RoMAPiov, Liturgie^ p
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late; la crosse est le symbole de la puissance* , etc. Mais le rôle principal est joué par les chandeliers. Ainsi le chandelier à tige droite symbolise la colonne de feu dans le désert; le chandelier à deux branches n la double nature, divine et humaine, de Jésus; à trois branches zz les lumières de la Sainte Trinité; à sept branches zz les sept mystères et les sept dons du Saint Esprit. Le lustre rond est l'image du ciel étoile ; etc. De plus, les chandeliers symbolisent aussi notre âme flambant d'amour pour Dieu, conformément à ces profondes paroles de l'Evangile [Saint Matthieu, V, 16) : « On met la chandelle sur un chandelier et elle éclaire. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes ! » L'usage des chandeliers pour le service divin daterait de Tépoque des persécutions, lorsque les fidèles devaient se tapir dans les cavernes, catacombes, lieux obscurs; date peut-être de plus loin ; car, suivant le rituel de Romanov (p. 33), la première église fut établie par nos premiers parents, Adam et Eve.
Je ne touche ainsi qu'aux plus futiles accessoires^ discrètement, n'osant frôler les dogmes ni les mystères, ce (pii se passe au ciel, moi qui ne puis seulement voir ce qui se passe sur la terre, xi èv oupavw^ cq o-joï 'ol èv Tfj yfj y.aOspav £$jvaTO. Sans discuter, croyons, et adorons les dieux qui ont cure de nous, les dieux philanthropes ; mais il nous faut bien parler ici de la religion qui fut, en ces vieux siècles, la seule forme de Texistence intellectuelle! Qui parlerait gravement de la littérature russe au x^ siècle prêterait à rire. « Pendant plusieurs siècles notre immobilité spirituelle fut absolue », confesse loyalement le professeur Vodo-
\. « Doiâ-je rappeler que, dans uotre culte, le via, le lait, le beurre, le miel, rhuile (11 y a de l'huile dans la maison du juste! Prou., xxi, 20} sont des figures de la grâce? L'eau, parce qu'elle désaltère; « car, sui- " vant Tertullien, nous sommes autant de poissons mystiques qui ne M pouvons vivre en dehors des eaux salutaires de la grâce divine » (Manuel dlnst, religieuses par un missionnaire diocésain . Delhommc, éditeur, 1890.)
vozov (p. 128). Pendant plusieurs siècles, la Russie se lut, souffrit et attendit, dans Tauguste gestation de sa grandeur future, — neque vicfa in lacrymaSy neque vocp suppiex, gravidum uterum intupns.
La première manifestation littéraire fut la copie de manuscrits. C'était une oeuvre pie, assurant le salut du copiste et de ses lecteurs fidèles, à laquelle s'astreignirent des princesses (sainte Euphrosyne, xii® siècle) et des rois (Siméon, de Bulgarie). Les riches illettrés payaient un scribe, puis donnaient le nouveau manuscrit h un couvent ; et le mérite était pour eux, si le salaire était pour le scribe. Naturellement les plus zélés et les plus aptes furent les religieux ; le
couvent faisant des loisirs.
Ainsi fut écrit le célèbre Evangile de 1056 pour Oslroinir, gouverneur de Novogorod * C'est la pure langue de Cyrille, et son importance philologique est inappréciable. — Puis vinrent les traductions et les compilations ; la Bulgarie et la Serbie en eurent quelque temps la primeur ; elles servirent de transition du grec au slave.
Le liecueil de Sviatoslav date de 1073 ; il renferme des sermons, des extraits des Pères, des résumés historiques, des recettes médicales, etc. Bref, ces livres étaient le produit timide ou défiguré de la science byzantine. Aristote, Hippocrate, Moïse, Jules César, Constantin, Gog et Magog, Salomon, etc. y vivent pêle-mêle, f^e recueil d'^ Macaire, les T chétiUMlnêi (Vie des Saints) a douze gros volumes, et le style est lourd et prétentieux.
