LA LISEUSE
Elle lit près de mol sentimentalement
Quelque livre amoureux, délicat et charmant ;
Son corsage défait, sa robe délacée
Dénudent son cou blanc dont la courbe lassée
Se plie en haletant parmi ses cheveux noirs,
Tresse obscure où se boucle un divin nonchaloir !
On dirait que les mots d'amour la déshabillent.
Que le song-e du livre autour d'elle éparpille
Un silence profond, calme et voluptueux,
Qui descend lentement vers son cœur de ses yeux.
Puis son bras fatigué se détend et s'abaisse.
Elle a l'air de dormir, son corps souple s'affaisse,
Sa jambe se dessine à travers son jupon.
Ses seins sont presque nus sous sa guimpe en linon,
A l'étreinte elle a l'air de s'être toute offerte,
Elle est là devant moi comme une proie inerte...
0 mon amie ! à ce moment si je me tais Et parais insensible à ta menteuse paix, C'est que je sens en moi s'illuminer ton songe, Les mots que tu as lus, que ton rêve prolong-e Passent à travers toi pour me toucher aussi...
Que les livres sont beaux que j'ai connus ainsi!