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L'ARCHEVÊQUE DE PARIS

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L'ARCHEVÊaUE DE PARIS

Quand l'archevêque de Paris, Mgr. Gui- . berl, mourut, on connaissait déjà son successeur; Mgr. Richard, son grand vicaire, avait, ^a eflfet, été nommé son coadjuteur avec future succeissiou» dès 1875. Je reconnais qu'il était heureux, pour nous autres catholiques, que ce choix eût été fait il y a longtemps et par des hommes de notre foi, car nous aurions pu craindre. Fan passé, que le gouvernement républicain ne se livrât à quelque pression sur le Saint-Siège p(^ur faire nommer un prêtre qui n'eût peut-être pas été à la hauteur du poste qu'on voulait lui confier.

Rarement on peut trouver, réunies en un seul homme, les qualités exigées pour être

le chef du diocèse le plus important de France. Et je ne fais pas ici allusion à l'esprit de sacrifice si développé dans le clergé français. Le trône élevé dans la cathédrale de Paris et snv lequel à certaines fêtes Mgr. Richard prend pbtceest teint du sang de ses prédécesseurs.

Vous souvenez-vous de l'assassinat de Mgr. Si bourg ? — Vous rappelez-vous les dernières paroles du malheureux archevêque mourant : Consummatum est ! tout est fini !

Jamais plus belle figure de prêtre n'a été que celle de Mgr. RkÂard. La tête aux yeux énormes, profondément encastrés dans l'orbite et voilés par des cils très longs. Les joues creuses. Le front très fortement bossue, presque angulaire.

L'oreille bien attachée ou plutôt détachée.

Les lèvres fines toujours serrées Tune contre l'autre, lèvres discrètes que moii portraitiste, ai toujours trouvées chez les hommes appelés par leurs fonctions à connaître beaucoup de choses et à en dire très peu.

Mgr. Richard est Ha grande taille, un peu

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courbée. Quand il marche dans le jardin de Tarchevêché il s'appuie sur une canne. Il semble fatigué et près de s'éteindre, mais rien n'est trompeur comme ces faux mourants. ^ t

La main fine et bien proportionnée est une main de prélat habituée à bénir. Vous connaissez le geste qui accompagne ces paroles du prêtre : In nomine Patris et Filii et Spiritui sancti.

Après la grande figure, un peu mondaine, mais si douce et si fine de Mgr.Darboy, après le regard sibon et si bienveillant de Mgr. Guibert, le masque froid, calme, d'une raideur ascétique, peut-être un peu voulue, de Mgr. Richard vient bi4|| à sa place.

En face de la Révolution triomphante représentée par cette hideuse matrone dont on a inondé Jes mairies de France, la figure calme et sévère de Mgr. Richard a grand air.

Ce visage impassible qui recouvre une nature si susceptible et si nerveuse convient au plus haut représentant de l'autorité religieuse à Paris.

On sait que Paris tue ses archevêques peut-être pour cette raison qui conduit certains hommes à châtier ceux qu'ils aiment,

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et si, demain, Mgr. Richard, comme son illustre prédécesseur Mgr. Darboy, était mis au pied du mur de la Roquette, son visage n'indiquerait ni frayeur ni joie, il serait le même que celui que vous lui avez vu quand il siège dans la cathédrale de Paris I

Je ne parlerai pas de la jeunesse de Mgr. Richard alors qu'il était vicaire général à Nantes, Presque tous mes lecteurs Font connu à cette époque. De même ils savent que Mgr. Richard, de son vrai nom, se nomme Richard de la Vergue, mais je les surprendrai plus en leur disant que dé la grande fortune laissée à Tarchevêque de Paris par son père, il ne reste plus rien. Si le lecteur curieux veut savoir ce qu'est devenu tout cet argent, qu'il aille le demander aux pauvres de Paris et de Nantes.

Mgr. Richard a semé sa route de louis d'or, ils lui serviront pour trouver la route du ciel, comme ces morceaux de papier au héros du conte enfantin pour retrouver son chemin.

L'esprit pondéré de Mgr. Richard ne pouvait s'accorder avec les rigueurs extrêmes

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vers lesquelles quelques amis imprudents de la religion voulaient pousser le Saint- Siège alors que Pie IX était pape. Mgr. Richard appartenait déjà au parti qu'ont illustré des hommes comme Mgr. Dupanloup, le comte deMontalembert, sans oublier notre illustre ami M. le comte de Falloux (4).

Ce parti composé d'hommes modérés a triomphé le jour où Léon XIII a été nommé pape. Le parti ultra-catholique était dès lors vaincu à tout jamais. Et si je me sers de cette expression — parti ultra-catholique — c'est pour bien indiquer la différence tranchée qui existe entre les catholiques avec le Pape et les catholiques plus catholiques que le Pape, c'est-à-dire contre le Pape.

