‹ Profils d'or et de cendreChapitre 69 sur 87 · LES PASSANTS · texte numérisé non relu

LES PASSANTS

Tu regardes l'a rue ainsi qu'un fleuve noir Rouler et dérouler sa vie à ta fenêtre, Onde mystérieuse où tu vois apparaître Mille reflets de toi qui s'en vont dans le soir.

Le deuil qui sur ton front retombe des nuages Couvre tous les passants d'un même voile obscur, Leur ombre jusqu'à toi monte le long* des murs, Nocturne humanité qui n'a pas de visage I

Chacun de ces passants s'en va vers son hasard, Chacun d'eux ne t'est rien, mais ils sont tous ensemble Un fantôme vivant qui pourtant te ressemble Puisqu'il est animé d'un éternel départ.

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Chacun a son amour, sa joie ou sa détresse

Chacun eut sa jeunesse avec ses souvenirs.

Et chacun croit avoir encore un avenir,

Et chacun n'est qu'un geste humain que le temps presse I

Immobile et rêveur tu te penches vers eux, Quelquefois en passant l'un d'eux lève la tête, Dans vos regards croisés seuls vos deux corps reflètent Une rencontre vaine, unique et sans adieu.

Et lorsque, fatigué, tu vas vers la lumière Dont la lampe soutient l'artificiel éclat. Que devant le miroir, sur ton visage las. Tu te scrutes en vain dans ton propre mj'stère,

Ton ombre près de toi comme un fantôme obscur Remonté de l'eau sombre et triste de la rue, Forme dont la pensée est soudain disparue, Te regarde à ton tour, penchée en haut des murs.

l'immobile départ 169

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