D APRES SA CORRESPONDANCE
Lorsqu'une personne a réalisé un certain type moral dans la société de son temps ; lorsqu'elle a provoqué, chez quelques âmes, des mouvements d'une vivacité ou d'une douceur particulière, il n'est pas rare que les sentiments de tendresse ou d'admiration dont elle était l'objet s'accroissent après sa mort, et que les survivants cherchent à fixer pour la postérité les traits familiers de l'ami disparu. On recueille alors avec un soin pieux les moindres témoignages de l'existence qui vient de finir, tout ce qui peut la révéler, dans son charme intime, à ceux qui ne l'ont pas connue.
4i PROFH.S DE FEMMES.
C'est à cette préoccupation qu'obéirent les amis de mademoiselle Le Couvreur lorsqu'ils songèrent à réunir et publier sa correspondance. Elle avait laissé à tous ceux qui avaient vécu dans sa sphère d'affection un souvenir si profond, elle revêtait dans leurs regrets un aspect si touchant, qu'ils ne voulurent pas se résigner à laisser disparaître tout entière, après eux, l'image qui hantait leur pensée.
Aussi, quelques mois à peine après sa mort, vers la fin de l'année 1730, l'abbé d'Allainval écrivait à milord *^'''' : « Je ne vous parlerai pas des jolies lettres qu'elle a écrites... Avec l'aiide de quelques amis, j'espère en recueillir un assez bon nombre pour les donner au public. » Ce premier recueil a-t-il été composé? On ne sait. Sans doute des copies manuscrites coururent alors dans quelques salons, puisque treize ans plus tard Du Tillet ' s'exprimait ainsi : « Mademoiselle Le Couvreur joignait à tous ses grands talents pour le théâtre, de la politesse , du savoir-vivre et beaucoup d'esprit. Sa conversation était char-