I. C'est le duc d'Aumale qui fut ce prêteur discret
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est chose délicate, difficile, et c'est vous qui me l'avez répété... après Molière. Je vous avoue qu'il est assez facile d'administrer quand on a devant soi des artistes tels que vous, dont les opinions et les intérêts particuliers cèdent toujours devant l'intérêt général. Dans les conseils de la Comédie, autour de cette table du cçmité 011 viennent expirer les légendes ou les propos de coulisses et de couloirs et où je n'ai jamais trouvé que d'honnêtes gens disant librement leur opinion, vous avez toujours apporté le concours de votre autorité et le poids de votre expérience pour reconnaître les droits de l'administrateur, qui sont la sauvegarde même de la charte de la maison.
Je ne vous adresserais qu'un reproche, c'est de nous avoir privés trop tôt de l'expérience de vos traditions et de vos lumières. Vous avez été plus fidèle à la scène qu'au comité et vous savez pourtant que vous étiez aussi écouté de vos camarades que vous êtes aimé du public.
Savez-vous pourquoi, mon cherDoyen.^ C'est que vous ne vous êtes pas contenté seulement de montrer comment on joue admirablement des rôles ; vous avez donné, — comme vos aînés du reste, comme tous les artistes illustres qui ont fait la renommée de la Comédie-Fran-
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çaise, — l'exemple du dévouement absolu à une institution qui vous doit un nouvel éclat de gloire. Mais vous avez toujours réjDété bien haut que cette renommée et cette sécurité dans la vie artistique qui assurent au comédien l'indépendance matérielle et surtout morale, c'est à la Comédie-Française qu'il les doit aussi. Il y a entre la Comédie et le comédien un libre échange de renommée. Et les succès, les règles, les devoirs de la Comédie ont été les vôtres. Vous avez travaillé pour votre maison en travaillant pour vos associés et pour vous-même.
Je n'oublierai jamais, mon cher Doyen, avec quelle éloquence familière et rude, un jour que vous parliez, dans ce comité où, je le répète, vous auriez dû rester, à un sociétaire annonçant prématurément ses désirs de retraite, vous rappeliez à chacun ce qu'il devait à l'œuvre commune :
(( Nous sommes, ne l'oublions pas, disiez-vous à A os camarades, des privilégiés de l'art dramatique. Combien d'artistes, qui nous valent bien, n'ont pas eu comme nous la vie facile et la vieillesse heureuse, parce qu'ils ont dépensé leur talent dans les hasards des théâtres d'aventure ! Songeons à leur destinée, si différente de la nôtre, et disons-nous qu'en échange des avan-
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tages et de la respectabilité que la Comédie- Française nous assure, nous lui devons, jusqu'à notre dernier soufïle, jusqu'à notre dernier effort, notre talent, notre travail et notre nom. Nous sommes un théâire oii les jeunes viennent se faire et les vieux se refaire. Servons la Maison, dont le toit est solide et dont le drapeau est fier. »
En un mot, mon cher Doyen, vous avez été fidèle à la parole donnée. Lorsque les candidats au sociétariat sollicitent — avec quelles protestations de dévouement, vous le savez î — l'admission dans la société, lorsque élus, ils vont, devant notaire, donner leur signature et adhérer librement au contrat qui vous lie tous, ils ne songent pas à monnayer plus tard le titre qu'alors ils réclament, à tirer parti de la renommée qu'ils ont acquise, non seulement par leur propre mérite, mais par la collaboration, le voisinage, les traditions, les souvenirs de la Maison. Ils ne pensent, disent-ils, qu'à la gloire d'appartenir à une institution à laquelle ils se vouent tout entiers. Il n'y a rien là que de très simple et c'est un contrat pareil à tous les contrats. Vous avez été respectueux de ce contrat librement consenti, vous avez, pendant cinquante années, travaillé à la prospérité, à la bonne renommée, à la durée
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de la Comédie-Française. Voilà, sans parler de votre valeur artistique, le mérite de votre destinée. Bien souvent les années ont été dures, les épreuves douloureuses; vous avez connu des mois de décembre sans partage et des époques où le théâtre encaissait à peine autant de recettes en un an qu'aujourd'hui en un mois. Vous avez toujours porté le devoir avec résolution et la mauvaise fortune avec bonne humeur, en artiste et en soldat.
Et c'est pourquoi, mon cher Doyen, en mémoire des services que vous avez rendus à la Comédie, je vous remets cette médaille où d'un côté, avec la date du véritable décret qui nous régit, 1680, vous trouverez le profd de Molière qui prit pour tâche, comme vous, d\iniuser les honnêtes gens, et, de l'autre, ces deux dates qui nous sont chères : i844, celle de vos débuts, 1894, celle de votre cinquantenaire, avec quelques mots plus éloquents que tous les longs discours :