des vasques de tépidariums, ou suides marbres de sanctuaires, la Rose s éleve, tantôt Vénus et tantôt Marie, toujours belle, mais toujours épineuse, toujours prête à faire saigner, les amants, et les fidèles.

Ce n’est pas le lieu de donner ici, en quelques lignes, le plus lointain aperçu de ces vastes monographies de la Rose. Rose-\ énus et Rose-Marie, toutes deux ont leurs histoires, leurs légendes, leurs ana ; lieux d’origine, botanistes qui les transforment, poètes qu elles couronnent, et qu1 les encensent. Une des plus charmantes, parmi ces traditions, est celle de cette fête des Roses,

attestée par nombre d’inscriptions antiques, et qui consistait en la diffusion annuelle, sur des tombeaux de parents, ou d’amis, des pétales de cette fleur sacrée. Des sommes étaient léguées, des rentes constituées, par de riches défunts, pour assurer à leurs monuments, le maintien odoriférant de ces efteuillaisons balsamiques. C’était comme un profane équivalent de nos messes, de nos absoutes; de saints sacrifices de roses, des élévations de senteurs, des bouts-de-l’an aromatiques.

J’aimerais, plus complète} et plus scrupuleuse, que les travaux de ce genre elïectués jusqu’ici, une anthologie de la Rose ; des cordons de poésies, des plate-bandes de strophes. Les roses d’Anacréon y voisineraient avec celles de Ronsard ; et les plus récentes, entre les plus charmantes, seraient, près des roses de notre Marcelline, celles que vient de faire éclore une de ces Roses que j’ai dites pensantes, un génial poète : Madame Delarue-Mardrus, associant ces exquises touches de peintre à cette pénétrante mélancolie de rêveur :

ltoses qu’étreint le vase où l’on poursuit vos tiges, Longeant, vertes, le vert trouble de sa paroi.

Je sens mourir, j’entends niburir, je vois mourir,

En vous qui îiie leurrez par de Subtiles feintes,

Roses, les grands jardins d'automne d’où vous vîntes.

Et c’est la Comtesse Mathieu deNoailles, dont les brillants débuts ont vite fait place à des

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