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Je refuse net de prendre au sérieux les frondes et complaintes populaires ; elles appartiennent aux nourrices. Pour touchant que soit le sujet de la plainte, celle-ci reste sotte, si elle est sottement contée. D'ailleurs la banalité n'est même pas relevée, comme chez nous, par la gaîté ; soyons francs ! par la grivoiserie. En France, le peuple rit de sa misère, et la soulage par un couplet drôle :
C'était la Régence alors!
Tous les hommes plaisanlaienl,
Et les femmes se prêtaient
A la gaudriole
gué î
A la gaudriole !
(Béranger).
Sous des noms différents cette Régence a toujours fleuri chez nous. En Russie au contraire la muse populaire geint comme un accordéon.
Du cocher au poète en vogue, nous chantons tous des airs d'enterrement. La chanson russe est un hurlement plaintif (Poogh*
kine).
Dans la chambrée, le bruissement du rouet et Ja voix chevrotante de la vieille : il était diflicile de distinguer si el^e pleurait ou si elle improvisait une complainte sans paroles (Gontcharov dans le Songe d'Oblomov,)
La voix avait quelque chose de maladif. C'était le cheigrin profond, incurable... L'âme russe respirait dans cette chanson qui vous prenait au cœur. (Tocrguéniev, IliiBuu).
Je sais bien : le long servage, les Tartares, le rude hiver, la steppe immense... Mais il y a une cause réelle, indiquée par ce distique ridicule :
y-jkb II HTo ûm Bbi, peÔHTa, iipiyHuaii ?
Ajib y BiU"i>, peGHxa, ;ieuerb H^ferb?
Id est :
La tristesse des pauvres gens
Vient de ce qu'ils n'ont pas d'argent.