LES BARBIERS DES TIGRES
riante. Madame MariielTc le rassure en lui disant son secret : sa sœur morte, le vol de dnîvel, etc. Kli bien! ce secret, elle le lui dit dans Tentr'acte, et le public n'en sait rien (\nii la fin de la pièce, et le public passe f[uatre actes à se demander qu'est-ce qui a si vite apaisé ce jaguar de Montés, et comment madame Marneffe peut être pure en volant de telles sommes à deux hommes qui, en définitive, n'ont pas envei-s elle, aux yeux du spectateur, d'autre tort que d'être amoureux d'elle. VA le public se casse la tête, et cherche, et c'est là l'intérêt de la pièctî, et c'est là l'adresse des vaudevillistes. Au lieu de mettre l'intérêt dans le développement d'un sentiment ou d'un fait, les vaudevillistes le mettent dans la dissimulation de l'idée; au lieu de surprendre la foule par ce qu'ils trouvent dans le sujet, ils l'intriguent en cachant le sujet même. Ce n'est plus une étude, c'est une énigme. L'analyse est changée en rébus. — Froment-Meurice me disait, un jour, un mot trèsfin en me montrant un coffret -bijou qu'il venait d'achever. Ce coffret avait une serrure d'un gofit excellent et d'un travail exquis, à l'occasion de laquelle nous vînmes à parler d'un orfèvre qui, dans ses coffrets, place et dérobe tellement la serrure qu'on ne l'aperçoit pas : — Il la cache, me dit Froment-Meurice; moi, je la ciselle. — Toute la différence entre les vaudevillistes et les poëtes est dans ce mot.
Méprisable adresse, qui fait de l'art un escamo-
tage et du drame un tour de gobelets! Mais que voulez-vous, si Tescamotage est ce qui plaît au public? Les escamotages sont les miracles bourgeois.
Deux cousines. Toutes deux sont jolies, toutes deux sont intelligentes, la nature les a faites égales.
Il n'y a entre elles qu une différence sociale, mais cette différence suffit à rompre l'équilibre naturel : l'une est riche et l'autre est pauvre. Ces beaux arbres sous lesquels elles ont joué dans leur enfance, et sous lesquels elles causent maintenant, sont à l'une des cousines, qui pourrait dire à l'autre : va-t'en! Si elle la laisse respirer les roses, rêver dans les allées, épanouir à la tombée du jour ces délicates fleurs du cœur dont la lune est le soleil, c'est pure chariié de sa part. Elle lui prête son bois, son lac, ses oiseaux et son ciel; mais elle est libre de les lui retirer dès qu'elle voudra.
Alors, la cousine pauvre les hait, ces fleurs qui sont à l'une plutôt qu'à l'autre, ces arbres injustes! Et elle hait cette cousine qui lui fait de l'air qu'elle respire une aumône. Elle se vengera.
L'n jeune homme se présente, beau, spirituel, un comte; il va sans dire que ce n'est pas la pauvre qu'il épouse. N'importe! elle le veut, elle l'aura, elle l'arrachera à sa cousine, elle défera ce ménage