‹ Profils bretonsChapitre 4 sur 13 · M IL · texte numérisé non relu

M IL

Le grand-père du général de Charette était le frère du chef vendéen, l'héroïque combattant dont Bonaparte a dit : « Il était le digne chef de cette armée de géants. »

Bercé par les légendes bretonnes, élevé au cœur de notre pays, à Nantes, le général de Charette avait donc puisé aux bonnes sources, dès son jeune âge, les principes qui ont servi de base à ses convictions politiques et ont guidé toute sa vie.

Charles-Marie-Athanase, baron de Charette de la Contrie, est né le 18 septembre 1832. Les premières années de son enfance s'écoulèrent calmes et heureuses dans le manoir de sa famille à la Contrie, non loin de CouflFé. Des professeurs de Saint-Stanis-

las^ à Nantes, commencèrent son instruction qu'il finit à l'Ecole militaire de Turin.

On voit que très jeune, Charette fut mêlé à la vie italienne, vie si intense que devaient traverser, quelques années après, d'effroyables coups de foudre.

Au mois de mai 1852, Charette entra au service du duc de Modène, mais il, crut son devoir, en 1859, de donner sa démission, le duc ayant uni ses armes à celles de l'empereur d'Autriche.

Quelques mois plus tard, le Saint-Père n'étant plus assez protégé par la politique hésitante de Napoléon III, appela le général de La Moricière et le chargea de former une armée de volontaires pour la défense du Saint-Siège.

Plusieurs Français et quelques Belges accoururent aussitôt à la grande voix de Pie-IX. Ces quelques hommes furent réunis en unecompagniequel'on nomma: /^5/V«wco- Belges. Charette fat promu capitaine- et chargé d'organiser le corps.

Les Franco-Belges étaient alors quinze.

Aujourd'hui il n'en reste que sept; les autres sont partis pour le monde d'où l'on ne revient plus en tombant sur les champs

de bataille, soit pour la défense de la papauté, soit pour celle de la patrie.

Charette était alors un grand et distingué jeune homme se signalant déjà aux yeux de tous par des actes qui indiquaient ce qu'il serait plus tard .

Un jour, un détachement de troupes pontificales passe sous les fenêtres de la caserne de la Cimara où la compagnie de Charette tenait garnison. C'était le général Pimodan qui partait combattre les troupes garibaldiennes pour défendre le territoire de Viterbe envahi.

Charette court au ministère des armes et une heure après, lui et ses hommes se mettaient en route et allaient s'embarquer à Civita-Vecchia.

Tout Charette est dans cette action.

Prompte décision dans l'avis à prendre, énergie dans le caractère. Ne sont-ce pas là les qualités indispensables à un soldat?

Les volontaires arrivèrent bientôt en foule et peu après le régiment des zouaves pontificaux était formé. Le Pape en donnait

le commandemeut au commandant de Becdelièvre.

Charette tint, ensuite, garnison à Rome et habitait avec sa jeune femme un palazzetto sur la place Trajane. Ce fut la période la plus éclatante de la vie de Charette. De goûts très aristocratiques, il fréquentait à Rome dans les plus hautes familles de la vieille aristocratie romaine pourtant si exclusive. Quand il entrait dans un salon revêtu de son brillant uniforme de capitaine, un murmure d'admiration se faisait entendre. Beau cavalier, valseur infatigable, il était adoré de toute la haute société romaine.

On dansait alors à Rome, on dansait,

peut-on dire, sur un volcan Deux ans

après, Castelfidardo, Mentana!! — Deux ans après, le pouvoir temporel de la papauté avait sombré dans la tempête qui soufflait sur l'Europe.

Le 18 septembre 1860, le régiment des zouaves recevait le baptême du feu à Castelfidardo.

La veille du combat, le commandant de

Becdelièvre réunit ses hommes et leur dit :

« Messieurs, demain vous allez voir le feu pour la première fois ; afin d'être sûrs de faire honneur à votre uniforme, passez au confessionnal, j'en sors. »

Mais je passe. Si je m'arrêtais à chaque fait d'armes des zouaves, je ne finirais pas. Je dois retenir pourtant ce grand nom — Mentana.

On se souvient que le combat commença à midi et que les troupes françaises ne donnèrent qu'à quatre heures. Napoléon III se disait être le défenseur de la papauté !

Charette reste à Rome jusqu'en 1870 et le 21 septembre. Pie IX, de sa fenêtre du Vatican, voyant défiler ses zouaves pour la dernière fois, leur donnait sa suprême bénédiction. Le défilé terminé, le Pape ne put contenir sa douleur et tomba évanoui dans les bras de ses camériers. Le sacrifice était trop grand pour le vicaire de Jésus-Christ.

Le 25 septembre 1870, après avoir été séparés par nationalité, les zouaves quittèrent Civita-Vecchia et Charette débarquait à Toulon le 27. Il offrit aussitôt au gouvernement de la Défense nationale le dévoûment de ses six cents hommes, et le 8 oc-

tobre Charette recevait son brevet de commandant des volontaires de TOuest.

