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Supplément au Parnasse français

mante, et personne n'a écrit des lettres d'un style plus aimable, plus délicat et digne de celui de Voiture et de madame de Sévigné. »

En 1761, Favart est plus explicite encore : « Mademoiselle Le Couvreur, écrit-il le 20 avril au comte de Durazzo, avait l'esprit fort orné. On a donné au public un recueil de ses lettres qui a été fort recherché. »

Pourtant on ne connaît pas une seule lettre de mademoiselle Le Couvreur qui ait été imprimée avant 1775, et ce n'est vraisemblablement que dans les dernières années du XVIII® siècle que l'on commença d'en publier. Ces lettres étaient bien rares lorsque, en 1849, Sainte-Beuve consacra l'une de ses premières Causeries du Lundi à la célèbre comédienne. Quelques billets parurent ensuite, de ci de là, dans des recueils d'autographes. Mais c'est tout récemment que, grâce au zèle patient et éclairé de M. Monval, le souhait formé par les anciens amis de mademoiselle Le Couvreur s'est enfin réalisé et qu'une première édition de sa correspondance a été offerte au public ^

1. Lettres d' Advienne Le Couvreur, réunies pour la première fois et publiées avec notes, etc., par Georges Monval . Pion, éditeur..

Un grand charme se dégage de ces lettres improvisées plutôt qu'écrites : naturelles et spontanées, elles ont Tattrait des choses intimes. On sent qu'elles n'étaient pas rédigées en vue de la publicité.

« Pourquoi, écrit-elle un jour à l'un de ses amis, pourquoi avez-vous balancé à me donner de vos nouvelles? Est-il question de faire des épîtres à imprimer? Et si vous vous laissiez aller à cette crainte mal fondée de tout point, que faudrait-il donc que je tisse, moi, chétive? Mais je veux vous instruire de mes principes. Quand il est question d'écrire à mes amis, je ne songe jamais qu'il faille de l'esprit pour leur répondre. Mon cœur suffit à tout; je l'écoute et puis j'agis, et je m'en suis toujours bien trouvée. »

Mademoiselle Le Couvreur avait ce joli goût de la correspondance qui se perd de jour en jour dans notre société pressée de vivre. Ses lettres sont d'un tour heureux et libre, d'une langue excellente, d'une pensée toujours fine et personnelle. Mais surtout elles ont la grâce et le naturel qui distinguent les lettres de femmes. Pour les hommes, en effet, pour

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ceux-là même qui ne font pas métier d'écrivain, écrire est toujours, à quelque titre, une habitude professionnelle. La politique, la diplomatie, les affaires, en les obligeant à composer leurs idées et à en calculer l'expression, les forment, presque à leur insu, aux artifices du style. Les femmes, elles, n'écrivant jamais que par caprice d'esprit ou besoin de cœur, écrivent comme elles pensent ou mieux comme elles sentent, spontanément, sans peine et sans recherche, insouciantes de toute rhétorique, trouvant d'instinct le mot qui traduit le mieux leur pensée ou leur émotion intime. Les lettres d'Adrienne Le Couvreur sont, à cet égard, un précieux exemplaire de correspondance féminine.

Elles présentent enfin, au point de vue psychologique, un intérêt de premier ordre, car elles sont le sincère épanchement d'un cœur de femme. Rien n'y trahit la profession de la signataire. A peine, en les lisant, se douteraiton qu'elle occupa le premier rang sur la scène de son temps. Jamais actrice, dans sa vie privée, ne fut plus dégagée des préoccupations mesquines de son art, plus exempte des

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travers habituels aux personnes de théâtre. La correspondance de mademoiselle Le Couvreur nous offre ainsi, sous une forme charmante, le spectacle toujours si passionnant d'une nature aux prises avec une destinée. Et, dans ce conflit, qui fut parfois tragique, elle nous révèle un être d'une sensibilité supérieure, une âme exquise.

Adrienne Le Couvreur était née le samedi saint 5 avril 1692, à Damery-en-Champagne, près Épernay. Son père, qui exerçait la profession de chapelier, alla s'établir peu après à Fismes, entre Reims et Soissons \ et dix ans plus tard, à Paris, où il se logea dans le faubourg Saint-Germain, non loin de la Comédie- Française.

