‹ Profils et types de la littérature russeChapitre 31 sur 148 · LES TARTARES DE GRIMÉE · texte numérisé non relu

LES TARTARES DE GRIMÉE

poète : le goût et la sobriété. Dans une lettre à Viasemski (4825), il fait à ce sujet une profession littéraire :

Le style oriental fut pour moi un modèle... autant qu'il est permis à nous autres, Européens froids, raisonnables. A propos, sais-tu pourquoi je n'aime pasMoore? Parce qu'il est trop oriental. Il imite puérilement, énormément, les puérilités, les énormités de Saadi, de Hâfls et de Mahomet. Même dans Tcxubérance orientale l'Européen doit garder le goût et le sens d*un Européen.

Cette critique ne s'applique-t-elle pas au Victor Hugo de 1830?

Sans Pouchkine, qui se soucierait aujourd'hui de ce palais des khans de Crimée ? Les années ont passé, amenant l'oubli, apaisant la vieille haine ; Russes et Mongols se sont réconciliés. En Crimée, les deux races se fondent peu à peu. Dans la province de Kazan,où ils comptent près de 500,000 individus, ces Asiatiques vivent sans doute à part, mais en bonne intelligence avec les Européens ; leur type se perpétue régulièrement et, sous le costume national, prête au pays une agréable originalité. Les femmes se fardent à l'excès, les maris sont des commerçants très madrés ; leurs mœurs sont donc proches des nôtres. Le gouvernement russe récompense leur fidélité (je parle des hommes) par une large tolérance religieuse, et nous montre comment une sage politique traite les vaincus musulmans : elle les protège, leur bâtit des mosquées (Kazan en compte neuf) et s*acquîert ainsi des sujets utiles et dociles. Nous, Français, chrétiens d'Occident, faisons de nos sujets arabes des rebelles et des malheureux.

LesTartares sont très intelligents, « presque tous savent lire, écrire, compter. Leurs écoles sont bonnes ; on y enseigne dans les classes supérieures Tarabe et le persan*. Ils reçoivent les étrangers avec une charmante cordialité.» (B£DEKGR, Russland.) Et Kazan prospère.

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Ainsi s'accomplit la genèse

Du grand rien d*où natt le grand tout.

Dieu pensif dit : Je suis bien aise

Que ce qui gisait soit debout.

(V. Hugo).

11 y a bien encore le proverbe russe: u Un pique-assiette est pire qu'un Tarlare » ; mais qui se vexerait d'une vérité si banale? Les Tartares répètent eux-raémes ce proverbe écrit sur eux ; et si, en France, tout finit par des chansons, tout finit en Russie par des contes.

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