ISADORA DUNCAN
L'orchestre est le décor, vos danses sont la vie Parfumée où l'amour que votre élan délie
S'enlève sur un ciel doré, Et vous semblez lancer vers lui vos deux mains nues Comme pour y cueillir des roses inconnues
Sur un parterre évaporé !
Bas-relief fugitif suivant sa propre fuite, Vous êtes à la fois le but et la poursuite De votre pas silencieux,
78 PROFILS d'oPv et de cendre
Dont le rythme levé qui frappe et qui se plie Martèle alternative ou balance assouplie La nudité chaste des dieux.
Vous courez vers la joie ou revenez de l'ombre, Renversant votre tête entre vos cheveux sombres,
Tantôt, afin de mieux crier, Ou tantôt en laissant s'alanguir votre forme Qui se penche déjà vers la terre où s'endorment
Les cadavres de vos guerriers !
Vous suivez en dansant la joueuse de flûte Dont vous aviez vous-même en la même minute
Le doux geste mélodieux, Vous vibrez immobile, ou courez si rapide Que vous semblez toujours être le léger guide
D'un cortège mystérieux !
Et puis lorsque accoudée à la pierre où Ton joue Vous levez votre main, votre poignet dénoue
Comme un collier autour de vous, Une ronde invisible où passe le mensonge De vos sœurs de Chalcis qui pressent dans un songe
Leurs pieds nus près de vos genoux.
Ah ! seul instant de vie à qui l'amour s'enlace Sans le trouble désir ! Votre pur élan passe Auprès des joies et des chag-rins !
Danseuse, en leur laissant leur douloureuse chute, Vous n'en avez gardé sur un doux chant de flûte
Que la forme vivante et le vivant dessin !