‹ Profils de théatreChapitre 15 sur 32 · I. M. Got m'a dit que c'était Hippolyte Rolle · texte numérisé non relu

I. M. Got m'a dit que c'était Hippolyte Rolle

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Fechter, jusqu'au jour où, appuyé par l'excellent Provost, votre maître, et présenté par Arsène Houssaye, votre administrateur, vous étiez élu sociétaire, ayant attendu ce titre pendant six ans. Et vous étiez nommé pour l'emploi des seconds comiques.

Il est bien loin, mon cher Doyen, le temps où c'était un second comique qu'on choisissait et qu'on applaudissait en vous ! Le débutant du 17 juillet 1844 est devenu le glorieux comédien que nous honorons aujourd'hui. Il a, dans toute une existence de recherches, de pensée et de travail, ajouté un nom à l'histoire de l'art dans notre France qui compte tant d'admirables artistes. Le jeune homme, que le critique anonyme saluait comme un comédien littéraire, est devenu le collaborateur averti et puissant des Augier, des Dumas, des Musset, des Vacquerie, des Pailleron, de tous les maîtres de la scène moderne, sans compter le vieux répertoire où, du Matamore de Corneille au Dandinde Racine, il a animé de sa verve et de sa fantaisie personnelle les créations immortelles des classiques. Il a été, je répète — ce qu'on lui disait lors de ses débuts — Vhomme qui voit les idées derrière les mots et donne aux mots la couleur des idées. Il a incarné pour plusieurs générations successives

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la vie et la vérité humaine qui assurent la durée à ce qu'il y a de plus passager en apparence dans l'art : le génie de l'artiste dramatique.

Qu'il y a longtemps de ces soirs de mes premières soirées d'étudiant où, entrant à la Comédie-Française, je trouvais quelque chose de mes rêves exprimé par vous dans une déclaration d'amour du Duc Job, ou dans une amère et ardente protestation de Giboyer. C'était tout le contraire d'un poète que Léon Laya, et cependant voiis donniez je ne sais quel poignant accent de poésie à la description d'une petite boucle blonde entrevue dans la fumée de la bataille. Et ce Giboyer, que vous jouiez encore hier, de quelle inoubliable façon l'avez-vous fait vivre I Personne n'a été plus pittoresque et plus profond que vous. Le comédien m'a semblé quelquefois comme un poète en action, un trouvère qui paraît, disparaît, apporte et emporte de la poésie et du rêve. Eh bien, dans votre carrière. Maître Guérin, Mercadet, Poirier, le rabbin de VAmi Fritz, Jean Baudry, le père de Denise^ le vieux Le Goez du Flibustier sont comme des poèmes de vie, dont la figure de l'abbé d'il ne faut jurer de ne/i serait un sonnet.

Mais ce n'est pas, à dire vrai, le comédien seul que nous fêtons aujourd'hui. C'est aussi,

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permettez-moi de vous le dire, le bon et fidèle serviteur de l'admirable institution que j'ai le grand honneur de diriger et que vous avez noblement servie.

Pendant les longues années qui nous séparent de vos débuts, vous avez été, en effet, pour les administrateurs qui se sont succédé à la tête de la Comédie, un collaborateur tantôt éclairé, dévoué, tantôt indépendant. Vous avez apporté dans votre amour pour la vieille et glorieuse Maison une passion qui, parfois, avait les soubresauts mêmes de toute passion sincère et vous avez — pourquoi ne pas le rappeler, puisque aujourd'hui nous faisons de l'histoire .^^ — jo^é Je Dépit amoureux autre part qu'au théâtre \ Mais Gros-René était toujours fidèle à Marinette, et vous avez tour à tour réclamé et reconnu les libertés et les droits de la société.

Vous avez même été directeur ou quasi-directeur de théâtre. Pendant une période de temps assez courte, mais singulièrement critique et douloureuse, vous avez, à Londres, au lende-

I. Ed. Got fut un insurgé, à une heure de son existence. Il plaida contre la Comédie et M« Léon Clérv, en son nom, fit alors une vive et militante plaidoirie. Il rédigea, pour le Ministre, tout un projet de refonte des décrets et dans ce travail, demeuré inédit et inutilisé, il y avait un grand esprit de justice et un espoir de rajeunissement. Got ne parlait plus, du reste, de cette codification nouvelle dans les dernières années de sa vie.

Claretie II

main de la guerre, organisé des représentations qui permirent à vos associés demeurés à Paris de vivre et à la Comédie de survivre. Le moment était tragique. Devant la caisse vide, quelques-uns de vos camarades, de ces alarmistes qu'on rencontre à toutes les époques, désespéraient de l'avenir et parlaient de liquider l'association. C'est alors qu'avec une partie de la Compagnie vous êtes allé donner en Angleterre des représentations qui assurèrent le paiement des appointements et des dettes de la troupe de Paris. Vous seul pourriez dire par quelles mains généreuses furent versés les premiers fonds dont vous aviez besoin pour ouvrir cette succursale du théâtre à Londres*. Mais je peux dire, moi, comment et au prix de quels sacrifices vous apportiez à vos camarades de France l'argent que donnait à notre répertoire le public anglais. Vous êtes, pour cela, revenu, . un jour, sous les balles de 1871, et leurs sifflements sont les seuls sifflets que vous ayez jamais entendus.

Vous m'avez souvent parlé, d'ailleurs, avec une sorte d'ironie particulière de votre temps de directoriat. Il paraît que diriger les comédiens

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