FLEURS DE RAFFAËLLI
sible cliez Raffaëlli, sensible même, puisqu’il vient de bouleverser tous les usages de la peinture a 1 huile, par la possibilité de l’exécuter avec des crayons de son invention et qu’il substitue aux couleurs en tubes. C’est que nous avons affaire à un de ces travailleurs de la Renaissance, auxquels rien de l’art ne semble étranger, et qui se préoccupent incessamment d’étendre leurs moyens d’action et d’emprise sur les attentions éclairées.
J ai prononcé le mot de goût. Il explique toutes choses. Raffaëlli est un homme de gmit. J en veux citer une preuve charmante. A une jeune femme, qui lui demandait un avis de toilette, il conseilla de faire placer avant de sortir, les visibles parties de son ajustement sur un divan, dans l’ordre où elles devaient être assemblées ; manteau et robe, chapeau et gants, sans oublier le parasol, pour se rendre compte du spectacle qu’elle offrirait aux passants ; et, presque, se voyant d'avance passer elle-même, être ainsi en état de se juger, comme ils ne manqueraient jias de le faire.
Un conseiller si fin, en matière féminine, devait être un fort et délicat peintre de fleurs : les fleurs sont femmes. Aussi commence-t-il par les juxtaposer savamment, dans un ordre, on dirait naturel, mais je pense, prémédité, selon les lois d’harmonies et de nuances.
C’est le subtil, et puissant Alfred Stevens qui a écrit ce mot, simple en apparence, mais d’une, expérience profonde : « Faire peindre beaucoup
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de fleurs à un élève est un excellent enseignement. » On pourrait l'e compléter ainsi : pas un grand Maître qui n’ait déposé sur le coin de son œuvre, si vaste soit-elle, cette gerbe qui rembaume et la fleurit, comme elle parfume le pupitre d’Erasme, dans certain portrait par Holbein. Bien entendu, sans nommer les spécialistes tels que Breugliel, Van Spaendonck, ou Madame Madeleine Lemaire, je cite au liasard : un bien curieux dessin de fleurs éparses par Léonard, au Musée de Venise; des fleurettes, par Delacroix, que j’ai vues dans la collection Stevens; un bouquet de pâquerettes en un pot rustique, par Millet; entre autres bouquets de Manet, qui devait y exceller, d’admirables pivoines pâles et soyeuses. Les bouquets de Monticelli sont des triomphes; ceux de Fantin-Latour sont des mystères. Boldini a peint des roses, dont le cœur est plein de rosée, et de secrets. Je sais, de MUe Breslau, des delphiniums, des glycines et des zinnias, d’une qualité rare ; et les bleus hortensias d Helleu sont justement renommés. Gustave Moreau a peint une rose, qui est le propre portrait de celle dont d’Aubigné a écrit ce vers pénétrant :
Une rose d’automne est, plus qu’une autre, exquise.
J’en passe et des meilleurs. Les bouquets de Raffaëlli, pour y revenir en conclusion avant de les quitter à regret, si ma mémoire s’applique a en synthétiser la grâce, à en concentrer 1 extrait, savent unir sans mièvrerie, la distinction à 1 ampleur, la richesse à la mélancolie. Ce ne sont