Ce voisinage offrit à la jeune Adrienne l'occasion de fortifier une vocation qui, s'il en faut croire son premier biographe, semble bien être née avec elle. « Plusieurs bourgeois de Fismes,

1. C'est cette circonstance qui a fait croire jusqu'ici qu'Adrienne Le Couvreur était née à Fismes.

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rapporte l'abbé d'Allainval, m'ont dit que dès son enfance, elle se plaisait à réciter des vers et qu'ils l'attiraient souvent dans leurs maisons pour l'entendre. La demoiselle Le Couvreur était de ces personnes extraordinaires qui se créent elles-mêmes. »

Une représentation de Polyeucte organisée par quelques jeunes gens du quartier du Temple, où le père Le Couvreur venait de transporter son atelier , mit pour la première fois en lumière les dons dramatiques de sa fille. Elle jouait Pauline. Et, pour représenter la plus touchante des héroïnes cornéliennes, pour traduire les émotions et les alarmes de l'épouse fidèle luttant contre les souvenirs d'un premier amour , elle trouva d'instinct des accents si justes et si profonds, que l'assistance en demeura étonnée autant que charmée. Intéressé par les dons précoces de l'enfant, un sociétaire de la Comédie-Française, Legrand, lui donna des leçons, la produisit sur quelques scènes particulières, et la fit bientôt engager au théâtre de Lille.

Alors commença pour mademoiselle Le Couvreur l'existence lamentable des comédiens de

province, avec ses contacts vulgaires, ses aventures banales et ses tristes promiscuités. Pendant dix ans, elle courut les Flandres, la Lorraine et l'Alsace, jouant et voyageant sans cesse, acquérant à ce rude apprentissage la connaissance sérieuse de son art et l'expérience cruelle de la vie.

Sa vocation intime, en effet, n'avait pas été plus tardive à se déclarer que sa vocation dramatique. Tout, en elle, indiquait déjà qu'elle aurait une destinée de tendresse et d'émotion ; car la nature lui avait donné une sensibilité délicate, un cœur loyal^ une âme ardente, expansive et désintéressée. Et les vulgarités de tout ordre, parmi lesquelles sa profession l'avait jetée dès l'enfance, loin de contrarier ces dispositions natives, les avait plutôt développées. Comme il arrive souvent aux êtres que leur milieu froisse, elle s'était, par réaction, repliée sur elle-même et affinée intérieurement.

Sa personne physique s'accordait assez bien à sa physionomie morale. « Sans être grande, écrivait en 1719 l'auteur des Lettres historiques, elle est fort bien faite et a cet air de noblesse

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qui prévient en sa faveur ; elle a des grâces autant que personne au monde. » C'est le témoignage unanime des contemporains : elle était infiniment élégante et gracieuse. Les portraits qui nous restent d'elle ^ nous la représentent svelte de corps, avec la tète fine, les traits délicats, le front haut, le nez un peu busqué, la bouche étroite et joliment dessinée. Mais c'est par les yeux que cet ensemble agréable recevait son expression et s'achevait en beauté, des yeux dont l'on remarquait moins la couleur que le vif et profond regard, et dans lesquels, quand elle parlait, on voyait passer l'onde lumineuse de l'émotion intime.

Elle avait ainsi trop d'attrait pour n'être pas remarquée de bonne heure et courtisée ; elle était, d'autre part, trop évidemment des-

1. Le portrait de mademoiselle Le Couvieur a été peint par les principaux artistes du temps : Coypel, Fontaine, de Troy, Van Loo, et peut-être Nattier. Mais nulle de ces toiles n'est venue jusqu'à nous. On connaît toutefois par la gravure les portraits de Coypel et de Fontaine ; le premier est plutôt une figure allégorique, une étude d'expression, qu'un portrait d'après nature. Le second est une œuvre charmante, d'un caractère individuel, intime et vrai. — Voir la notice de M. Monval sur V Iconographie d'Aclrienne Le Couvreur, à la suite des Lettres, page 261.

tinée à la vie passionnelle pour y échapper longtemps.

