‹ Profils d'or et de cendreChapitre 10 sur 87 · LA LISEUSE · texte numérisé non relu

LA LISEUSE

Elle lit près de mol sentimentalement

Quelque livre amoureux, délicat et charmant ;

Son corsage défait, sa robe délacée

Dénudent son cou blanc dont la courbe lassée

Se plie en haletant parmi ses cheveux noirs,

Tresse obscure où se boucle un divin nonchaloir !

On dirait que les mots d'amour la déshabillent.

Que le song-e du livre autour d'elle éparpille

Un silence profond, calme et voluptueux,

Qui descend lentement vers son cœur de ses yeux.

Puis son bras fatigué se détend et s'abaisse.

Elle a l'air de dormir, son corps souple s'affaisse,

Sa jambe se dessine à travers son jupon.

Ses seins sont presque nus sous sa guimpe en linon,

A l'étreinte elle a l'air de s'être toute offerte,

Elle est là devant moi comme une proie inerte...

0 mon amie ! à ce moment si je me tais Et parais insensible à ta menteuse paix, C'est que je sens en moi s'illuminer ton songe, Les mots que tu as lus, que ton rêve prolong-e Passent à travers toi pour me toucher aussi...

Que les livres sont beaux que j'ai connus ainsi!

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