LA NUIT DE BAL
Sous les doubles flambeaux entre tes boucles blondes,
Ton visag-e léger et pâle te sourit,
Mais dans l'eau du miroir une vag-ue profonde
Oui déferle du soir l'attriste et l'attendrit.
Tu semblés regarder au delà de la vie Un ancien pastel qui te ressemblerait, On dirait qu'une sœur de jadis t'a suivie, Et prête à ton sourire un charme de regret.
Cette nuit elle a l'air de s'être costumée,
Elle porte ta robe, elle a mis tes bijoux,
Mais sur leur neuf éclat l'invisible fumée
Du temps pose un collier qui n'est pas à ton cou !
On dirait qu'elle part pour une fête morte, Où les cloig-ts alang-uis sur un vieux clavecin, Elle jouera des airs muets à son escorte Qui dansera dans le brouillard jusqu'au matin.
On dirait qu'elle va, suivant le frisson pâle Des arbres où le vent chante, oiseau de la nuit, Valser en retenant ton manteau comme un châle Avec un marbre blanc masqué de sombres buis.
Et lorsqu'à l'aube enfin tu seras revenue, Vous vous reg'arderez dans le jour incertain, Dégrafer vos manteaux de vos épaules nues, Et le même bouquet tombera de vos mains.
Tu lui ressembleras sans doute davantag-e, Caria fête d'hier est déjà du passé, Et le reg"ret léger tremblant sur son visage S'attendrit comme toi d'un sourire efiFacé.
Et vous vous souviendrez de la même aventure, Toutes deux accoudées au balcon de cristal, Où meurent lentement dans une eau sans murmure La pâleur du matin et les roses du bal...
LES MIROïl\S 71