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SORT DES FEMMES

5o Chor méprisait profondément le seie féminin. Les fils ne tenaient pas le moindre compte de leur mère.

Et Tourgueniev cite à ce propos le dicton populaire :

Mon fils est toqué, ma parole ; 11 ne rosse pas sa jeune femme. Et plus loin :

Défendre une femme maltraitée? Non, je me salirais les mains.

&> La servante Nechka s'est enfuie ; ma femme, naturellement» me soupçonne... J'ai bridé mon Anna en l'enfermant, deux fois, trois jours et trois nuits dans la buanderie pour verbiage et simagrées. Façons de femme ne se soignent pas autrement. (Danilcvski, Carnet d'un propriétaire ^ 1775.)

Et ce n'était pas un méchant homme. 11 était sensible à la musique, notamment au chant des grillons. Aussi avait-il imaginé d'envoyer sa femme chez un voisin, à la chasse.

Anna veillait toute la nuit ; sur un drap étendu dans la chambre elle attirait ces insectes musiciens au moyen d'une épingle qu'elle faisait grincer sur les dents d'un peigne, les prenait et les rapportait avec de grandes précautions.

Au logis, le mari somnole ou fume sa pipe en écoutant cet orchestre, pendant que sa femme travaille. Et qu'elle travaille habilement et sans trêve! Et que les chemises de Monsieur soient en toile fine et n'éraflent pas sa précieuse peau!... Aksakov raconte que son grand-père saccageait à coups de hache, sur le seuil même de sa chambre, les pièces de toile qu'il jugeait trop grossières, devant sa femme éplorée et le conjurant de la battre plutôt, mais de ne pas massacrer son bien. Or, cette toile était l'offrande.. . obligatoire des paysannes.

Du fatras des souvenirs populaires se dégage donc au moins nettement cette idée de Tasservissement de la femme. L'homme se marie pour avoir une ouvrière aujlogis; c'est une blanchisseuse qu'il ne paiera pas.

86 LITTÉRATORE RUSSE

La plèbe porte la main sur tout, se vengeant cruellement de sa rage contre la société sur la femme sans dérense, seul être auquel le lâche puisse faire sentir sa force. (Ostrogorski, 161.)

Les mariages forcés..., un des fléaux de la Russie. J*en appelle à nos chants nationaux ;

écrit Pouchkine à propos du livre de Raditchev*. On se représente le sort de la nouvelle venue sous cette tutelle du mari, de la belle-mère et des belles-sœurs! Voilà pourquoi Tépouse se compare si souvent à un cygne au milieu d'un troupeau d'oies. Dans sa comédie Cboh .iioah, œ«m'Mrii" (III, 4), Ostrovski nous montre un père, bon homme au demeurant, mariant brutalement sa fille, sans consulter ni elle, ni sa mère, sans même les prévenir cinq minutes à l'avance. Et c'était le cours des choses, pour les riches comme pour les pauvres, ainsi que le montre l'exemple de trois familles célèbres.

Premier exemple. — Quand les serfs d'Ivanovitch partirent en guerre contre la Turquie, le vieux seigneur leur dit : « Courage, enfants, revenez vainqueurs, et n'oubliez pasdeme ramener une bellefiUel » La plaisanterie fut prise au sérieux, la commission fut exécutée, une jeune Turque fut ramenée et servit de maîtresse au vieux Bounine Ivanovitch. Gela, du vivant de l'épouse légitime qui veilla avec indulgence sur la captive et sur son fils. Un voisin prêta son nom à l'enfant... à Joukovski, plus tard poète remarquable et précepteur du tsarévitch, auquel il suggéra de belles pensées humanitaires.

Deuxième exemple. — Un officier de hussards, chargé de la remonte, vient un jour visiter un haras. La propriétaire reçoit aimablement le beau soldat, et, au dessert, lui propose une partie de cartes, sous condition que le gagnant taxera l'enjeu. Le hussard accepte, gagne et réclame... la belle

1. Voyage de Pétershourg à Moscou. L'éditioD de 1790, extrêmement rare, se vend 300 roubles.

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