Comte de Ségur, Histoire et Mémoires, u, 210. Année
mais ici ma plume est impuissante pour peindre l'impression que j'éprouvai la première fois que je vis cette princesse. Le charme de son céleste visage, qui exprimait la bienveillance et la bonté, dont les traits étaient si réguliers et si fins; la beauté de sa taille, de son cou, de ses bras, l'éblouissante fraîcheur de son teint, tout enfin surpassait en elle ce qu'on peut imaginer de plus ravissant. Elle était en grand deuil, coiffée avec une couronne d'épis de jais noir, ce qui, loin de lui nuire, rendait sa blancheur éclatante. Il faut avoir vu la reine de Prusse pour comprendre comment, à son premier aspect, je restai d'abord comme charmée ^ »
C'est aux heures sereines de Tannée que la nature produit sa plus belle floraison : c'étaient en effet des heures sereines que traversait l'épouse de Frédéric-Guillaume III, et qui étaient d'autant plus douces à vivre qu'au milieu des tempêtes déchaînées sur l'Europe, la Prusse, depuis dix ans, était seule à jouir de la paix.