PRÉLUDE DE LA PLUIE
Gomme un long* voile gris retombé sur les roses. Une ombre se suspend aux tiges et aux fleurs Du parterre, abaissant leurs corolles décloses. Et le vent goutte à g-out'e effeuille leurs couleurs.
Essaim qui se rassemble et soudain se disperse, Les hirondelles, déployant leurs cercles noirs, Font des cadres d'oiseaux, où l'approchante averse Abattra le cristal mouillé de ses miroirs.
Une fuite subite a traversé les feuilles^ Et des bruits anxieux ont piétiné là-bas... N'entends-tu pas déjà la main de l'eau qui cueille Les branches dont elle est le ruisselant lilas ?
l32 PROFILS d'or KT de CENDRE
Puis un léger essor de doigts se précipite, Tout le jardin se penche et frémit, pur clavier Où de liquides chants de plus vite en plus vite Tournent dans un grand vol brusquement délié.
Aux carreaux chaque accord vient écraser ses notes, Chaque goutte serpente et meurt en s'éplovant, Et l'air est si mouillé que la maison y flotte A travers les roseaux des peupliers fuyants !
L'arpège s'interrompt sur des cordes brisées,
Ou tantôt il s'effile et crépite en dansant,
Gomme un vase au pied rond qui tend aux fleurs grisées
Avec leur propre mort un reflet languissant.
Alors sous les buissons et sous tous les feuillages, Tandis que dans le ciel une aube s'élargit. Soudain on n'entend plus que des flûtes sauvag-es Gadencer le silence calme ressurgi.
Et voici qu'un à un les chanteurs de la pluie Rentrent dans leurs abris et lancent leurs adieux A la terre mouillée où le soleil essuie Les traces de leurs pas vifs et mystérieux.
LA DEMEURE TRANSPARENTE l33
Ecoute : tout se tait, seul un arbre qu'on froisse Dans son écorce encore ag-ite un frisson d'eau, Qui surprend le passant d'une paisible anj^-oisse Eg-outtant sous ses pas quelque divin sang-lot !