‹ Profils d'or et de cendreChapitre 41 sur 87 · J'AIME CE QUI FAIBLIT · texte numérisé non relu

J'AIME CE QUI FAIBLIT

J'aime ce qui faiblit, tout ce qui s'atténue, Le bruit lég-er du vent sur les arbres et l'eau, Le crépuscule ouvrant sur le jour son manteau, Et le désir qui suit une femme inconnue.

Sur la mer le bateau lointain qui diminue, Dans la chambre l'éclair vacillant d'un flambeau, Dans le jardin la fleur fanée et le ruisseau Offrant au soir qui vient sa fuyante avenue.

J'aime l'heure d'attente et de mélancolie

Où s'apaise le cœur, où l'âme se délie,

Où l'on rentre à pas lents en se donnant la main ;

J'aime l'heure où les bruits comme des chants lointains Semblent porter vers nous dans leur calme murmure L'adieu mystérieux d'une ancienne aventure...

LA. DEMCUUE TRANSPARENTE I OQ

LA RIVIERE

La rivière qui fuit ressemble à ma pensée,

Elle est lasse de voir se mirer dans son eau

Les arbres et le ciel, les heures nuancées,

La ville et les maisons, la plaine et les coteaux...

Elle est lasse d'avoir roulé mille visag-es

Aux plis mystérieux de son linceul mouvant,

Elle est lasse d'avoir la couleur des nuag-es,

Et de se modeler à la forme du vent !

Elle voudrait enfin se connaître elle-même^

Telle qu'elle serait si dans le flot pâli

Le rêve inaperçu d'où jaillit le poème

Jn seul jour atteignait l'inexprimable oubli.

^\le serait alors pure comme un ciel vide,

3ù nul arbre ne tord un désespoir humain...

^lle serait alors la fenêtre liquide

)ù rien ne ferait plus penser au lendemain ;

Et chaque nuit alors comme elle serait claire ! Elle ne saurait plus que sa propre chanson, Et fuirait doucement vers une mort légère, Sans connaître plus rien du monde, qu'un frisson !

LA DSMEURE TRANSPARENTE î 1 t

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