‹ Profils blancs et frimousses noiresChapitre 8 sur 24 · I. Village · texte numérisé non relu

I. Village

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fique d'un bois sain et dur^ un auguste qiiercus digne des plus antiques forêts de la Germanie légendaire. Quels pygmées nous sommes en face de ce prodige végétal qui pose sur le sol des contreforts de cathédrale !

En voilà un que la hache du grand old inan n'aurait pu coucher bas^ même en cognant toute une vie ! Quel arbre ! quel arbre ! Sa tète superbement éployée^ où frémissent et chantent les feuilles fines et drues, étend sur le sol un immense manteau d'ombre!...

Tous nos porteurs sont là. Ils grouillent un instant, puis s'affalent, exténués, à côté de leurs charges.

Et les soldats guillerets forment les faisceaux, rient aux lazzis du pitre Mali, tandis que les femmes^ déposant à terre avec précaution leurs bilokos, vont quêter des ramilles sèches pour allumer les feux.

Etendu sur ma chaise longue que mon boy n'Séké a démêlée d'une charge touffue et dressée d'une main preste, je fais peser mon regard sur Loukoussou dont le sérieux visage et les formes parfaites ne trahissent aucune lassitude... Mais elle se détourne aussitôt, et, d'un pas nonchalant, disparaît derrière l'arbre merveilleux. Comme une Eve sévère et farouche, elle se dérobe à la caresse de mes yeux qui lui disent tendrement ;

— O niabiza Kento ! O luo Kouctn !

O gracieuse femme î O toi ma préférée entre toutes !

Mes yeux ont beau regarder, chante le trouvère espagnol, ils ne voient rien de plus charmant que toi !

Après une courte visite au chef, vieillard débonnaire et chenu, bariolé sur tout le corps comme unQ posture, nous errons à la recherche d'une place pour le bivouac.

Au bout d'un allée de bananiers, un arbre au tronc tortu, tel un vieux pommier de verger, nous offre le toit de sa ramure plantureusement feuillue^ d'où pleurent en chevelures des mousses et des cymbalaires.

Nous camperons ici, sous ce... mancenillier !

Tout autour de nous, c'est le fourré épais où éclate la pourpre vive du cana sauvage. Et dans l'herbe rase que foulent nos grosses bottes, de petites pensées d'un bleu de vierge, croquent, relèvent leurs corolles en chapeau de baby î Le vcrgist mcin nicht à^ l'Afrique...

A quelque distance de nos tentes flambe notre cuisine.

— Don Pedro^ koiàsa, viahm, inalou ! '

C'est un rude gars que Don Pedro, le maître cook.

Trois coutelas passés dans sa ceinture rouge lui donnent une allure de victimaire que ne dément pas sa figure violente et farouche.

Campé devant le /b?/;//o// Kïcf ^ qui commande le menu, il est très élégant et propre, dans sa veste blanche et sa bouffante culotte courte.

La main caresse le manche des couteaux.

— Don Pedro, koiipessa smisoiL, 3 filet américain, asperges, pannequés !

Si les noirs parlent nègre en français, combien nous le leur rendons en fiotte !

Jamais Don Pedro ne fait d'objection. Rien ne lui est inintelligible. Il s'éloigne et, tout de suite, il s'applique à sa besogne devant le feu vif. Il opère au milieu de la boyerie couchée à plat ventre, la tête sur les poings, et qui le regarde avec des yeux gonflés de concupiscence hacher la viande, composer les sauces et puiser dans ces tinnes mystérieuses que recèlent les grands chop ^0A:^5/De-cide-là,Don Pedro énervé gifle quelque gourmand sans façon qui s'avise de humer trop près la fumée de quelque casserole gloussante...

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