LE MIROIR D'AUBE
Dans le réveil du jour, voici que la veilleuse, Pure étoile oubliée au fond du cadre d'eau, Palpite et tremble au rythme lent de la berceuse Qu'accordent au dehors les premiers chants d'oiseaux.
Dans le miroir la chambre entière est une alcôve, La fenêtre s'éveille, il hésite et retient, Dansle jour qui bleuit, encor l'écharpe mauve Qu'entraîne dans le ciel un fleuve aérien.
Il est encore si doux, silencieux et trouble, Que tu le vois d'abord ainsi qu'un souvenir De ton sommeil passé dont il reste le double... Tu voudrais presque alors, dans lui, te rendormir!
Il a veillé, g-ardien silencieux des rêves, Tandis que tu fermais les yeux pour reposer, Peut-être a-t-il au g-ré d'une trop courte trêve Tendu vers toi le jour qu'il a recomposé ?
Ne penses-tu jamais, ô dormeur, à ces heures,
Où seul près de la flamme et dans l'ombre un miroir
Est le reg-ard ouvert et vivant des demeures
Où se penche vers toi l'humanité du soir?
Mais suivant les saisons, à l'aurore, il prépare Ta joie ou ton chag-rin, ton regret, ton désir... Et suivant les couleurs dont son cristal se pare Tu devines déjà le matin à venir.