DU DROIT DE TRACER DES CARICATURES
la forme de son nez, qui risquait de la faire traduire aux yeux de l’Europe attentive, sous l’aspect d’un pélican, ou l’extérieur d’un pingouin, elle répondit avec grâce : « Je n’ose pas l’espérer. » — La seconde, faisant sur elle-même un retour, d’ailleurs peu convaincu, s’exprima de la sorte :
« Si le dessinateur me désigne au monde sous l’aspect d’un petit pot à tabac, il ne fera que répéter ainsi ce qu’a déjà réussi en moi le Créateur. » — Enfin, quelqu’un apprenant à la troisième que le caricaturiste n’avait pu arriver à la caricaturer, reçut d’elle cette charmante réponse : « C’est qu’il ne me connaît pas assez. » Voilà qui s’appelle parler et penser.
Certes, de tels modèles sont plus sages que la dame qui, sur la nouvelle que son profil (cependant rudimentaire) allait paraître dans un tel album, s’affola, disons-le, perdit le sens au point de se précipiter chez l’artiste, et de pleurer devant lui en requérant un grattage. Non que je blâme cette humble violette d’avoir tenu à se maintenir en sa modestie bien connue; mais parce que de tels désirs ne sont jamais qu’incomplètement exaucés. Ainsi en advint-il. Qu’obtint la dame, pour prix de ses supplications? — Un grattage incomplet qui, attiraut l’attention sur ce qu’on aurait à peine remarqué, grossit l'affaire, donna les proportions d’un événement à une vétille, créa la double série des albums grattés et des non-gradés, lesquels naturellement, firent prime, et se trouvèrent être plus nombreux.
Mais ceci ne fut rien auprès de l’imprudence
que commit le modèle de se montrer en larmes, au caricaturiste, qui prit d’elle un croquis sous ce nouvel aspect, s’essuyant les yeux avec un boa, boa devenu constrictor, dont le malin Périgourdin se prépare à étrangler, dans un prochain recueil, la trop susceptible pleureuse. — Après tout, c’est peut-être" ce quelle voulait. Tout est bien qui finit bien.
Si notre pleureuse prêta justement à rire, que dirons-nous des messieurs qui s’alarment de même, et prient le caricaturiste de les épargner? Ceux-là nous apprêtent à pleurer. Il y en a pourtant de plus plaisants encore : ceux qui se confondent et se consument en amabilités, dans l’espoir, souvent et heureusement vain, d’obtenir de notre doux et féroce déformateur, une grimace qui les conduise à la célébrité, une nasarde qui les consacre.
Le plus sage s’assied à l’ombre du chemin
et songe qu’on peut appliquer à la création du caricaturiste ce que le poète a écrit de celle du Créateur : « qu elle est une grande roue, qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu’un » ; et que, d’ailleurs, les écrasés ne s’en portent pas plus mal.
Mais ceci demeure acquis et enregistré, que le sexe ne fait rien à l’affaire. L’un et l’autre comportent des âmes reines, lesquelles, seules, proclament, d’elles-mêmes, l’inconvenance de leur caricature. Nul et nulle n’y contredira ; c’est justement, que la charge de saint Vincent de Paul