Le premier de ses adorateurs fut le baron D..., jeune officier du régiment de Picardie, en garnison à Lille. On ne sait rien de lui, sinon qu'après quelques mois d'un bonheur partagé, il mourut subitement, laissant au cœur de sa maîtresse un désespoir violent. Elle se donna ensuite à un officier du duc de Lorraine, Philippe Le Roy, dont elle eut, en 1710, une fille baptisée Élisabeth- Adrienne. Quelques biographes désignent comme père de cette enfant le comédien Glavel, qui fut peut-être l'amant de mademoiselle Le Couvreur et faillit devenir son époux. Après une assez longue solitude morale, elle accepta, en 171 G, Tamour exalté que lui offrait François de Klinglin, fils du préteur royal de Strasbourg, le premier magistrat de la ville. Un an plus tard elle mettait au monde une seconde fille, Françoise-Catherine-Ursule, et presque au même moment le comte de Klinglin, cédant aux instances de sa famille, abandonnait la mère de son enfant pour contracter un mariage avantageux.

Au premier abord, ces liaisons successives, tant d'expériences sentimentales en si peu d'années déconcertent chez une personne aussi distinguée moralement que mademoiselle Le Couvreur nous est tout à l'heure apparue. Mais, plus que les autres, les natures de sa race sont exposées aux brusques surprises du cœur et de la volonté. Elles sont victimes de leurs qualités mêmes : car toujours quelque émotion morale s'associe en elles au plaisir, et donne le change à leur insatiable besoin d'aimer, à leur continuel élan vers le bonheur. Leur âme, d'ailleurs, est ainsi faite qu'elle se résigne à tout, hormis à une activité sans aliment et au vide moral. De là ces passions plutôt subies qu'acceptées, ces ivresses passagères, qui, le réveil venu, demeurent inexplicables à celles-là mêmes qui les ont ressenties. De là ces résolutions folles qui n'ont d'autre raison que d'être des résolutions, c'est-à-dire de mettre fin, d'une manière quelconque, à un état de souffrance jugé intolérable.

C'est ainsi que la chronique du temps put prêter encore pour amants à mademoiselle Le Couvreur le chevalier de Rohan et ce grossier

Anglais, lord Peterborough, dont on connaît l'apostrophe à sa maîtresse : « Allons ! qu'on me montre beaucoup d'amour et beaucoup d'esprit ! »

Le nom de Voltaire fut aussi prononcé. L'un des premiers, il avait apprécié le caractère de mademoiselle Le Couvreur et subi son charme. Plus tard, dans une lettre écrite à Thiériot au sujet de la mort d'Adrienne, il déclarera avoir été « son admirateur, son ami, son amant ». Que faut-il conclure de ce dernier qualificatif? Doit-on prendre le mot au sens platonique et poétique qui avait cours à l'époque ?

On ne sait. Mais, quels qu'aient pu être les rapports passagers de la comédienne et de l'écrivain, un fait reste acquis, c'est qu'elle eut en lui le plus dévoué et le plus ferme des amis. Toujours il lui demeura fidèle et tendrement attaché. Avec une sincérité profonde il lui parlera sans cesse

De la pauvre amitié que son cœur a pour elle.

A l'heure de la mort, il recueillera son dernier souffle et, quand le corps de la mal-

heureuse comédienne sera jeté à la voirie, la douleur lui arrachera les vers qui sont dans toutes les mémoires :

Ils privent de la sépulture Celle qui dans la Grèce aurait eu des autels...

Elle a cliarmé le monde et vous l'en punissez !

Vers 1720, une période nouvelle commença dans la vie de mademoiselle Le Couvreur.

Elle approchait de la trentième année, de cet âge où la femme réalise, avec le complet épanouissement de sa beauté physique, la pleine conscience de sa personnalité morale.

