LE VENT
Tu déroules dans l'air tout un ruban de danses, O vent! et les saisons que le jardin balance Sur ton unique voix ont des chants différents Dont tu rythmes l'accord de tes doig-ts transparents ! Et lorsque vient le temps des jours crépusculaires, Chaque arbre est une ronde attendrie, éphémère, De feuillag-es froissés, que ton souffle irrité Lève, dans tes bras nus, pour rattraper l'été !
Sur les branches un bruit de jupes se renverse,
Sous les colliers défaits d'une invisible averse.
Le frisson de la ronde enlace au tronc étroit
L'appel superposé de cent glissantes voi'x,
L'arbre a les yeux fermés sous un bandeau de lierre,
Et, g'rimpant vers la cime où tremble la lumière,
LA DEMEURE TRANSPARENTS I Sq
La farandole tourne en plaine, autour d'un bois... Mais sa vie haletante en dénouant ses doigts Laisse tomber parfois une danseuse lasse Oui s'étend pour l'hiver devant l'été qui passe, Chaque feuille en glissant prend la rigidité Des pétales séchant la fleur qu'ils ont été, Et se creusant dans Therbe écartée autour d'elle S'enroule dans ses bords repliés en margelle !
Automne I elles viendront vers l'ombre tour à tour
Avec ce qu'elles ont su cueillir des beaux jours
T'attendie! elles auront dans leurs coupes dorées
Un peu de la lumière à peine évaporée ! ;
Si leur vol qui se brise abandonne à l'espace
L'arbre où leurs jeux d'antan n'ont pas laissé de trace,
Elles dansent encor, courant et poursuivant
Le chemin poussiéreux où les mène le veut!
Avec des bruits froissés de cordes qui se cassent
Elles dansent encor, seules ou face à face,
Mais qui sait où s'achève un élan de hasard
Dont le charme se fait de plus en plus épars?
Puis l'hiver les isole, et quelquefois on voit
Toute seule tourner près de la mort d'un bois,
0 suprême lambeau d'un défaillant vertige !
Une moitié de feuille accrochée à sa tige...
[4o PROFILS d'or et de CENDRE