‹ Profils blancs et frimousses noiresChapitre 7 sur 24 · Femme · texte numérisé non relu

Femme

Enveloppés dans nos mac-ferlanes^ nous allons d'une botte allègre sur la route de m'Bou^ au milieu d'une immense plaine semée de plaques sablonneuses^ entre lesquelles pousse une herbe courte. Sous le ciel bas^ qui roule des nuages tragiques^ se hâtent d'un vol lourd des aigles charognards au plumage blanc et gris^ au rostre jaune.

Encore une fois mon âme s'allège^ ma tête soudain s'égaie^ se remplit « d'oysiveté^ d'amour et de bon temps » dans la tristesse de ce matin maussade qui rappelle le pays bien aimé !

Après trois heures de marche^ nous arrivons au bord d'un ravin profond où se tordent^ audessus des brûlis d'un récent incendie^ quelques arbustes à feuille grêle, au tronc rosé^ dartreux. C'est la flore monotone de la savane africaine : une verdure sèche^ artificielle semble-t-il^ et telle qu'on la voit dans ce relief micacé du stéréoscope...

Comme j'ai pris de l'avance et gravi déjà, l'autre penchant de ce val d'enfer^ je me retourne et le spectacle m'enchante du long serpent qui se déroule en face de moi.

Voici d'abord les soldats qui^ un à un^ dégoulinent^ coulent dans le chemin creux. Leurs armes brillent au soleil et font courir un ruisseau de diamant au flanc de la colline. Puis^ derrière eux^ attardées encore dans la plaine^ ce sont les femmes aux pagnes clairs^ la manne de bilokos sur la tète. Avec mes jumelles^ je distingue très bien Loukoussou qui s'avance^ toujours noble, sérieuse^ imposante ! Ah ! Loukoussou !

Enfin suivent les porteurs innombrables^ trottant ployés sous leurs charges. Tout là-bas^ à l'horizon poudroyant^ quelques pauvres noirs que les soldats d'arrière-garde fouaillent de leur fusil...

Caravane de fourmis humaines ! Et l'on dirait aussi une immense queue de cerf- volant qui ondule sous la brise^ formant des boucles gracieuses où le fez des soldats et les étoffes brillantes des femmes mettraient la fantaisie de nos multicolores papiers d'Europe...

Un indigène a débuché d'un taillis. Tout suant^ il accourt au-devant de nous en élevant le drapeau bleu étoile d'or.

C'est le capita de m'Bou qui nous souhaite la bienvenue en pressant notre main dans sa patte rugueuse. Un type. Coiffé d'un feutre gris aux bords rabaissés^ il porte, boutonnée jusqu'au menton, une grosse veste rouge^ trouée par les mangeures des cancrelats — un vieux débris d'une tenue de highlander, sur quoi brillent encore quelques filets d'or aux attaches des épaulettes. C'est tout son costume d'ailleurs : il va cuisses et jambes nues...

Ce capita est un très jeune homme, aux 3^eux vifs^ hardis dans une figure presque régulière qui reluit comme une botte vernie. Fier de son accoutrement et de sa bannière, il marche en poitrinant. Du geste, il nous indique la situation du village.

Nous tournons dans l'habituel labyrinthe de matitis défendant l'entrée de chaque iiibcuala • et nous arrivons enfin au milieu d'un vaste cirque fraîchement désherbé et arasé^ au centre duquel se dresse un arbre extraordinaire dont vingt hommes^ bien sùr^ ne sauraient embrasser le tronc formidable. Ce n'est pas un baobab^ arbre grotesque, à l'écorce malade^ enflée, au fruit bête qui pend en rat mort au bout d'une queue 1 Non. celui-ci est un géant magni-

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