LA MORT DU MIROIR
Il vous faudra mourir comme des fleurs décloses,
0 miroirs, puisque ayant tant contenu de choses,
Et tant d'êtres vivants, tant de fragilité.
Vous en aurez g'agné la triste volupté.
Sous la guirlande en fleur et la pâle rosace
Dont la couleur pétale après pétale passe,
On dirait qu'un hiver humide, gris et doux
Flocon après flocon vient s'abattre sur vous.
Il neigera sur vous comme sur une tombe.
Voici que fleur à fleur vos lumières succombent,
Votre nuage empli de visages d'été
Se teint d'une mortelle et calme nudité I
Et dans le bois meurtri tressant votre couronne,
Comme un jardin blessé par un pluvieux automne
Vous glissez lentement vers votre propre deuil...
Porte close où des fleurs dorment autour d'un seuil
Qui reste seul debout devant la maison morte, Votre guirlande en fleur vous g-arde et vous escorte, Et nouant sa rosace à votre front pâli Défend encor un peu votre charme à l'oubli... Paillettes efl'euillées et dentelles éteintes Où vous restez, miroirs, fanés comme l'empreinte D'un doux corps disparu qui laisse en souvenir Son fantôme et son nom d'antan à l'avenir 1