LES PROMENEUSES
Vous qui traîniez ici des robes éphémères,
Et jouiez à passer dans les forêts d'été
Vos mains pâles dans l'ombre et puis dans la lumière
En nouant à vos doigts des bagues de clarté,
Vous qui dans la forêt étiez les promeneuses
Qui tournent en riant un regard égaré
Vers celui qui les suit, et cambrent, cajoleuses.
Leurs torses au vent chaud des chemins bigarrés.
Vous qui vous arrêtiez pour détacher des branches
Vos cheveux prisonniers, et qui, vous détournant.
Entre vos deux bras nus jaillis des robes blanches.
Tendiez avec langueur un sourire gênant,
Vous qui ne saviez pas garder à la poursuite
Le charme pénétrant et triste du désir.
Et qui laissant trop tôt s'arrêter votre fuite
Abandonniez l'amour pour un lâche plaisir.
88 PROFILS b'OR ET DE CENDRE
Les brumes aux pieds nus ont repris votre course, Et roulent leur flot pâle à travers les chemins, Sœurs mortes des roseaux, sœurs captives des sources, Danseuses d'un brouillard automnal et divin ! Leur bas-relief humide a lié sur les arbres. Où leur taille s'appuie au g-ré d'un vent muet, Le frisson gris et nu d'une danse de marbre Oui descend vers l'étang- invisible et secret.
Il est comme un grand vase où des nymphes se penchent, Et cambrent doucement leurs dos pour soutenir Entre leurs bras liant une couronne blanche La coupe où le soleil brûle ses souvenirs I L'une au bord d'un chemin penche un instant sa tête. L'autre comme un grands lys flottant et renversé, Se pliant au désir d'une étreinte secrète, Laisse tomber vers l'eau son calice bercé.
Et tandis qu'elles vont rapides et mêlées, Et si proches de moi que je sens sur mes mains Leurs haleines mouillées et leurs bouches ailées Dont j'entends à mes pieds le frisson souterrain. Nous n'êtes plus ici, promeneuses, qu'un rêve, Un bouquet oublié, souvenir qui s'endort. Et qui sur le lit roux où l'automne s'achève Semble un baiser d'amour au pied d'un arbre mort.
LA DEMEURE TRANSPARENTE