‹ Profils d'or et de cendreChapitre 26 sur 87 · LA MORT DU MIROIR · texte numérisé non relu

LA MORT DU MIROIR

Il vous faudra mourir comme des fleurs décloses,

0 miroirs, puisque ayant tant contenu de choses,

Et tant d'êtres vivants, tant de fragilité.

Vous en aurez g'agné la triste volupté.

Sous la guirlande en fleur et la pâle rosace

Dont la couleur pétale après pétale passe,

On dirait qu'un hiver humide, gris et doux

Flocon après flocon vient s'abattre sur vous.

Il neigera sur vous comme sur une tombe.

Voici que fleur à fleur vos lumières succombent,

Votre nuage empli de visages d'été

Se teint d'une mortelle et calme nudité I

Et dans le bois meurtri tressant votre couronne,

Comme un jardin blessé par un pluvieux automne

Vous glissez lentement vers votre propre deuil...

Porte close où des fleurs dorment autour d'un seuil

Qui reste seul debout devant la maison morte, Votre guirlande en fleur vous g-arde et vous escorte, Et nouant sa rosace à votre front pâli Défend encor un peu votre charme à l'oubli... Paillettes efl'euillées et dentelles éteintes Où vous restez, miroirs, fanés comme l'empreinte D'un doux corps disparu qui laisse en souvenir Son fantôme et son nom d'antan à l'avenir 1

Page 1