LA NUIT
Voici la nuit qui tombe avec un lent frisson, Pieg-arde les maisons sous l'obscure poussière Se chang-er doucement en brillantes lumières, Gomme des reflets d'eaux entre de noirs g-laçons!
Ah ! l'immobilité des jours pareils s'anime, Les nuag-es mouvants qui surplombaient les toits Elargissent au ciel qui semble trop étroit, L'heure dont la lune est le cadran unanime.
On dirait que cherchant un décor d'autrefois L'univers tout entier s'évade de sa forme, Et livre au soir tranquille où les hommes s'endorment L'éternel mouvement qui ferait leur effroi.
L IMMOBILE DEPART 203
Rends-tu un peu de vie à ceux qui la désirent, Un peu d'humanité à ceux qui ne sont plus, 0 nuit, sont-ce les voix de ceux qui se sont tus Qui sur les feuilles d'arbre ag-itent ce délire ?
Leur ombre a remplacé les choses près de nous, Le destin nous confond, nous mêle et nous entraîne ! On dirait que l'appel d'une autre âme lointaine Cherche l'écho des murs qui ne sont plus debout.
Nous allons côte à côte avec nos souvenirs, La nuit autour de nous se répand davantage. Passants d'un jardin noir, nous voyons nos visag-es Au-dessus des sapins monter dans l'avenir I
Nuits ! en qui chaque jour trouve son cimetière. Où tout semble monter pour se perdre et mourir, Sont-ce pas tant de deuils et tant de souvenirs Qui vous g-randissent tant que vous couvrez la terre
L'IMMOBILE DEPART
Les plis de mes rideaux semblent des alg-ues bleues, Dessins par qui le soir veut imiter la mer, Les lampes des maisons lèvent de lieue en lieue Un quai silencieux, obscur, triste et désert.
Nos lits sont amarrés aux anneaux du mystère,
La nuit monte et descend sur leurs draps blancs et froids,
Dormir, c'est se pencher au delà des lumières.
Ou bien laisser son geste échapper à ses doigts.
Une flamme là-bas, incertaine et plus basse Tremble comme un falot qu'on soutiendrait sur Peau; Quand la chambre s'éteint, c'est la corde qui casse Qui retenait une ombre au bord de son flambeau.
L IMMOBILE DEPART
0 dormeur! quel élan dans tes bras immobiles Fait ramer ta pensée au delà du destin? C'est ton plus g-rand vojag-e, aussi ton plus frag-ile, Que celui qui t'emporte entre hier et demain.
Mais le ciel tout entier est comme une algue bleue Qui rejoint tous les plis du soir et des rideaux; Et très loin, dans la lune où s'égarent les lieues On voit jusqu'au matin s'éteindre des flambeaux...
206 PROFILS d'oh et de CENDRE