‹ Profils blancs et frimousses noiresChapitre 22 sur 24 · I. Cri in H;; 'ne qui annonce l'apparition d'un bateau · texte numérisé non relu

I. Cri in H;; 'ne qui annonce l'apparition d'un bateau

Famba

Au mois d'octobre 1899^ un nain apparut à Boma^ qui intrigua vivement les populations de la capitale.

C'était l'illustre Famba descendu avec le commandant Fiévez du pays des Buddjas.

Famba a la tête un peu forte^ mais ses membres sont assez bien ajustés. Il est replet^ légèrement mamelu. Volontiers^ par coquetterie^ il va le buste découvert ; pour tout vêtement^ il porte un jupon fendu le long de la cuisse. Il marche à pas menus en faisant balancer ses petits bras qu'il tient écartés du corps^ à la façon des femmes grasses gênées dans leur corset.

D'où vient-il ?

Famba est originaire de la tribu des Wareggas qui vivent au Nord-Ouest de Niangwé^ dans le pays de la grande forêt : populations tout à fait primitives et sauvages^ chassant et combattant à la flèche empoisonnée.

Un jour^ Famba fut pris par les bandes de Kibongé et Saïd ben Abedi à qui la région était soumise. Il fut conduit à Kisoundou^ où il demeura en qualité de « fou » de Kibongé.

Le commandant Lothaire le rencontra pour la première fois en 1893, quand^ avec le capitaine Ponthier, il dispersa les hordes de Kibongé à la Lowa. Famba parvint pourtant à s'échapper et rejoignit une des bandes qui tenait encore le bois.

Descendu plus tard à Nouvelle-Anvers comme « boy » du fils de Raschid^ que Lothaire emmenait prisonnier^ il y resta jusqu'au jour où le commandant Fiévez l'enrôla dans sa boyerie et reprit avec lui le chemin de la forêt.

Depuis lors^ il ne quitta plus son maître qu'il servit avec un attachement vraiment extraordinaire chez un noir. Durant les longues marches^ c'est lui qui relevait le courage des hommes par sa bonne humeur. Il pansait les blessés^ soignait les malades. C'était le Ganga Bouka de l'expédition. Dans les combats^ au fort de l'action^ il ne quittait pas le chef, sans doute afin de le protéger de son occulte pouvoir de fétiche... Car on le prenait pour un jeteur de bons sorts.

Et aujourd'hui, il était encore avec son maître^ conscient peut-être de toute> les accusations qui pesaient sur ce dernier, prêt à le défendre de son

témoignage véridique et de ses mystérieux sortilèges...

Famba se répandit dans la capitale qu'il parcourut en badaud^ extrêmement intéressé par le mouvement de la grande rue et surtout par les gros steamers venus d'Europe.

Les blancs^ qui l'avaient jadis rencontré dans le Haut, l'interpellaient gaiement par ces mots :

— Hadjadji! Eh te voilà!

Et il répondait :

— Eo hadjadji! Oui me voilà!

Et il riait large^ montrant toutes ses dents qu'il a fort belles.

Les premiers jours^ les noirs témoignèrent une certaine crainte à l'aspect de ce gnome étrange qu'ils prenaient pour un sorcier. Mais Famba eut bientôt fait de les rassurer : il avait le génie comique^ c'était un grand désopileur de rates nègres. Les femmes surtout en raffolèrent et il inspira de grandes démencesjusque dans le village chrétien.

Pendant ces longues audiences du tribun rJ où le commandant Fiévez plaida avec tant de verv^e et de torrent — ipsœ res vcrba rapiiint! — il fut admirable de dévouement.

Je vois encore l'accusé^ au milieu d'une escrime courtoise avec le Procureur d'Etat Waleffe^ appeler tout à coup de sa voix sonore : — Famba !

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