‹ Profils d'or et de cendreChapitre 66 sur 87 · DANS LA CHAMBRE ETRANGERE · texte numérisé non relu

DANS LA CHAMBRE ETRANGERE

Dans la chambre étrang-ère une femme inconnue S'accoude sur le lit, te regarde et sourit; C'est pour toi que ce soir elle s'est mise nue Et Lon corps sent encor tes bras qui l'ont meurtri.

Mais toi, plus étrang-er qu'avant de la connaître, Toi qui l'aurais peut-être évoquée en rêvant Dans l'ombre taciturne au pied de sa fenêtre, Toi dont le désir meurt d'avoir été vivant,

Tu écoutes penché tous les bruits de la ville Autour de toi bouger, et réveiller soudain La chambre où tu passas toute une heure immobile. Voyage de la chair d'où ton âme revient.

Tu t'aperçois toi-même au milieu de la g-lace Comme un passant obscur dont le visag-e clair Sous un bleu réverbère apparaît et s'efface... Et tu te reconnais au-delà de la chair.

Des pas pressés s'en vont, le bruit d'une voiture Semble fuir doucement vers la fin de la nuit, La rue entend partir sa suprême aventure, Son vide douloureux ressemble à ton ennui.

Qu'importe alors pour toi qu'elle soit jeune et belle, Que ta main g'arde encor la forme de son corps, Qu'elle attende de toi quelque étreinte nouvelle... Un silence infini t'appelle du dehors.

Mais tu t'enfuis dans l'ombre avec le désespoir De désirer qui tu méprises,

Et d'aller sans amour dans l'âpreté du soir Avec ton cœur qui a^^onise !

l'immobile départ i63

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