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l'orthodoxie 45
chercher par Varsovie la route de Moscou ; et il me semble avoir expliqué assez clairement pourquoi cette propagande, triomphante en Pologne, se heurta en Russie à une invincible antipathie qui n'a pas épargné les saints, et dont on rencontre, chemin faisant, l'aveu naïf. Suivant une légende, un paysan embourbé pria Kassian, saint catholique, de l'aider à hisser sa charrette; celui-ci refusa, alléguant qu'il ne voulait pas crotter son costume céleste. Sans l'aide du bon Nicolas, la charrette serait encore dans la mare. De sorte que le bon Dieu, après avoir admonesté le saint romain, le cassa aux gages, et ne lui laissa place dans le calendrier qu'aux années bissextiles ; l'autre, au contraire, fut dédoublé et l'on fête la Saint-Nicolas d'hiver et la Saint- Nicolas d'été. (6 déc. et 9 mai.)
Au sud, à l'est, l'orthodoxie slave n'eut rien à craindre des Turcs ni des Mongols, peu ou point convertisseurs. Un exemple entre cent : <« Lorsque Cyrille et Méthode prêchèrent dans le pays des Khazars, le Khan leur dit que lui-même dédaignait le baptême, mais qu'ils pourraient le donner librement à qui voudrait » (Porphihiev, J82). Ce barbare me plaît. Les Tartares, une fois leur suprématie incontestée, respectèrent même les immunités des monastères, et elles étaient grandes * ! Quand on se rappelle comment nous, chrétiens, avons procédé.
Quand j'ai pu voir comment Torquemada sV prend Pour dissiper la nuit du sauvage ignorant, Comment il civilise et de quelle manière Le Saint- Ofûcc enseigne cl fîiit de la lumière —
(V. Hugo).
on ne doute que de la barbarie des autres.
'Jualilé nationale* plutôt que legs mongol, cet esprit de
1. MuiiacTiJpif... iio.ibHomumii Go.ihHni.Mit .ii.roTaMii ; ruMii TaTajua lie paHp7ma.iii 3thx'i, .ii.mn». ^Vodovozov, i63).
2. Alexandre Paviovitch recommande aux prêtres « de s'abBlenir de toute influence sur la conscieuce des hommes dans les affaires de re-
tolérance explique la facilité avec laquelle les Russes s'assimilent les vaincus; il est de saine logique que vous ne touchiez pas à la foi d'autrui quand vous défendez de loucher à la vôtre. Les divergences de dogmes ne sont d'ailleurs pas assez brusques pour que nous nous traitions mutuellement d'hérétiques; combien savent en quoi Photius avait tort ou raison? savent depuis quand la fameuse phrase — Qui ex Pâtre Filioque procedit — a cessé d'être une hérésie? D'après un témoin compétent (Bcedeker), — « leur office divin consiste en une série de gestes et d'actions, dont le sens est depuis longtemps perdu pour la foule*. » Ce symbolisme n'en est pas moins poétique et pourra mettre en éveil la pieuse curiosité des visiteurs d'une église grecque. Après avoir contemplé l'ensemble byzantin de ce temple peint et doré^ examinez les menus ustensiles du culte. Le tabernacle rappelle le tombeau du Sauveur; les bannières montrent Jésus vainqueur de l'enfer et de la mort ; ces écussons (ou éventails) à têtes d'ange, au bout d'un bâton, nous indiquent que les anges et les séraphins assistent, invisibles, aux saints mystères ; l'eau bénite « fortifie les muscles, guérit les maladies, conjure la méchanceté des ennemis... Aussi les vrais croyants la boivent*. » Cette fourchette nous remémore les pincettes du prophète Isaïe — « un séraphin vola vers moi, ayant dans sa main un charbon vif qu'il avait pris de dessus l'autel avec des pincettes, et il en toucha ma bouche... » (vu, 6). — L'étole (toile blanche) rappelle le linceul du Christ; la chasuble (brocart ou soie) la gloire de Jésus; la ceinture, le zèle à servir Dieu ; Técharpe, les ailes des anges, ou bien encore le chiffon que tenait Jésus au lavement des pieds; les manchettes, les menottes de Jésus devant Pi-
ligioD,et de s'interdire toute tentative pour les détourner de lear culte. » (Décret du 4 juillet i803.)
1. La messe du mariafçe a fourni à L. Tolstoï un joli chapitre de son roman : Anna Karénina,