De même que le milieu où elle avait vécu n'avait pu altérer la finesse native de ses sensations, les aventures où elle avait risqué son cœur ne l'avaient ni avilie ni déparée moralement. Mais elle avait gardé de ces épreuves intimes un dégoût amer. Elle avait trop souffert de s'être si souvent trompée sur ellemême et sur les autres, de s'être montrée si crédule et si faible. L'égoïsme des hommes lui

avait infligé la pire des humiliations pour une créature aimanle et fière, celle d'être délaissée comme une fantaisie épuisée, quand elle avait cru se donner pour toujours. Aussi, avec une sincérité parfaite, s'était-elle juré de ne plus jamais aimer. Elle entendait bien rester maitresse désormais de ses actions et de son cœur.

Et depuis quelques mois, en effet, installée définitivement à Paris, se réservant tout entière au culte de son art et aux soins de la simple amitié, elle goûtait en pleine sécurité un calme intérieur qu'elle n'avait jamais connu.

Mais elle avait compté sans ces réveils soudains, ces retours inattendus de notre nature première, qui font d'un être sensible l'objet le plus fragile, le plus illogique et le plus misérable qui soit au monde.

En 1721, elle rencontra Maurice de Saxe.

Du jour qu'elle le connut, elle fut charmée, subjuguée, ravie; il lui sembla qu'elle commençait seulement de vivre. Elle se donna comme elle ne s'était jamais donnée. De ce jour aussi, elle entra dans cet état singulier où l'âme, sans cesse partagée entre la vue de l'extrême félicité et celle de l'extrême infortune

ne connaît plus de repos sans alarme ni de joie sans effroi. Jamais, je crois, le caractère aveugle, inexplicable et impératif de l'amour n'apparut plus évident. Jamais non plus ne fut plus clairement énoncée l'énigme ironique que l'amour semble proposer aux analystes du sentiment humain, en se plaisant à naître aussi bien de la différence que de l'analogie des caractères, du contraste que de la similitude des tempéraments.

Entre mademoiselle Le Couvreur et le comte de Saxe, tout faisait disparate ; sous aucun rapport ces deux êtres ne semblaient faits pour s'apparier.

Physiquement, d'abord, le fils d'Auguste de Pologne et d'Aurore de Kœnigsmarck était d'une carrure et d'une vigueur au-dessus de la moyenne. Passionné pour les exercices du corps, il était capable, en chasse, en campagne, d'accomplir des prodiges de force et d'endurance. C'était un jeu pour lui de rompre entre ses doigts un écu d'argent ou un fer à cheval. Lors de son arrivée à Paris, son air sauvage et ses manières brusques lui avaient fait donner dans les salons le surnom de « san-

glier ». Ce n'est qu'après un long séjour en France, et par l'influence persistante d'Adrienne Le Couvreur, que la fougue animale qui était le fond de sa nature finit par s'amortir et se discipliner.

Elle, au contraire, n'était que fragilité. Ses forces minces, ses traits ténus et la pâleur habituelle de son teint disaient assez la délicatesse de son organisme.

Au moral, les dissemblances se marquaient encore plus fortement. Voluptueux et sceptique, violent dans ses désirs, capable même de cruauté dans la passion, Maurice de Saxe alliait aux instincts qu'il tenait de son père les travers du mondain de la Régence. Il y eut toujours en lui du Sarmate et du roué, ou, comme disait Voltaire, « du LucuUus et du Houssar ». «

Par quelles raisons secrètes s'éprit-il donc de mademoiselle Le Couvreur au point de lui rester, sinon fidèle, du moins attaché pendant neuf années et lui inspira-t-il, en retour, une passion qui ne s'éteignit qu'avec la vie ? Comment une si forte chaîne fut-elle nouée entre deux êtres de complexion si contraire? Sans

doute, mademoiselle Le Couvreur subit d'abord l'attrait mystérieux, la sorte de fascination et de magnétisme que le libertin, quand il n'est pas de race vulgaire, exerce toujours sur l'àme féminine. Or, ce n'était pas un libertin ordinaire que Maurice de Saxe. Il cherchait le plaisir sous toutes ses formes ; mais il n'en goûtait pleinement qu'un seul, celui que procure l'action superbe, l'exercice audacieux de la volonté, la domination sur les femmes et sur les hommes. Jusque dans ses pires excès, il gardait quelque chose de royal.

