MIROIR D'HIVER
Miroir d'hiver, miroir qui veillez sur le feu Dont vous arrêtez la fumée,
Miroir triste et changeant où brûle peu à peu Notre journée accoutumée !
Mélancolique chambre où l'horloge, sans bruit, Sans cadran où l'heure s'émaille,
Suit d'un temps à rebours l'invisible circuit Dans l'ombre lourde des murailles.
Miroir, vous détachez l'espace en cent dessins Différents pour nos rêveries,
Et vous pliez les jours dans vos légers écrins Ainsi que des tapisseries.
Dans l'inverse reflet, le soir, les deux flambeaux Regardent vaciller leurs flammes.
Gomme les deux gonds d'or ouvrant la porte d'eaux Qui nous sépare de vos trames...
Assis auprès du feu nous ne voyons en vous
Que le halo bleu de nos lampes, Et sur un autre mur le dessin vague et doux De nos deux ombres qui s'estampent.
Vous avez l'air, miroir, d'un visage aux yeux clos.
D'un calme visage qui pense A son amour du jour dans un divin repos,
Souvenir charmé d'une absence!
Et nous sommes muets comme vous êtes clair Lumineux, pâle, presque vide,
Nous songeons à ce jour que nous offrit l'hiver Intime, transi et limpide !
LES MlilOlIlS