LES FORMES DE LA PLUIE
L'eau des pluies a creusé les rochers un à un, Et dessiné pour nous ces beaux jardins humides, Grands lacs, étang-s dormeurs, et bassins opportuns Où l'arbre renversé tache le ciel limpide.
Et l'eau des pluies aussi creusa pour nous charmer La forme régulière et dure des margelles, Oii les couples penchés regardent, désarmés, Leurs visages flotter sur l'onde parallèle.
Elle a voulu la vasque et son courbe jet d eau Pour enchanter nos cœurs par le bruit et l'image, Elan vite fané dont le fuyant pinceau Disperse de l'argent aux ailes des nuages.
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Elle a voulu, sachant quel charmant souvenir En fit naître Vénus dans l'antique légende, Voir dans ses étains clairs chavirer et pâlir Les marbres dont elle est la vie et la guirlande :
0 son ruissellement délicieux et nu, Qui met entre les mains des statues une lyre, Où sur le cinglement de rythmes inconnus Chante un mystérieux et suppliant délire !
Pour les soirs de l'automne elle a, de clairs détours, Fait frissonner le vase où g-èle le silence Transparent, près des fleurs où déclinent des jours Qui cadencent le temps d'après leurs défaillances !
Elle vit, arrêtée au milieu des miroirs Où notre humanité pas à pas se consume Et chaque cadre ovale ou rond est l'accoudoir De l'avenir muet à qui l'on s'accoutume.
Et lorsque le vent tord en anses de cristal Ses g-erbes dispersées et ses tresses mouillées. Où le soleil suspend son arc diagonal Joignant six heures bleues à six heures rouillées,
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Elle est comme un grand lustre épanoui dans Tair, Un lustre de Venise où brûlent douze flammes Vers la voûte sans dieu d'un grand temple désert Où sa chute martèle une éternelle gamme !
0 vases transparents où se brise le jour, Appliques de cristaux, lourdes grappes de verre, Gestes souples et purs que l'eau voue à l'amour. Fruits aux mille couleurs de l'ombre et des lumières !
Vous êtes la leçon de l'automne anxieux,
0 maisons de la pluie et jardins de l'averse,
Où le parc près de l'eau semble un jardin de dieux.
Où dans la chambre une eau d'or pâle se disperse !
Les averses creusant les rochers un à un Ont fait de chaque pierre un socle où se ravine Sous les pas éternels d'un mystère opportun L'élan capricieux d'une trace divine!
LA DEMEURE TRANSPARENTS iSy
Le soir calme s'étend sur le jardin mouillé, On est comme attristé de larmes étrang-ères, Et soudain le silence apparaît dépouillé... L'averse lui prêtait une âme mensongère.
Dans le bruit de la pluie et la fuite du vent Mille échos nuag'eux g-lissent sur les murailles, Comme venus de loin, étrang-es survivants D'un vojag-e songeur dont les ailes défaillent.
Tout est triste, muet, anxieux et désert. On dirait qu'on aborde une plage lointaine, Et que, n'entendant plus les sanglots de la mer, On hésite devant une nuit trop sereine...
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