Orléans, Brou, Patay, Loigny sont autant de noms qui apparaissent comme les seules journées lumineuses de Tannée terrible — tels les vitraux éclairés d'une cathédrale par une nuit obscure.

A Patay, les zouaves perdirent une grande partie des leurs. C'est là que se passa la scène plus grande que nature des de Bouille, père et fils, tombant Tun après Tautre en tenant l'étendard du Sacré-Cœur de Jésus.

La scène m'a été contée par un des héros de ce combat mémorable, le vicomte du Puget, aide de camp du général de Charette.

Une plaine couverte de neige. Au premier plan les zouaves pontificaux. En avant et à gauche un bois. La fusillade sonne terrible, on n'entend que le sifflement des balles et les coups sourds du canon.

Le général de Sonis vient d'ordonner à ses soldats . de marcher. Les troupes engagées ont reculé. Sonis s'avance vers Charette : a Je ne compte plus que sur vous, général. » — « A moi, mes zouaves ! »

Le bataillon des zouaves avança au pas.

A dix mètres en avant, marche le porte-étendard^ c'est le marquis d,e Verthamon. Une balle siffle, le marquis tombe. Le comte de Bouille se précipite et ramasse l'étendard, fait quelques pas et tombe foudroyé. Son fils le comte Jacques de Bouille prend des mains de son père mourant l'étendard de Jésus et continue la route. Il tombe bientôt et meurt en gentilhomme et en chrétien. Cazenove de Pradines, gendre et beau-frère des de Bouille, s'approche pour recueillir Tétendard et marcher à l'ennemi. Une balle lui fracasse le bras, Cazenove roule à terre.

La bannière passa dans six mains. Elle apparaissait et disparaissait dans la houle humaine — telle la voile d'une goélette fuyant la tempête.

Charette fut blessé et fait prisonnier avec son frère Ferdinand. Il parvint à s'échapper et à suivre la partie de l'armée de la Loire qui se retira à Bourges, au moment où un ordre envoyé de Versailles, on n'a jamais su par qui, ordonnait qu'on amenât le général auprès de l'état-major allemand.

Vinrent la paix et les loisirs forcés, pour

tout soldat. Honoré particulièrement de Tamitié du comte de Chambord qui goûtait fort ses opinions et ses avis, Charette partagea Texil du prince. Seul, M. de Cazenove de Pradines, le grand ami du comte de Chambord, a peut-être mieux connu la pensée du Roi.

J'oublierais un des faits les plus importants de la vie du général de Charette, si je ne disais qu'il fut le premier à saluer le comte de Paris comme roi de France, à la mort du comte de Chambord.

Au moment dea funérailles à Frohsdorff, alors que de si graves questions de préséance furent agitées, Charette se révéla comme un fin diplomate. Je Tai souvent entendu juger ainsi par des hommes politiques qui ont vu dé bien près ces événements historiques.

Parmi ces hommes est le vicomte de Champeaux-Verneuil, l'ami du comte de Chambord, et dont le nom est synonyme de bravoure et de fidélité.

Enthousiasmés par l'admirable conduite du général de Charette durant la guerre, plusieurs départements lui demandèrent de

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les représenter à l'Assemblée natiiuiali'.

Charette déclina ces offres. Il fut noininr malgré lai par le département des noiioht'sdu-Rhône qui depuis... mais alors!... Il refusa le mandat de représentant dans nno lettre du 10 février i871 adressée au président de l'Assemblée.

Tout semblerait avoir été réuni pour fniro du général de Charette un homme ('omplMrment heureux, mais hélas ! étant à Houh' il fut frappé dans ses pi us chères affections. Sa jeune femme née de Fitz-James, soMir du duc actuel, mourut presque subitement.

Sortant en voiture de son palazzotto dr la place Trajane, elle entendit un cri <»i vit un zouave tombé sous les pieds des chovaiix. La baronne était dans sa denxirme ^'r()ss(»ssr.

Quelques jours après elle niourail.

Le coup fut terrible pour (iliar(»lt(^ dont Tâme bonne et aimante connut la plus affreuse douleur qu'un honirne p(Mit éprouver, la perte à tout jamais de la lennno aimée.

Longtemps il vécut solitaire, triste, découragé, croyant sa vie finie. Mais ri(în n'est éternel sur cette terre. Voilà (|u'un jour il rencontre une jeune fille, belle, courageuse.

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dévooée, appartenant par son père à une des plos grandes et illnstres familles de l'Aniérique.

Charette vit Mademoiselle Polk et l'aima.

Aujourd'hui la marquise de Charette est une des jeunes femmes les plus remarquées de la haute aristocratie française, autant par sa souveraine distinction que par sa grande beauté.