L'archevêque de Paris est avant tout un homme de son temps. Il ne regarde pas pour voir Theure actuelle à un cartel arrêté depuis Louis XIV et si, comme nous tous, il subit les nécessités du temps présent, du moins cherche-t-il à en atténuer les effets fâcheux dans la mesure du possible.

(1) En parlant ici de la sympathie de Mgr. Richard pour M. de Falloux, nous n'entendons nullement dire que l'éminent archevêque de Paris ait jamais partagé toutes les idées religieuses du célèbre homme d'Etat.

Léon XIII aux idées modérées si pleines de sagesse et qui, déjà en plusieurs occasions, s'est révélé comme un fin diplomate, a trouvé dans l'archevêque de Paris un des aides les plus précieux qu'il pouvait désirer rencontrer.

Alors que chaque jour, les républicains cherchent à rompre avec le Saint-Siège, et à déchirer un traité contracté librement, il y a près d'un siècle, par la France et la Papauté, Mgr. Richard a su jusqu'à présent éviter un violent conflit entre les autorités religieuses et civiles. Et ce n'est pas chose facile, croyez-moi bien, de traiter avec les maitres du jour, la plupart du temps sans la moindre éducation et ne craignant pas de parler à un haut dignitaire de l'Eglise comme ils le feraient au premier venu.

Mgr. Richard a non seulement la direction du clergé séculier de son diocèse, mais encore la surveillance de tous les couvents qui se trouvent dans son ressort. Et c'est là, une des plus grandes forces dont puisse disposer l'archevêque de Paris.

Je ne sais le nombre de couvents dépen-

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dants de son diocèse^ mais je connais celui des couvents situés à Paris, il y en a trois cents. Je prends un minimum infiniment trop faible mais auquel je tiens afin de ne pas être taxé d'exagération, celui de vingtcinq personnes par couvent. On trouve donc qu'il y a, à Paris seulement, soixante-quinze mille hommes ou femmes qui relèvent directement de l'archeyêque de Paris.

Vous voyez quelle puissance considérable est celle dont Mgr. Richard peut disposer. Si demain l'archevêque de Paris ordonnait à tous les couvents de prier à telle heure pour le salut de la France, quel immense murmure dominerait les bruits de la cité! L'écho en monterait jusqu'au ciel et Dieu l'entendrait peut-être quoiqu'il me semble se boucher les oreilles et ne plus entendre les plaintes de l'Eglise catholique de France.

Mgr. Richard a publié différents ouvrages religieux. Le style comme la parole de l'archevêque de Paris est clair. Les expressions sont mesurées, le récit y doit une certaine pâleur. Le côté anecdotique que peut présenter le sujet est soigneusement écarté par l'auteur qui va droit au but s'il y a une «* vérité à démontrer et sans s'éloigner du

dogme. Mgr. Richard a écrit la vie de la bienheureuse Françoise d'Amboise, duchesse de Bretagne et religieuse carmélite. A certains passages l'auteur cite des paroles de la sainte. Ces mots semblent venir des lointains comme des paroles de rêve I

Je termine ce portrait très tard dans la nuit. Ma maison parisienne est près de deux couvents, Tun de carmélites, Tautre de moines. Il est quatre heures du matin. Le jour se lève. Déjà la cime des arbres de mon jardin est couverte de cette lumière blanche diffuse qui fatigue l'œil. Le dessous de la feuillée est encore sombre. Les cloches des deux couvents sonnent matines. Est-ce une hallucination de mon esprit, mais il me semble entendre le murmure des prières?

Les voix montent en cadence en modulant la phrase. Le' rythme lent du psaume me fait souvenir de phrases que moi, profane, en d'autres temps, je disais doucement, tandis qu'une femme chantait auprès de moi ...

Dans ces deux cou^'^- ' *^)nt enfermés

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trois cents hommes ou femmes qui tous, à la même heure, sont là courbés sur le marbre de la chapelle implorant Dieu.

Et il V a trois cents couvents ainsi dans Paris !

Et Tarchevêque de Paris est le directeur suprême de tous ces couvents et cet archevêque est Mgr Richard dont je viens de faire le portrait ! !

La taille de ce prêtre domine de toute la poitrine les hommes petits de notre temps. Je le voyais pendant une des dernières cérémonies solennelles de Notre-Dame. Il élevait le Saint-Sacrement sur les trois mille êtres prosternés et il m'apparaissait ainsi comme une statue immense, quelque gigantesque statue symbolique de la liberté religieuse, plus grande et plus glorieuse que celle élevée par la France au-delà des mers, tenant entre ses mains le phare du salut, le seul qui reste à notre pays battu par la tempête pour retrouver sa route !

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