Sous ces dehors légers et blasés, sa maîtresse découvrit très vite le grand caractère, les qualités fortes et géniales qu'il devait déployer vingt-cinq ans plus tard sur les champs de Fontenoy, de Raucoux et de Lawfeld. Et la perspective d'une influence salutaire à exercer sur un tel homme était bien faite pour tenter une imagination aussi généreuse que celle de mademoiselle Le Couvreur.

Lui, de son côté, goûtait auprès d'elle le bien-être intime que nous éprouvons à nous sentir devinés, compris, sollicités dans nos penchants et nos rêves secrets. Par elle, il prenait

conscience de sa personnalité vraie. Elle entretenait en lui l'instinct d'héroïsme et d'idéal qui était au fond de sa nature, et qui, faute d'emploi, s'égarait en débauches et en frivolités. Et comme, de plus, elle était exquise de grâce amoureuse, comme elle flattait ses sens et son orgueil autant que son intelligence et son ambition, il portait sans impatience le joug charmant qu'elle avait posé sur lui.

Les événements qui marquèrent leur liaison sont connus. L'expédition de Maurice en Courlande, à la conquête d'une couronne ducale, en est le plus saillant. On savait déjà les encouragements qu'Adrienne lui prodigua dans cette circonstance et avec quelle fierté elle inspira son héros. On n'ignorait pas non plus le concours généreux qu'elle lui prêta en lui expédiant un subside de quarante mille livres, prix de sa vaisselle et de ses bijoux. Et certes, elle avait quelque mérite à le seconder ainsi, instruite qu'elle était des intrigues matrimoniales ourdies autour de l'aventureux prétendant, et qui, par une singulière rencontre, faillirent tour à tour lui faire épouser deux futures impératrices de Russie, la prin-

cesse Anna Ivanovna et la princesse Elisabeth Petrovna, l'une nièce et l'autre fille de Pierre le Grand.

Mais ce qu'on savait moins bien, et ce que nous apprend la correspondance nouvellement publiée, c'est l'intelligence pratique, l'esprit de sagesse et de décision qu'elle mit au service de son amant. L'amour avait fait de cette jeune femme, experte seulement aux fictions de l'art, une conseillère excellente dans les choses de la politique et de la diplomatie. On perçoit, dans telle lettre d'elle, la sûreté du coup d'œil et le sang-froid, l'aptitude à juger les hommes et les choses, l'intuition des caractères et des événements, qui assurera aux femmes du xviii^ siècle un rôle si important dans la conduite des affaires publiques.

Enfin, après trois ans d'absence, Maurice revint à Paris, ayant déployé autant d'héroïsme à perdre sa souveraineté de Gourlande qu'il en avait montré à la conquérir. Et l'intimité reprit entre les deux amants.

Que pendant cette longue séparation Maurice soit resté fidèle à sa maîtresse, rien de moins vraisemblable. Il avait soulevé, en Saxe,

en Pologne, en Courlande et en Lithuanie, un véritable enthousiasme parmi les femmes.

Toutes les grandes dames de Dresde, de Varsovie, de Mittau et de Riga avaient pris parti pour lui et entraîné leurs maris dans sa cause. <i Le comte Pociey *, disait un des ministres de Frédéric-Auguste, s'est engagé dans cette affaire comme Adam dans le péché, séduit par sa femme. » Elles l'avaient aidé de leurs vœux d'abord, puis de leur influence, enfin de leur bourse. Aussi, lorsque, le 28 juin 1726, la Diète de Mitlau l'avait proclamé duc de Courlande et Sémigalle, elles avaient exulté d'allégresse. « Les femelles n'en dorment pas de joie, écrit l'ambassadeur de Saxe à Saint-Pétersbourg. S'il ne vient pas bientôt, j'appréhende qu'elles ne lui courent au-devant. Autant de mille écus que notre héros va faire d Actéons m'accomoderaient fort. »

Et pourtant mademoiselle Le Couvreur recevait de Maurice des messages fréquents et affectueux. Au milieu des intrigues les plus compliquées et des équipées les plus aventu-

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