DE GAZENOVE DE PRADINES
retrouvé; il disparut dans la tempête, emporté par la marée humaine — comme le corps du matelot emporté par l'Océan.
On connaît le combat où ces héros tombèrent. Ici même, l'autre semaine, je racontais dans mon portrait du général de Charette, cette scène d'une grandeur prodigieuse.
L'étendard de Jésus, que Ton peut voir au château de la Basse-Motte, chez le général de Charette, est couvert du sang des de Bouille. Avec le drapeau de Bonchamp, le chef vendéen, que M. de Cazenove conserve précieusement à Nantes , les familles de Bouille et de Cazenove de Pradines ont les plus glorieux souvenirs historiques que Ton puisse désirer posséder.
Peu de temps après avoir été blessé à Patay, M. dé Cazenove, en vertu de la convention de Genève, fut envoyé à Bordeaux.
Là, il apprit qu'il était nommé député. Au premier moment il avait cru que c'était son père qui était élu.
Le premier jour que l'Assemblée natio nale siégea à Versailles, M. de Cazenove en
tra revêtu de son uniforme de zouave pontifical et le bras en écharpe. Des acclamations retentirent sur tous les bancs.
M. de Cazenove fut intimement mêlé aux pourparlers de restauration monarchique en 1873. Il fit partie de la fameuse délégation à la tête de laquelle se trouvaient MM. Chesnelong et Lucien Brun.
On sait comment échouèrent ces préliminaires de restauration. Un jour, on lut dans les journaux royalistes la fameuse lettre du comte de Chambord si violemment commentée alors et depuis. . .
Je crois pouvoir dire, et je sais que personne, même parmi les amis du prince, ne me contredira, que dès cette heure le comte de Chambord aurait accepté le drapeau tricolore. Mais on eut une telle façon de poser des conditions au Roi que la dignité royale se révolta en ce descendant de saint Louis. Il écrivit la lettre. La France, après avoir touché le port de salut, allait être encore une fois le jouet des tempêtes.
Un jour, les royalistes reçurent un télégramme de Frohsdorflf : « Monseigneur de-
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mande des prières à la France. » Tous nous comprîmes alors que tout était perdu. Deux mois après nous avions au chapeau le grand crêpe — celui que Ton ne porte que pour un roi ou pour un père.
Le comte de Chambord mort, loyalement, oubliant toute rancune passée, M. de Cazenove acclama comme roi de France l'héritier légitime de la couronne de Louis XIV.
Obligé de se tenir sur la plus grande réserve vis-à-vis de M. le comte de Paris, l'ancien ami du comte de Chambord a été cependant plusieurs fois mandé auprès des princes en ces dernières années. Très sympathique au Roi qui apprécie son dévouement et son esprit pondéré, nous avons vu M. de Cazenove, au commencement de ce portrait, acclamant le comte de Paris au Tréport et donnant à la royauté cette nouvelle preuve de fidélité.
Toujours par voies et par chemins pour le plus grand bien de ses électeurs, M. de Cazenove ne recule devant aucune fatigue et aucune démarche pour faire voter, quand
PROFILS BRLTONS
roccasioa s'en présente, une loi d'intérêt général. C'est ainsi qu'à plusieurs reprises nous l'avons entendu parler dans des questions économiques.
A la Chambre, M. de Cazenove siège entre M. de la Billais, un autre Breton, et M. Paul de Cassagnac, le fougueux et si sympathique interrupteur.
Souvent M. de Cazenove quitte son banc et gravit lentement les marches de la tribune. Sa phrase est dite sur un rythme lent, à peine si dans les moments de passion le verbe s'élève un peu. La voix est claire et sonore, calme et bien posée. La pensée apparaît en peu de mots, le style est celui du comte de Chambord — vous savez ces mots simples qui semblent être écrits sur les sommets et qui reflètent des pensées si profondes.
Ce n'est pas la grande voix et le geste abondant du comte de Mun, mais ce n'est pas non plus la voix par trop discrète, car souvent on ne peut l'entendre, du duc de la Rochefoucauld.
Cazenove a pris à ses deux voisins de la Chambre ce qu'il y avait de meilleur en eux.
Il a pris le calme de M -^^ ^~ ^'Hais et la