Fille d'un général sudiste, il y aurait bien des anecdotes à conter sur des faits de guerre auxquels M°**de Charette prit part étant jeune fille. Celle-ci m'a été dite par une personne bien informée.

Certain jour, par un de ces brusques coups de force comme il y en eut tant pendant la guerre de sécession, la ville où se trouvaient le général Polk et sa fille fut envahie par l'armée du Nord. Le général et ses trbupes battirent en retraite après un combat acharné, mais M""^ Polk et sa fille restèrent à un hôtel de la ville. Un soir qu'elles dînaient à la table d'hôte, quelques officiers de l'armée du Nord, confiants dans la défense expresse de laisser sortir quelqu'un de la

ville, parlèrent de certain plan d'attaque.

Comprenant toute Timportance qu'il y aurait pour son père à connaître cette conversation, Mademoiselle Polk saute sur un cheval qui était attaché à la porte deThôtel, part au grand galop, force le poste de la ville et gagnant de vitesse sur un détachement de cavaliers envoyé à sa poursuite, elle arrive enfin aux avant-postes de Tarmée de son père.

Quand la ville se rendit au général Polk, l'officier commandant ne voulut remettre son drapeau qu'à la vaillante jeune fille.

La famille de Charette est très nombreuse.

Pie IX reçut un jour en audience la marquise douairière de Charette entourée de ses ^six fils, tous soldats du pape, sauf Urbain de Charette qui était alors au service du roi de Naples — cet autre gran4 vaincu.

Le glorieux nom qu'ont su si bien porter les descendants du grand chef vendée» n'est donc pas près de s'éteindre. Le général a un fils né de son union avec M"® Polk et une fille de son premier mariage.

Adoré par son régiment, le général ne re-

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garde à aucon sacrifice pour réunir ses zouaves. Ceux-ci pour lui témoigner leur reconnaissance lui ont offert dernièrement la terre de la Basse-Motte où Ton avait célébré les noces d'argent du régiment.

La dernière fois que je vis le général c'était, il y a un mois, à Paris en l'église de la Madeleine, au service anniversaire de la mort de son lils aîné, ce pauvre enfant enlevé par une fièvre typhpide à dix-huit ans.

Le général dominait toute l'assistance de sa haute taille. Il y avait là environ deux cents personnes, toutes se connaissant, d'anciens zouaves ou des volontaires de l'Ouest.

Après la messe nous défilâmes devant le général et sa toute charmante jeune femme.

Comme son grand-père et son oncle le général de Charette est grand et fort. Les cheveux qui, autrefois, étaient nombreux et blonds sont devenus rares et ont blanchi.

L'œil est bleu, de ce bleu vague qui semble refléter l'infini.

Le nez a la courbure aristocratique de la race des Bourbons. On sait que le général est par sa mère petit-fils du duc de Borry.

Comme beaucoup d'hommes d'épée, le général est orateur. Vous le rappelez-vous à Challans, lors des fêtes données par M. de Baudry d'Asson, haranguant les arrière-petits-fils des soldats de son oncle ? — La voix douce avait des éclats subits d'une violence inouïe. On eût dit qu'il y avait en Charette deux hommes, l'un qui commençait la phrase, l'autre qui la finissait — tel le prêtre commençant un verset sacré fini par le chantre.

Le général a maintenant cinquante-cinq ans. La paix et la République lui font des loisirs qu'il occupe en travaillant la partie théorique de l'art militaire. Mais à cette nature active, il faudrait la vie des camps.

Avez-vous vu le général se promener sur les boulevards de Paris, ce qui lui arrive souvent, ou sur la promenade de la Fosse, à Nantes, ce qui lui arrive rarement? — Il marche rapidement, s'arrêtant parfois tout à coup et regardant au ciel. J'ai remarqué cette particularité chez un autre zouave pontifical, M. de Cazenove de Pradines. Par instant le général porte la main droite à la hanche gauche, il semble y chercher une épée, hélas! absente.

Je ne sais ce que réserve l'avenir à notre pays et au général de Charette. Je ne sais si celui-là aura besoin de celui-ci, mais je suis persuadé qu'au jour du danger Charette serait là et son régiment de zouaves, régiment aussi nombreux qu'avant, bien qu'il ait semé des cadavres sur tous les champs de bataille où depuis vingt ans on a défendu ces trois grandes causes — Dieu, le Roi, la Patrie. — J'écris intentionnellement a régiment aussi nombreux qu'avant » , car, dans ces familles de gentilshommes qui composaient le régiment des zouaves pontificaux, le père mort est remplacé par le fils, si bien que l'on dirait que ce sont toujours les mêmes qui se font tuer. . .

Je termine ce portrait que j'ai tenu avant tout à faire sincère. J'espère avoir montré au lecteur un Charette inconnu, plus grand, si possible, que celui de la légende — telle l'ombre d'un homme est plus grande que cet homme lui-même.

DE

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