‹ Profils et types de la littérature russeChapitre 40 sur 148 · SORT DES FEMMES · texte numérisé non relu

SORT DES FEMMES

N'est-il pas vrai qu'ea France la poche vide donne, tout au rebours, envie de rire?

Qu'il pleuve dans sa chambre, Qu'il s'y couche le soir

Sans y voir, Qu*il lui faille en décembre Souffler, faute de bois,

Dans ses doigts,

II dit : Moi, je m'en... ris !

^ (Beranger).

Eq Russie, nous ne retrouvons guère cette note gaie que chez les Cosaques. Tant pis si Thetman est enterré à la frontière turque! Petit accident ne décourage pas les camarades. Être décapité, roué ou empalé, c*est fâcheux, sans doute; mais est-ce une raison pour ne point rire, pour ne point boire en attendant? A preuve, cette piécette vivement tournée :

Malédiction ! L'ennui

Ne me laisse pas tranquille;

L*enQui cuit, et l'ennui nuit.

Fait d'un brave un imbécile.

Viens, Cosaque, au cabaret

Commander : Or ça, la Juive,

Sers le kvas, le vin clairet !

Vive le vin, le vin vive !

Quels yeux noirs! Quels longs cheveux!

Le jupon court, la main prompte...

Viens ça, la Juive! Je veux

Voir plus pn>s faire ton compte.

Tu dis beaucoup ! Montre un peu...

Embrasse-moi, qu'ons'en aille!

Mieux que ça !... Jeune canaille,

Mais belle garce, morbleu !

Oui, vive le vin qui n'aigrit pas! Et vive le buveur, cosaque ou non, qui voit dans une fille autre chose qu'une bête de somme ! Ce point de vue était une exception en Russie.

S'en venait un forgeron avec trois marteaux. Ami forgeron, forgemoi une couronne: avec les fragments d'or, une bague; avec les rognures, une épingle pour attacher mon voile.

Ce sera très gentil le premier jour; maïs, dès le second, ma pauvre enfant, tu es exposée aux coups ; la littérature de ton pays l'atteste.

i*» Sophie. — Représentez-vous mon malheur : être la femme d'un imbécile qui n'a pour moi ni amour ni estime!

Le Pèrb. — Quelle estime veux-tu qu'il ait pour toi? Il me semble que l'estime doit aller de toi à lui et non de lui à toi ? (Von Vizine, Le Brigadier, II, 1.)

2<* Prasgovib. — Ah cal avons-nous le droit de choisir un mari suivant nos goûts? Obéir — - et voilà tout! Si tu aimes ou n'aimes pas, peu importe.

Marie. — Mieux vaut se noyer!

Prascovie. «Sommes-nous les seules? Toutes les filles ont le même sort. Si toutes se noyaient, cela obstruerait la Volga (OsiROvsKr, Le Voyvodet 1, 2).

3o II passe soudain par la tête de mes père et mère de m'emmener voir une prétendue. Bon ! A peine entrés, ils crient à propos de dot, se disputent et me réintègrent au logis. Puis la même comédie recommence plus loin. Tenez, deux familles viennent de se prendre de bec avec ma mère, deux fois de suite! Et des épilhètes ! La brouille a duré deux semaines, et maintenant on est reconcilié. Et moi je n'ose souffler mot (Ostrovski, dans Tfl;kejibic ;uiu).

11 s'agit du garçon. Jugez un peu, s'il se fût agi d'une fille I

4» M. KouRiTsixE. — Tu flattes ta femme ; eh bien, la liberté gâte la meilleure. Moi, j'ai dressé la mienne. Je n'ai qu'à m'asseoir, à étendre les jambes et à dire : Que veut dire mon pied ? Elle comprend, et vient s'aplatir dessous.

M"' KouRiTsiNE. — Pourquoi pas ? Je l'ai fait souvent, et le dis tout haut sans fausse honte.

M. KouRiTsiNE. — Vois-tu, camarade! bats ta pelisse, elle en devient plus chaude, bats ta femme,ellc en devient plus sage (Ostrovski).

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