AU BORD DE L'EAU
Nonchaîamment couchés au bord de la riviève,
Nous regardions passer son eau pure et légère
Qui change à chaque instant, mais dont l'unique cours
Entraîne également chaque heure et chaque jour.
Un bruit humide et doux se froissait à la rive,
Tu t'accoudais vers moi sur la berge déclive,
Le frisson de ta robe en glissant sur ton corps
Répondait au frisson de Teau contre ses bords.
Abandonné ton livre était tombé sur l'herbe,
Ta jupe s'étalait comme une grande gerbe
Où l'ombre retraçait d'un pinceau vague et doux
Le geste replié de tes minces genoux ;
Et te voyant ainsi, pensivement assise,
Je sentais sur mon front qu'une légère brise
Agitait mes cheveux comme des pampres noirs.
Le paysage vrai semblait baigné de soir
Tant son imag"e en l'eau frémissait lumineuse, Et les yeux grands ouverts tu étais la dormeuse Que le faune regarde et qu'il voudrait saisir...
Tandis que suspendu de crainte et de désir, Grisé du chant léger roulé par la rivière, Ayant tout oublié pour l'instant éphémère, Tâchant de résister et ne le pouvant pas, Pour ne pas t'enlacer ayant croisé mes bras. J'attendais que le soir nous trouvant immobiles Fasse une nuit d'amour de cet instant fragile !