‹ Professionnelles beautésChapitre 8 sur 23 · FLEURS DE RAFFAELLI · texte numérisé non relu

FLEURS DE RAFFAELLI

Ce serait étrangement circonscrire un essai sur l’œuvre de Raflaëlli que de le restreindre à sa façon de peindre les fleurs. Certes, elle est intéressante ; mais c’est réduire de beaucoup le coup d’œil à jeter sur une œuvre si multiple. Je me souviens, (il y a déjà, pourtant, longtemps de cela), de ce premier coup d’œil d’ensemble que m’oflï'it une exposition du Maître, dans un rezde-cliaussée de l’avenue de l’Opéra. On ne saurait l’oublier, tant il y avait d’humanité simple dans le rendu de certains types de tâcherons, en lesquels l’astuce paysanne, parisienne aussi, s’allie à la souffrance humaine. Il a su peindre les humbles à la façon de Coppée, dont on oublie trop la touche personnelle qu’il a su lui-même leur donner, en un temps où ils n’étaient pas encore à la mode; Raflaëlli y ajoutant parfois une pointe de caricature, sans le tragique de Daumier, auquel il m’a fait pourtant penser par la formule excessive, en même temps que véri-

io8

clique, de petits bourgeois pleins de ridicule et de suffisance.

Il y a aussi des humbles parmi les animaux, et les paysages. Le peintre l'a bien senti et bien exprimé; et c'est une région de ses premières couvres que j’apprécie fort, ces sites de banlieue où des cheminées d’usines font ondoyer leurs panaches de velours; où clc pauvres petits ânes résignés, eux-mêmes aussi pelés cpie le décor qui les entoure, tondent, la largeur de leur languie , d’un monticule au gazon rare.

Depuis ce temps, Ratïaëlli semble avoir abandonné ces modèles modestes, ces terrains ingrats, auxquels il doit pourtant une juste part de sa renommée. Les coins d’industrie, les fabriques tristes cpie j'aimais, ont faitplace, dans ses toiles d’extérieurs, à des architectures pompeuses. Mais c’est un mérite de plus, de ne pas se répéter, et d’avoir su, ayant extrait une grâce des choses mornes, aborder ensuite les élégances, et y réussir. Un des secrets que l’artiste y emploie, c’est une appropriation raisonnée, presque philosophique, de ses moyens de rendu au sujet qu’il traite. Je me souviens d’un portrait de jeune tille, qui était vraiment une symphonie de blancheur. C’est ainsi que ses plâtriers offraient, dans leur aspect, quelque chose de crayeux, comme ses charbonniers semblaient revêtus de suie.

Cette théorie, dont on pourrait faire un puéril abus, et des adaptations maladroites, aux mains du talent et du goût, est féconde en trouvailles. Au reste, cette préoccupation de la nature est vi-

Page 1