Mémoires, année
en 1703 à la plus haute charge militaire du royaume, à la dignité de maréchal. En plus de l'éclat, que de glorieuses actions, particulièrement ft cette admirable défense de Graves qui coûta seize mille hommes au prince d'Orange » (comme s'exprime Saint-Simon), avaient jeté sur son nom, la considération lui était venue : on l'appréciait non seulement pour sa bravoure, dont il avait donné tant de marques et pour son expérience militaire, qui, dans l'art des sièges, allait de pair avec celle de Fabert, mais surtout pour sa grandeur d'àme, pour la dignité de sa vie, pour des qualités de noblesse morale et de désintéressement dont nul homme de guerre de l'époque, si ce n'est peutêtre Gatinat, n'offrit un si haut exemple.
Dans le temps même de sa plus grande réputation, vers les dernières années du siècle, le bruit se répandit que les succès militaires n'étaient pas les seuls qu'il eut remportés, et qu'il en avait encore à son actif qui étaient d'un autre genre et d'un autre aloi : c'était lui, disait-on, le héros des Lettres portugaises; il les avait reçues d'une Religieuse de Béja, pendant qu'il guerroyait sous Schomberg dans
la province de l'Alem-Tejo, et il les avait publiées ou laissé publier à son retour, comme on expose les trophées rapportés des pays conquis. Ainsi, cinq lettres, un nom de femme écrit sur la garde d'un livre, le nom de l'homme qui avait aimé cette femme, — c'est tout ce qu'on savait de la Religieuse portugaise. Voilà par quels liens frêles et mal assurés cette douloureuse figure se rattachait à la réalité.
C'est précisément ce qui paraissait établi avec le plus de certitude que la critique a tout d'abord contesté. On a mis en doute le nom présumé du héros de l'aventure, puis l'authenticité des lettres et, par suite, l'existence même de celle qui passait pour les avoir écrites.
Des recherches entreprises récemment sur l'histoire de la famille des Chamilly viennent, en effet, d'absoudre le maréchal qui illustra ce nom, du grave reproche que faisait peser sur sa mémoire la publication de sa correspondance amoureuse ^