IMPORTANCE DES MYTHES ET DES ÉPOPÉES
Les besoigneux éprouvaient à leur tour la volupté décrite par le poète *
de nager dans la graisse de Tor, de roidir le menton contre un ilux de richesses ;
Tauleur, psychologue à $a manière, flattait les appétits de ses auditeurs, puis procédait à la collecte. I/ode se terminait par un Miserere, Domine\ Les clercs d'alors chantaient pour gagner leur soupe; dans les siècles plus mûrs les poètes chantent après avoir dîné : différence de deux inspirations.
On a reproché aux Français de n'avoir pas la tête épique. Les Russes l'ont-ils? Leurs épopées ont chez nous des admirateurs qui se plaisent à opposer à la rhétorique artificielle ces récits naïfs. M. de VogQé s'écrie : « Ahl la pauvre besogne, le travail du lettré qui cisèle péniblement son bijou d'apparat! Il y a plus de magnificence dans Timagination de cet auteur anonyme, le peuple, et dans cet humble cœur plus de poésie, parce qu'il y a plus de foi, de simplicité et de douleur ! » L'auteur du Roman russe semble admettre la théorie de Wolfsur la spontanéité collective des épopées. J'ai eu l'occasion de railler cette thèse dans ma Littérature allemande) car ces mots : Poésie populaire me réjouissent toujours, accolés, par exemple. Au Clair de la lune, œuvre de Lulli, à la ronde Les iMuriers sont coupés, œuvre d'une marquise, etc. La prétendue poésie populaire, chantée comme telle dans les faubourgs, est fabriquée sur commande par des lettrés; certains en livrent quinze par mois, d'après contrat sur papier timbré... Il faut vivre, Monseigneur! Et leur savoir-faire pondérant, dosant la foi, la simplicité^ la douUur, l'âme du peuple vibre. Que d'antiquités pompéiennes fabriquées à Limoges! Que d'arquebuses, ayant servi à Charles IX, retirées de la Seine ! Le pastiche