Tu donneras une poule etc
Ces boys ! Voici Bikoko d'abord^ l'un de nos serveurs^ un grand bouffi vêtu d'une gandour ah à l'arabe !
Puis c'est Bala^ très élégant celui-ci^ mais la face renfrognée, pensive — le boy du commissaire dé district.
Mon boy à présent : n'Séké^ un bas- Congo à la tête oblongue^ comme déformée par de rudes forceps; grand iront d'ailleurs, et de beaux yeux turbulents où s'affûte la malice.
De fait^ n'Séké parle sans cesse. C'est lui qui égaie toute la bande. Il n'a qu'à remuer la langue et partent les éclats de rire !
Ce gaillard doit être bien spirituel. Que peut-il conter aux camarades !
Parbleu il se moque de moi^ il blague le moundèlé judgi ! En voilà un qui mettrait de la picria dans mes aquarelles !
N'oublions pas le petit Mazaza déjà nommé^ qui^ malgré son rang^ ne dédaigne point la compagnie de ses frères plus âgés et de condition plus humble. J'en passe et des meilleurs — tel m'Pokoua à la huppe^ — pour croquer encore le petit Pata.
Pata^ le bon gosse^ celui qui comprend toujours tout de travers^ mais si empressé^ si dévoué^ si laid et si bon ! C'était le souffre- douleur^ l'éternel giflé. Aussi l'ai-je pris sous ma garde.
La figure ridée par un tatouage maladroit, il a l'air^ sous ses loques traînantes et son ignoble casavec, d'une très vieille femme ajournée !
Mais il me mange déjà dans la main, et voilà que je dois le rudoyer à mon tour, de la voix seulement, avec ce mot furieux :
— Katoiika!
C'est-à-dire « F... moi le camp! » le leitmotiv de l'Afrique !
C'est surtout le soir, quand les flammes sautent au nez de cette truandaille, que la cuisine devient un tableau fantastique, démoniaque, dont mes yeux émerveillés ne se lassent jamais...
Je ne puis dormir...
Dans l'étuve de la moustiquaire où je repose tout habillé par crainte des alertes nocturnes, j'aperçois, à travers la mousseline, une lueur qui blanchit aux coins mal lacés de la tente.
Est-ce l'aube ?
J'entends miauler les infâmes moustiques : non, ce n'est pas le jour !
Je me tourne, je me retourne dans ma fournaise. Oh le supplice de l'insomnie !
Brusquement, je saute à bas de mon lit. Je soulève la portière de toile; un rayon de lune m'inonde et m'éblouit.
Quel silence sous le mancenillier ! Je m'éloigne lentement dans le chemin sombre pour gagner la clairière où Ngondé ' épand à flots sa divine clarté. Là-bas^ sont les Champs Elysées^ les prairies d'asphodèles...
Deux sentinelles assises sur un coffre devant le feu qui meurt, sursautent^ portent armes !
Je vais^ frémissant au moindre petit bruit. J'éprouve la délicieuse palpitation du danger. Les lucioles étincellent autour de moi^ sèment les taillis et les herbes de bluettes diamantées...
Tout de mème^ si le léopard rôdait dans les environs...
Je me le représente ramassé sur ses pattes^ les yeux ardents^ prêt au bond... Mais je me raidis, je tàte mon revolver...
J'apparais enfin dans le vaste cirque.
Le décor merveilleux! Il n'y a pas de mots pour décrire cette ondée laiteuse qui descend du ciel. La lune a franchi le zénith et caresse le tronc du grand arbre...
C'est le frêne de Hunding ! C'est ici que Siegmund et Sieglinde se sont aimés et chantèrent le