‹ Profils d'or et de cendreChapitre 68 sur 87 · LA DERNIÈRE VALSE · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE VALSE

Le restaurant de nuit est enfin presque vide, L'aube pâle a posé ses doigts sur les carreaux, Et le fleuve léger des brumes qu'elle guide Etend sur le trottoir le calme de ses eaux.

Voici qu'obéissant au temps qui les dirige, Tournant encore un peu sur un rythme mourant, La valse et la lumière en un même vertige Sentent s'évaporer leur couple transparent.

Sur le seuil déjà gris leurs danses agonisent, Leur pas se ralentit sur le dernier accord D'un violon trop las dont les cordes se brisent Et dont le chant devient une plainte de mort.

l66 PROFILS d'or et de CENDRK

Et puis se laissant choir dans l'eau silencieuse Du tranquille matin où leur beauté s'endort, Un sourire dernier sur leurs lèvres heureuses, Elles fuient un regard qui les recherche encor.

Et le passant montant les longues avenues, Ne sait pas que le charme étrange qui l'étreint Vient du dernier baiser liant ces deux chairs nues, Dont l'une rêve encor la chanson qui s'est tue, Et dont l'autre soulève un flambeau presque éteint

l'immobile départ 167

Page 1