(Jue tout cela est loin de nous ! Cette érudition fut naturellement de nulle influence sur le peuple, sur les paysans ; mais le byzantinisme, qu'on a si durement critiqué, a rendu service jusque par ces rejetons extrêmes de sa floraison. Les Pères grecs avaient compris qu'il fallait étudier les ora-
1. Ce mauuscrit est ù la Bibliothèque de Saiut-Pétersbourg, près du Coder Sinaiticus^ qui date du iv* siècle.
leurs profanes et tourner leur art à la gloire du christianisme ; aussi le byzantinisme, malgré tous ses défauts, a l'honneur d'avoir conservé les traditions de la sagesse antique, jusqu^Y ce que rOccident fût prêt à reprendre le flambeau. Le célèbre couvent du Mont-Athos servait de refuge aux moines instruits ou, du moins, désireux de s'instruire; sa bibliothèque, enrichie aux dépens de Constantinople, enflait toujours, si bien qu'on espérait encore, il y a cinquante ans, retrouver sous le fatras théologique une Décade de Tite-Live, les Annales de Tacite. A deux mille [)ieds de hauteur les moines contemplaient les flots bleus de la mer Kgée, Lemnos, séjour de Vulcain, ce limpide horizon plein du souvenir des divinités païennes que leur christianisme avait terrifiées, et triomphaient de voir Vénus en fuite. Il leur avait sufli <le se montrer. Ce Mont-Athos (aujourd'hui, Ifagion Gros, la montagne sainle) fut pour les Slaves «« un phare dans la nuit morale. » Bien. De là partaient les missions ; là se recrutaient les saints. Les frères émerveillés écrivaient la Vie du bienheureux défunt, et comptaient à leur mort sur le même service *. Dans cette volumineuse hagiographie nous choisissons la vie de saint Sabba (ou Sa va), à cause de son rôle historique. Ce fut lui (pii aflVanchit religieusement et politiquement la Serbie de la suprématie du patriarcat de Byzance. Ses mérites de saint viennent pardessus le marché. (Enlre 11G9-1237.)
Son vrai nom est Hast ko ;du verbe imwtii, croître, dans la crainte du Seigneur, évidemment). Ses parents désirèrent un fils si ardemment que, pour l'obtenir du ciel, ils firent vœu de vivre ensuite, jusqu'à leur dernière heure, chastes, séparés de corps. Ils jouèrent leur dernier atout. Le ciel les
J. Comme le parcbemia coûtait cher, uos frères copistes preoaieut un manuscrit antique, grattaient nn chef-d'œuvre et badijçeounaient leurs élucubratioQâ. Ainsi fut massacré le i)e tepublica de Cicéron. Sur ce texte inestimable, un idiot étala son jargon. Tacite souffrit peut-Olre le même supplice. Au xi^^ siècle, les lyrii^ues grecs existaient eurore : le pape Grégoire VII les lit bri'iler!
exauça et Rastko, bien élevé, joli garçon, fit leurs délices. A dix-huit ans il eut si bonne figure que ses parents résolurent de le marier, et n'eurent que Tembarras du choix, les belles filles ne manquant pas en Serbie *. Ils hésitaient entre les brunes et les blondes, lorsque arrivèrent des moines du Mont-Athos qui « recherchaient l'aumône, » Rastko, joli garçon, bien élevé, n'hésita pas : il préféra les moines. Un court entretien lui enseigna Fart de feindre :
Pour duper sa famille il fit envoyer dans la montagne son équipage de vénerie, ordonuaiil de préparer belle battue, belle chasse à courre... Et quand vers le soir sa suite fatiguée s'endormit pesamment, Rasiko courut rejoiudre son moine affidé.
C'est à grand'peine que ses parents purent revenir à la vie, aspergée (Veau froide.
Le prince envoya à sa recherche un voyvode (général)^ lequel pénétra dans le couvent et retrouva le drôle, qui d'abord le supplie de l'y laisser, puis, le voyant inébranlable, prêt à le prendre au collet, se dégage par une bordée de mensonges. La grâce opérait.
Il serre dans ses bras le voyvoie, l'appelle tendre ami! et s'écrie •. Réjouis-toi! Le goût et le sens do la jeunesse changent souvent... Je m'imaginais déjà goiUcr la paix des bienheureux... Maintenant, mieux instruit, je sais, hélas! ce qu'oiïre la vie claustrale .. Merci, tendre ami, d'avoir pris la peine de me contraindre au retour. .. Et tandis que ses lèvres proféraient ces paroles, sa pensée se portait secrètement ailleurs.
Le temps pressait, les chevaux piaffaient... Les moines clignent de Toeil, apportent du vin et versent si bien le coup de Tétrierque les mécréants sont ivres. Or, tout est prêt dans la chapelle; le prieur abrège le noviciat et voilà Rastko tonsuré, moine correct.
1. Voir L Epopée serbe, de M. A. Dozon, le regretté profeggeur de rÉcole des Langues orieutales.