LE JARDIN NOCTURNE
Dans le jardin blessé d'une nocturne angoisse,
Un bruit voluptueux, sur les buissons qu'il froisse,
Ag-ite doucement le soir autour de nous ;
Tous les chemins s'en vont vers d'obscurs rendez- vous,
Chaque clairière a l'air d'une pâle blessure
Posée au cœur secret de l'humaine aventure,
On dirait qu'on entend frissonner le désir,
Et l'amour en bateau glisser vers le plaisir...
Nos ombres à nos pieds mélangent leurs poussières. Pareilles sur le sol où la chair et la pierre Confondent leurs couleurs et dans la même nuit Mêlent au temps qui reste un peu du temps qui fuit. Tout l'air est imprégné du bouquet que tu portes...
Mais nous semblons aller dans un jardin de mortes. Et des parfums flottants tendent vers le ciel noir Le parterre, où soudain les roses de ce soir, Dans la sombre clarté, closes, mouillées et nues, Sont la jeunesse en fleur d'une chair inconnue...
LA RIVIERE
Nous irons si tu veux écouter la rivière Battre du tambourin sur l'image du ciel, Le ciel même dans l'eau nous paraît éphémère, Il est si près de nous qu'il n'est plus éternel !
Nos doigts tout frémissants se mêlent dans la crainte Que donne au cœur humain toute chose qui fuit, Et tantôt chant, tantôt murmure et tantôt plainte Une course sans fin à nos pieds se poursuit...
Regarde, ton visage est ainsi qu'un camée D'ivoire ciselé dans Técume du soir.
Un brouillard frissonnant t'entoure de fumée Et tu semblés rêver au bord d'un astre noir.