‹ Profils d'or et de cendreChapitre 9 sur 87 · ENTRE LA CHAMBRE ET LE JARDIN · texte numérisé non relu

ENTRE LA CHAMBRE ET LE JARDIN

Un chant mystérieux palpitait sur les notes, Echarpe dénouée et dentelle qui flotte Dans la chambre alang-uie où sur le piano Tes doig-ts suivaient le rêve obscur de tes yeux clos. Et cependant, penché vers la fenêtre ouverte, J'entendais au jardin des cadences alertes Tourner comme en courant tout autour du bassin, Où dans les bords de pierre un nocturne burin Sculptait la volupté de nymphes étendues : Et tout près de mon cœur, divinités perdues, Loin des socles de marbre où la forme survit, 0 déesses et dieux que la terre asservit. J'entendais piétiner vos frissonnants délires Dans le jardin semblable à quelque grand navire Où les arbres dressant sur leurs mâts le printemps Vers un nouveau voyage entraînaient le vieux temps !

De la chambre allumée au jardin sans lumière Les sons se répandaient, loni^;" clavier de poussière, Et tandis qu'au dehors je sentais sur ma main Trembler le souffle chaud, violent, inhumain, Des satyres grimpant vers moi le long* des lierres, Tandis que je voyais les baigneuses de pierre Assouplir dans l'air pur la paresse de l'eau Qui glissait à leurs pieds son liquide pinceau, Je voyais encor mieux, vivante et toute proche Ta nuque où frissonnait l'émoi de mon approche, Comme si tu sentais dans le jardin obscur Qu'un parterre de dieux voluptueux et purs Suspendus dans la nuit attendait ton silence Et nous voyant troublés s'en enchantait d'avance !

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