MOUNET-SULLY
ne soit pas un adieu. Aujourd'hui, Dieu merci, il ne s'agit pas d'un départ. Il s'agit dune halte en pleine victoire : Des amis ont voulu vous fêter sans autre prétexte que de cherclier l'occasion de vous dire qu'ils vous admirent, qu'ils vous aiment.
S'agit-il, en effet, de célébrer une nouvelle consécration officielle de votre talent ? A-t-on arroiidi le ruban rouge que vous portez à la boutonnière? Vous a-t-on appelé a monter dans quelque chaire d'enseignement dramatique ? Avez-vous le droit de porter cet habit vert que Mole et Grandmesnil ont endossé il y a un siècle et qui vous irait tout aussi bien que la toge d'Œdipe ou le pourpoint d'Hernani ? Non, des jeunes gens, des artistes, des spectateurs, qui ont, dirais-je volontiers, comme Charles X, payé leur place au parterre, se sont réunis dans un généreux mouvement d'enthousiasme pour fêter en vous un grand artiste et un grand art, le grand artiste qui s'unit en votre personne à l'honnête homme, et l'art que vous et vos camarades honorez, l'art glorieux où notre France est maîtresse et qui fait sa puissance par le monde, l'art oii excellent nos poètes, nos dramaturges, nos comédiens, l'art du théâtre !
Et si l'honneur très mérité qui vous est fait
par CCS admirateurs enthousiastes ne rejaillissait pas et sur la plus glorieuse Maison d'art de notre France et, je dirai, sur votre profession même, j'aurais été, parmi les convives de ce soir, prendre ma place à côté de vos hôtes, et je me serais contenté de faire ici ce que je ne puis faire làbas, dans ma loge, vous applaudir, mais l'administrateur de la Comédie prend aussi pour la Comédie sa part de joie et sa part d'hommages ; et c'est pourquoi j'ai accepté de présider ce banquet auquel je voulais surtout assister en spectateur et, je vous le répète de tout mon cœur, en ami.
Un autre devait s'asseoir ici, à vos côtés, dont je ne puis oublier le nom aimé, et à qui je veux envoyer le plus profond et le plus ému des souvenirs. C'est le Directeur des Beaux-Arts à qui notre tristesse envoie la pensée la plus profonde, non comme une consolation vaine et ici presque sacrilège, mais comme un témoignage de respectueuse affection et de fidèle amitié.
M. Roujon vous eût dit toute notre sympathie, mon cher Mounet. Moi j'aurais toujours eu un droit particulier à vous parler aujourd'hui au nom de tous, parce que — je le constate sans modestie — il y a longtemps, très longtemps que je vous ai deviné.