‹ Profils et types de la littérature russeChapitre 26 sur 148 · VIE DES SAINTS · texte numérisé non relu

VIE DES SAINTS

Dépités et furieux, les soldats se mntitienL Le saug des soldats bout dans leurs veines. Ils se ruent sur les prôtres et le? rossent brutalement: Quelle est eettc perfulle que vous venez de eommettre, ô P»îres révérends? Nous méprisons votre maliee diabolique. Ce fripon (montrant un des moines) est venu en Serbie nous demander laumone, et ensuite il outragea le prince qui vous a comblés de dons. Il suborna le fils dans les bras de son père et s'enfuit avec lui... Vous avez abreuvé ses parents de mortelles larmes... Vous proposez-vous de le retenir plus longtemps encore dans les fllets de vos infâmes intrigues? Dans votre égoïsme présomptueux et dans votre sainteté supposée, croyez-vous être au-dessus de toutes les lois et en dehors de Taccomplissement des devoirs humains? N'estce pas vous qui, vous abritant derrière la sainteté et Tinnocence adhérentes à Tétat sacerdotal, pensez pouvoir commettre impunément toutes les abominations? Qu'y-a-t-il donc de sacré pour vous?...

Pendant ce temps, notre nouveau saint était perché sur une colonne, dans une cour du monastère. Il n'eu descendit que lorsque tout danger eut cessé. Ses frères, roués de coups, se traînèrent pourTembrasser, lui montrant leur corps bleui, leurs plaies, foulures et bosses. Le prudent Sabba les exhorta à patience. Le voyvode revint narrer l'équipée,

et le prince sut tout ce qu'il y avait d'ignoble et de perlide dans la conduite des moines,

écrit textuellement Domitien, moine lui-même. C'est amusant.

Abrégeons cette Vie d'un saint. 11 ne buvait que de « l'eau, encore en usait-il fort modérément, » Voilà pour la sobriété. Il devint archevêque de Serbie, sacra Etienne autocrate, puis

fit une tournée dans les provinces de sa patrie, exhortant les hérétiques obstinés, nommément les catholiques romains, expulsant du royaume ceux qui ne se convertissaient pas.

Voilà pour la charité. \u cours de ces tournées pastorales la plante de ses pieds s'était durcie au point qu'il ne crai-

gnait plus de se heurter aux cailloux. Voilà pour la propreté. — Miracle :

Étant sur mer il désira, ayant des crampes d'estomac, manger du poisson frais. Aussitôt une vaf?ue couvrit le tillac, jeta un gros poisson sur la poitrine du saint, et se retira sans même l'avoir mouillée... Dès que le saint eut goûté de ce poisson merveilleux, il fut soulagé.

Ce miracle eut évidemment lieu en avril. A. Chodzko, qui publia cette biographie (1858), ajoute qu'en Tan 1599 les Turcs brûlèrent les reliques de saint Sabba, mais que, nonobstant, on peut toujours les voir intactes et les acheter par menues parcelles.

Ces récits édifiaient les (îdèles, égayaient les veillées. Pour varier, on se répétait en famille les devinettes proposées à Salomou par la reine de Saba, par exemple lorsqu'elle lui présenta des filles et des garçons déguisés. Le sagace Salomon les discerna en les invitant à se laver. Les filles se débarbouillèrent, les garçons s'étrillèrent*. On dit même que le psautier servait à la bonne aventure : on tirait au hasard un verset que l'on commentait et dépeçait à la façon de Panurge. Les savants préféraient lire l'Apocalypse et hochaient la tête aux bons endroits.

Les livres favoris furent cependant les Anlhologiesj ofi*rant grand rapport avec nos almanachs. Elles résumaient péleméle l'érudition d'alors. Une mention est due à la traduction slave des écrits de Jean de Damas. (La plus ancienne copie

1. Pour évincer les curieuses qui essaient, déguis6e:<, de visiter leur cloitrei les Chartreux usent de malices semblables ; par exemple, ils jettent une bUle. Aûn de l'arrêter, les hommes rapprochent les jambes; les femmes, par habitude, les écartent.

« Vous souvenez- vous du temps où presque tous les rois de la terre, étant dans une profonde paix, s'amusaient à jouer aux énigmes, et où la belle reine de Saba venait proposer tête à tôte des logo^'riphes à Salomon? — Oui, ma méro; c'était un bon temps, mais il n'a pas duré » (VoLTAiRK, Eloge de la Raison).

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